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mardi 24 novembre 2020
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Editorial

Quelles institutions pour la transition ?

mercredi 25 février 2009 | Ndimby A.

Andry Rajoelina a annoncé hier que l’issue du dialogue entre les deux parties serait connue dans 48 heures. Mgr Odon Razanakolona, Président du Conseil chrétien des églises (FFKM) a par ailleurs déclaré que les discussions étaient entrées dans la revue des détails.

Malgré la difficulté de la tâche, il semble donc que l’on s’achemine quand même vers une sortie de crise, dont les contours devraient prendre deux grandes lignes : les institutions de la transition (gouvernement et Haute autorité de la Transition), et un changement de la Constitution vers une IVème République.

La question du Premier Ministre

Nous avons déjà disséqué hier la problématique qui pesait sur la formation d’un Gouvernement de transition : consensus à trouver pour un Premier ministre, et répartition des postes ministériels à commencer par ceux dits de souveraineté nationale, et qui traditionnellement ont un lien fort avec la Présidence : intérieur, finances, défense nationale, sécurité intérieure, affaires étrangères.

L’histoire de Madagascar a retenu qu’au cours des deux périodes de transition que la Grande Ile a connues, le pays a pu compter sur deux personnalités compétentes et ayant eu l’envergure et la stature nécessaires pour assumer la fonction : Guy Willy Razanamasy (1991-1993) et Norbert Lala Ratsirahonana (1996). Par contre, sans vouloir faire de procès d’intention, le pessimisme est de mise sur la capacité de Monja Roindefo à tenir la barque dans des circonstances qui seront certainement difficiles : malgré ses qualités académiques et humaines que tous ceux qui le connaissent de près reconnaissent, il est trop impliqué dans la crise pour en être une solution, et il est encore trop jeune pour avoir les réseaux qu’il faut.

En outre, dans une société malgache où le droit d’ainesse est une institution culturelle, il ne pourra jamais vraiment s’imposer auprès de toutes les composantes de la société, y compris la classe politique. Madagascar n’est pas la Place du 13 mai, et il ne suffit pas de faire ânonner par la foule « yes we can » pour occuper dignement Mahazoarivo.
Le choix du PM sera donc crucial à la fois pour Marc Ravalomanana et Andry Rajoelina, car celui à qui échouera le poste risque d’avoir des velléités de devenir calife à la place du calife quand viendra le temps des élections. M. Razanamasy avait refusé de le faire en 1991. Quant à M. Ratsirahonana, il s’est présenté, mais vaincu, il a quitté démocratiquement son fauteuil.

La Haute Autorité de Transition

La Haute autorité vers la transition (H.A.T.) semble s’imposer d’elle-même. En ayant tellement véhiculé le titre ronflant de Président de la H.A.T., mais pour le moment creux vu l’absence de base juridique, Andry Rajoelina et le mouvement TGV ont cependant imposé cette structure dans l’opinion. Calquée sur le modèle de la résolution de crise de 1991 qui avait vu l’érection du Professeur Albert Zafy au poste honorifique de Président de la Haute autorité de l’État, cette structure politique devrait également sortir des discussions. Beaucoup plus symbolique qu’opérationnelle, la HAE de 1991 (composée de dizaines de politiciens) avait pour véritable objectif d’assurer une bicéphalie à la tête de l’Etat afin de contrebalancer le pouvoir de Didier Ratsiraka. Cependant, le véritable pouvoir exécutif était entre les mains de Guy Willy Razanamasy, Premier ministre de la transition.

Le Comité de Redressement Economique et Social

Le Comité de Redressement Economique et Social (CRES) était également une institution créée par la convention du 31 octobre 1991. On ne sait pas si le SEFIP/FFKM a prévu ce sujet dans le document qui sert de base aux discussions. Objectif officiel du CRES de 1991 : réfléchir sur les problématiques du développement, en l’absence d’une Assemblée nationale qui avait été suspendue. Objectif officieux : permettre le partage du gâteau qu’était le pouvoir entre les politiciens, en casant ceux que la HAE ne pouvait contenir, et surtout en offrant deux postes de chefs d’institution à deux leaders du mouvement des Forces Vives : le Pasteur Andriamanjato et Manandafy Rakotonirina. Roger Ralison, Président du Parti Républicain de Madagascar (PRM), a revendiqué hier sur les ondes la mise en place d’un CRES. On ne sait pour lequel des deux objectifs cités ci-dessus…

Frustration des « dinosaures politiques »

On constate d’ailleurs que de plus en plus de politiciens « de carrière », qualifiés péjorativement par beaucoup de « dinosaures politiques », commencent à montrer publiquement leur frustration d’être écartés des discussions pour la mise en place de la transition. La plate-forme de l’opposition du Pr. Albert Zafy l’a publiquement exigé hier.

