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Tribune libre

Le journal intime et l’intégrale de l’œuvre de Jean-Joseph Rabearivelo

Un discours peut en cacher un autre…

mercredi 11 août 2010

Mardi 10 août 2010

Dans les colonnes en ligne de Tribune libre, en date du 14 juillet, un certain Ny Ando R. faisait part de son « indignation » face au projet éditorial des œuvres complètes de Jean-Joseph Rabearivelo.

Des soucis techniques propres au journal en ligne ne m’ont pas permis de répondre, comme je le souhaitais, dans les jours qui ont suivi. Mais malgré ce délai, il me paraît absolument nécessaire, pour la bonne information du public et afin que de bruits de couloirs ne dénaturent pas la réalité des faits, de donner quelques précisions sur ce projet, impliquant un groupe de chercheurs malgaches, européens et américains, sous l’égide de l’AUF et du CNRS, et ayant pour objectif la préservation physique des archives de Rabearivelo, leurs numérisations, et la publication de ses Œuvres complètes, en deux tomes (le premier étant actuellement sous presse).

Il est en effet important de souligner que les trémolos nationalistes du quidam Ny Ando R, appelant au boycott de ce projet sous le prétexte qu’il n’est pas malgacho-malgache, militent en réalité pour l’exclusion de ce grand auteur du circuit de production internationale qu’il mérite pleinement d’intégrer.

En traduisant en clair ses éclats d’indignation,

  • lorsque les ayants-droit de Rabearivelo ont sollicité de l’aide pour sauver de précieux manuscrits de la poussière, des « emprunts » malintentionnés, et du silence où ils se morfondaient, parmi les archives familiales, depuis des décennies…
  • lorsque l’Agence universitaire de la Francophonie (AUF) et l’Institut des Textes et Manuscrits Modernes (ITEM) du CNRS ont inscrit Rabearivelo à leur programme de sauvegarde des manuscrits et à celui d’éditions complètes des œuvres, aux côtés de Jacques Roumain, Léopold Sedar Senghor, Aimé Césaire, Sony Labou Tansi, Amadou Kourouma…
  • lorsque des chercheurs malgaches (non seulement de Madagascar mais aussi de France et d’Amérique latine), et des chercheurs français, américains, espagnols et allemands ont avec enthousiasme répondu à l’appel des coordinateurs, soit en confiant des documents en leur possession, soit en proposant leur expertise en édition critique, en traduction etc.,

il aurait fallu répondre : « Fi ! Comment osez-vous ? Les auteurs malgaches aux Malgaches-qui-habitent-Madagascar ! Passez votre chemin, circulez, il n’y a rien à voir… ».

Et à la publication des ouvrages, il s’agirait donc, dans cette même logique, d’en faire un autodafé sur la place publique, considérant qu’ils sont le résultat d’une « accaparation » abusive et scandaleuse par une équipe de recherche internationale ?

Et lorsque le corpus (près de 400 manuscrits inédits, 80 lettres, des dessins etc.) déjà sauvegardé – c’est-à-dire, numérisé, indexé, classé dans un conditionnement selon les normes internationales en vigueur - sera mis à disposition des chercheurs, comme le prévoit le projet, que s’agira-t-il de faire pour rester dans la cohérence de cette démarche ? Réserver ces consultations à des chercheurs malgaches, c’est-à-dire selon les critères de M. Ny Ando, à ceux pouvant faire la preuve de la pureté de leur sang malgache et pouvant jurer sur l’honneur qu’ils ne travaillent pas dans des organismes internationaux ?

Sous son vernis de culture, le discours de Ny Ando cache une ignorance déplorable :

  • du projet éditorial en question : le corpus de manuscrits reste la propriété pleine et entière de la famille, les chercheurs ne contribuant qu’à leur valorisation sous format numérisé ou édité ;
  • des collaborateurs composant l’équipe : ils sont de six nationalités différentes et plus de la moitié sont malgaches ; les indemnités versées sont symboliques, égales pour tous, à l’exception, selon les principes de solidarité de l’AUF qui co-finance le projet, des chercheurs du « nord » - dont les coordinateurs - qui sont entièrement bénévoles ;
  • des procédures éditoriales : les collaborateurs d’un ouvrage sont listés – nom, titre, établissement d’origine et rôle dans le projet - en première page du premier tome des Œuvres complètes ; la brochure méthodologique à laquelle fait apparemment référence le quidam Ny Ando, ayant une simple visée utilitaire (et non de promotion !), pour chercheurs avertis, porte en revanche la signature des rédacteurs ;
  • de la nature des organismes internationaux : ni l’UNESCO, ni l’Agence universitaire de la Francophonie ne sont des institutions françaises ;
  • de la recherche : il s’agit d’un espace de partage où les spécialistes sont à fonctions et à valeurs égales (il n’y a pas de « petites mains ») et de liberté où ni la nationalité, ni la race, ni la religion n’entrent en ligne de compte... sauf pour des esprits rétrogrades et obtus par qui ces concepts ont été, sont et seront encore, hélas, détournés pour légitimer l’exclusion la plus arbitraire.

Mais au bout du compte, il faut remercier ce Ny Ando R. et tous ceux qui hurlent avec les loups de leurs discours réducteurs. Ils prouvent combien Rabearivelo est intemporel, comme tout grand auteur. Il faut voir en effet - on pourra le lire bientôt dans les Calepins bleus ! - comment cet esprit libre et ce génial précurseur a su régler leur compte, avec quel talent et quelle élégante férocité, à tous les « Diafoirus » de tous les cieux et de tous les temps.

Liliane RAMAROSOA

1 commentaire

Vos commentaires

  • 12 août 2010 à 10:39 | hafatra (#1895)

    Ramatoa Ramarosoa,
    Mba azonao omena anaran’olona vitsivitsy ,teratany malagasy nanao fikarohana momba ny sangan’asa-dRabearivelo ve ianao ? Moa ve efa mba nandefa filazana sy fangatahana tamin’ny fikambanan’ny mpanoratra malagasy ve ny havan’i Joseph Rabearivelo ?
    Misaotra .

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