D’un côté, cette demande est légitime, car de toutes manières le retour à la stabilité ne pourrait se faire sans l’ensemble de la classe politique, en particulier dans les provinces. Mais d’un autre côté, cela va poser un réel problème.

Premièrement, l’accroissement du dénominateur dans le partage des sièges. Deuxièmement, la gestion d’un groupe hétéroclite qui va compliquer les débats en multipliant les sujets de discussion (par exemple, réconciliation nationale et retour des exilés politiques). Troisièmement, Andry Rajoelina serait en bon droit de se demander pourquoi il accorderait du crédit à des politiciens qui ont courbé l’échine et ouvert leurs portefeuilles aux largesses de Marc Ravalomanana pendant des années, alors que c’est lui qui a fait l’essentiel du travail pour ramener Marc Ravalomanana aux réalités de la démocratie.

Cependant, les opposants de longue date risquent de multiplier les foyers de tension s’ils n’obtiennent pas satisfaction. L’actuelle déliquescence de l’État, fruit des œuvres d’Andry Rajoelina, va favoriser l’apparition de personnalités régionales qui souhaiteront avoir voix au chapitre. La situation risque donc d’échapper à l’ancien DJ, mais aussi au Président de la République, car des politiciens dans les régions ont une vision différente de celle d’une transition consensuelle entre Marc Ravalomanana et Andry Rajoelina, et le conflit risque de s’étendre sur plusieurs fronts.

À Antsiranana et d’autres villes, des leaders pro-TGV ne veulent plus entendre de M. Ravalomanana. À Manakara, un politicien a remis sur la table la question du fédéralisme. La situation est donc extrêmement volatile, et doit être surveillée comme de l’huile sur le feu. Mais en matière d’huile, Marc Ravalomanana n’est pas un néophyte.

10 commentaires

Vos commentaires

  • 25 février 2009 à 09:11 | batista (#170)

    Ca ne se regle plus entre les deux protagonistes. On entre dans le cafouillage total.
    Le jeune monsieur a exigé la démocratie dit DIRECT et voilà il doit en faire face parce que TOUT le monde veut son part de Gateau (meme si le gateur n’est pas encore cuit). Et les "Mpanisy sira" aussi vont faire fonctionner leurs sels.

    Et mon ami Pierreot est "VERY LUCKY". La chance lui semble sourit. Il va retourner ici en force et cette fois-ci le chanteur favori viendra avec lui.
    Les deux combattants sont déjà fatigués par la guerre et le "AIMBAO" monte dans le ring.

    ALORS ECHEC et MAT !!! (j’aime bien ce jeu).

    • 25 février 2009 à 11:27 | Bardeaux de fianar (#472) répond à batista

      Nous tenons ( car nous sommes une association en Suisse ) à vous féliciter de votre haute qualité journalistique Tribune.com, et vous suplions de bien vouloir continuer sur cette voie de la neutralité. Madagascar a vraiment besoin de personne comme vous surtout en ce moment.
      Merci et bonne continuation.

  • 25 février 2009 à 12:43 | le pe reunion (#389)

    Bonjours !
    Mr le président Ravalomanana est en train de mettre Madagascar en grand danger, en discutant avec Mr Rajoelina, Non seulement il ouvre la voie à tous les activistes de madagascar, mais on risque d’entrer dans une très longue instabilité politique et sociale.En effet tous les autres parties politiques chercheront leurs participations(ex : deja Zafy albert) et même la majorité de la population n’acceptera pas un gouvernement de concensus avec TGV, car actuellement on a besoin d’un gouvernement ou tout le monde regarde dans le même sens pour pouvoir avancer, alors que si il y a des élements qui vont juste servir de frein au devellopement, c’est toute la population de magadascar qui va en patir. De toute façon ce n’est pas dans l’interêt de TGV que les choses marchent bien à madagascar, car la conséquence c’est l’election assuré de RA8 pour 2012.
    On le sait très bien que dans tous lesl PAYS du monde, ce n’est pas les revendications qui manquent, et que si le Président de la république commence à discuter avec TGV il faudrait qu’il discute avec baucoup d’autres qui vont surgir obligatoirement d’ici peu.

    Le Président a interêt à mettre fin au plus vite a ces soit-disant négociation, sinon il sera obligé très bientôt de quitter sa place, et faire sombrer le pays dans un KO.
    Mr le Président il est grand temps que vous appliquer la loi et uniquement la loi si vous voulez sortir de cette crise, Pourquoi l’eglise nous emmene dans ce chemin très INCERTAIN.

    J’espère tout simplement que vous savez ce que vous faites.

  • 25 février 2009 à 16:06 | lanto herilala (#463)

    Pourquoi se casser la tête à créer de nouvelles institutions ? Celles qui existent suffisent à mon avis. Les revendications de Mr Rajoelina sont certes légitimes mais mal placé dans un pays qui commence à peine à se relever de plusieurs crises politiques. Certes, la gestion des affaires par Mr Ravalomanana n’est peut être pas très bonne mais c’est le président, du moins actuellement. Je veux dire que nous (les malgaches) venons de le lui confirmer en lui donnant la majorité absolue à l’AN et au Senat (Je ne parle plus de l’élection présidentielle). La démocratie, Mr Rajoelina c’est de respecter le choix de la majorité mais pas de réunir quelques milliers de personnes sur un endroit et disant que c’est le "vahoaka malagasy". Il est vrai que les opposants existent dans les provinces mais la vrai question est leurs proportionnalité ! Est-ce que vous êtes sur que c’est réellement la majorité de la population malagasy qui veulent le départ de Mr Ravalomanana ou du moins qui veulent un changement (de dirigeants, de république et tous ce que vous voulez) actuellement ? Si vous êtes si sur, Donnez des statistiques !
    Je dois dire que dans les règles de la démocratie il y a également le fait qu’il faut respecter les avis de la minorité ... mais il y a des limites que sont les lois mises en place pour diriger ce pays.
    Alors Messieurs les opposants, laissez notre pays commun tranquille et si vous vous croyez si fort, attendez votre tour à la prochaine élection et montrez-nous de quoi vous êtes capable pour nous convaincre de la véracité de vos projets politiques !
    Un petit conseil pour Mr TGV (qui entre temps est devenu, à mon avis TCE -Tana Côte Est-, vu la lenteur avec laquelle il mène cette affaire), grandissez-vite pour qu’on puisse vous élire président dans quelques années et préparez-vous à être lynchés par vos partisans ou vos alliés politiques quelque soit l’issu de cette "négociation".

  • 25 février 2009 à 16:19 | lanto herilala (#463)

    J’adore la dernière phrase !!

  • 25 février 2009 à 17:55 | objectivité (#372)

    J’ai beaucoup apprécié que RA8 et ANDRY ont finalement accepté de dialoguer pour épargner la vraie majoritée des malgaches. Mais je crains fort une deception s’ils s’attèlent à l’édification de la HAT pour s’en sortir car j’ai le pressentiment que ce ne sera pas la meilleure solution pour MADAGASCAR dans la situation très complexe qui y prévaut actuellement. Je suis persuadé que la HAT est loin de résoudre le problème du "PEUPLE" que certains s’évertuent à usurper le nom .Elle servira seulement d’aboutir à un équilibre politique qui ne sera rien d’autre qu’un partage de gateau qui aboutira par la suite à un tiraillement générateur de frein pour l’avancement du pays si on se réfère à l’hystoire vécu.Pourquoi ne pas laisser la constitution actuelle telle qu’elle est actuellement en interdisant toute retouche et en la respectant jusqu’à la fin du mandat ? Par contre,si nécessaire, négocier ou insister sur la mise en place d’une nouvelle constitution acceptée par tous les politiciens pour la prochaine élection et la mise en place d’une balise acceptée par tous pour le controle de la prochaine élection.Et se mettre d’accord qu’aucune retouche de la prochaine constitution par le régime en place ne serait admise sans réferendum mais sera respectée à la lettre par tous.Ceci n’est qu’un avis personnel et un exemple de négociation objectif à mon idée.Il y auraient surement d’autres négociations plus importantes et plus vitales.Mais ce que j’espère surtout c’est qu’ils négocient une solution durable pour la MAJORITE des malgaches et non une solution BOUCHE- TROU qui entrainera plus tard ou bientot un 1991/2002/2009 bis ter ou plus.

  • 25 février 2009 à 21:10 | rainidimy (#340)

    Mr Ravalomanana est en train de commettre l’irréparable. La voix de la majorité n’est pas respectée. Une telle décision nécessite au moins une consultation populaire( référendum dans la plus grande transparence et en présence d’observateurs internationaux )et on verra si ces 20000 manifestants ont raison. Pourquoi ouvrir la voie aux ennemis publics. Ne rêvons pas à la bonne foi de Mr Rajoelina. Il n’est là que pour accomplir ce que l’amiral lui dit de faire (saribakoly). Pourquoi autant de conditions préalables et anti-démocratiques à accepter sauf si le président n’est pas lui même dans la combine. De quoi ce dernier à-t-il peur ?

    • 25 février 2009 à 21:59 | fandresena (#299) répond à rainidimy

      Tena mahafinaritra fa tena efa samy mahira-tsaina daholo isiaka e ! Tsy ialaina izany transition izany. tys mampandroso . firenena mandeaha tsara teo koa asiana an’izany ? taiza no mbola nisy vidim-bary 1000 ariary amin’y volana febroary ? aminizao vao misy an’izany satria mety ny hataon-dRavalo miara-miasa ami’ny tantsaha.
      hitan’ny Frantsay fa ho tafavoka i Madagasikara dia aleo akorontana ; Ny mamapalahelo dia ny iray tanaindrzana amina’ny tejna tsy tonga saina e ! samia mivavaka mba ho tonga saina izy ireny. Manana izay tsy mety tokoa Ravalo fa ny tsara ataony dia be dia be .
      Aoka tsy hiady sy hiafandranitra isika fa manjary faly ny frantsay e !

  • 25 février 2009 à 23:10 | Feno (#347)

    Calquée sur le modèle de la résolution de crise de 1991 qui avait vu "l’érection" du Professeur Albert Zafy au poste honorifique de Président de la Haute autorité de l’État...
    Ah ? Pour avoir un poste honorifique , il faut en avoir une ? En ce qui concerne ce monsieur : la date de péremption n’est-elle pas déjà dépassée ?
    Keep smiling in these hard times guys .

  • 25 février 2009 à 23:55 | Rado (#172)

    Il me semble qu’il ne faut pas minimiser l’actuel mouvement en derive anti- ou pro-constitutionnelle car d’autres faits depassent le cadre des institutions normales.
    Donc la question est vraiment pertinente dans l’absence d’une regulation effective des institutions en place. Il est vrai que les institutions en place soient legales mais leur fonctionnement ne resulte que dependant de la volonte d’un seul homme. Quand on veut tout controler pour tout avoir, on tombe tres facilement dans l’autocratisme. Ce qu’on vit actuellement n’est que la partie visible de l’iceberg. Et le tenant du pouvoir est encore en grande confiance avec cette base inamovible de son autocratisme initie depuis plusieurs annees a la tete du pays.

    Alors pour moi, tout le monde peut rever de transition de gouvernement de redressement national, mais je vous parie que le sieur Ravalomanana ne s’embarque pas si facilement pas comme cela.

    Il ne faut pas vendre la peau de l’ours avant de l’avoir tue. Et le cas se presente a nous, analystes politiques, citoyens, population silencieuse.

    Attends voir ce que nous reservera demain avec ce Monsieur tel qu’on le connait.Autocratisme a son stade tres developpe rime avec tant qu’il y aura UN homme qui me suit je serai toujours la

    Alors je vous dis lorsque vous parlez d’institution de transition le camp d’en face RIT a grande dent.

    Alors, taisez-vous d’abord, tuez l’ours avant d’en faire quelque chose...

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