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Editorial

Recrudescence de l’insécurité

Quand on se tire une balle dans le pied !

vendredi 7 septembre 2012 | Anthony Ramarolahihaingonirainy

L’insécurité urbaine et rurale est en hausse constante depuis quelques années. La semaine en cours est marquée par l’audace grandissante de la sinistre mais célébrissime bande à Ramenabila. La bande ne se contente plus désormais de menus razzias dans les brousses. Les abords immédiats de chefs lieux de district sont devenus aussi son terrain de jeu sans qu’elle oublie en passant de garnir son tableau de chasse de membres des forces de l’ordre dont le commandant de la compagnie de gendarmerie locale et quelques officiers, des trophées en sorte !

Qu’est ce qu’il faut retenir de tout cela ? D’une part, les malfrats n’ont plus peur de rien ni de personne. D’autre part, on assiste à l’impuissance de l’État à préserver l’ordre républicain et peut-être à défendre la République elle-même (Tany tsy misy fanjakana). Tout le monde le sait. Les multiples crises connues par l’Ile depuis 1972 et la paupérisation croissante qui en était l’une des plus graves conséquences sont passées par là. Les débats stériles sur qui, quel gouvernement, quel régime serait le principal responsable n’avanceront à rien. Au-delà des régimes successifs, nous tous, politiciens, magistrats, forces de l’ordre, simples citoyens, ne sommes-nous pas responsables aussi quelque part ?

Corporatisme suicidaire chez les forces de l’ordre, corruption malsaine dans la magistrature

Les forces de l’ordre continuent de se couvrir mutuellement en continuant de minimiser voir d’ignorer une évidence. Certains de leurs éléments s’improvisent fournisseurs en armes des grands bandits de la place. « Prouvez-le ! ». L’échappatoire habituellement évoquée par certains ne tient pas. Les faits sont éloquents. Il serait même plus juste pour résoudre l’énigme d’inverser la charge de la preuve et de retourner la question aux membres des forces de l’ordre s’ils peuvent prouver comment des armes de guerres, répertoriés et inventoriés dans les magasins de munitions de l’armée, de la gendarmerie ou de la police atterrissent-elles entre les mains des délinquants ? On se souvient de l’affaire Rehavana Michel à Toliara, ou la récente affaire du GIR, deux illustrations du corporatisme ambiant chez nos policiers dès que le sujet de la vente et de la location d’armes est mis sur la table ou quand un des leurs se trouve inquiété dans une affaire quelconque. Se sont-ils déjà demandés s’ils ne se tirent pas une balle dans le pied en vendant ou en louant leurs armes de services à ces hors-la-loi ? Ironiquement en effet, certains d’entre eux se font descendre ces temps-ci avec ces armes en question.

La corruption qui mine une partie de la magistrature n’arrange pas les choses en ce sens que ceux qui ont les moyens de payer peuvent bien rester impunis. Pire encore, dans certaines localités, la justice et les forces de l’ordre sont engagées dans de véritables « collaborations mafieuses ». Les dernières agissant en véritables intermédiaires entre les magistrats et les malfaiteurs moyennant un pourcentage des gains. Comment voulez-vous si tel est le cas que ces magistrats puissent diriger, coordonner et contrôler efficacement les OPJ pourtant placés par la loi sous leur autorité dans leur mission de police judiciaire (art. 123 et s. du Code de Procédure Pénale CPP) ? Comment voulez-vous qu’ils puissent infliger une quelconque sanction à ces derniers s’ils sont eux-mêmes de mèche avec ? Résultat ? La plupart des affaires de vente ou de location d’armes de service se règlent par quelques coups de téléphones si ce n’est par des tapes « amicales » entre responsables judiciaires et ceux des forces de l’ordre. Par leurs gestes, ces magistrats cautionnent indirectement ces ventes et locations d’armes. Ils se tirent une balle dans le pied eux aussi, car ironiquement un des leurs était également parmi les victimes collatérales.

Laxisme douteux et intéressé des politiciens, dangereuse indifférence des citoyens.

Hauts responsables et politiciens font une fixation sur la corruption pour se désengager de toute responsabilité de réforme. La corruption fait office d’échappatoire pour tous afin d’expliquer la démotivation générale pour toute amélioration. Pourtant, je persiste et signe que la corruption n’est que la plaie de surface d’une gangrène géante qui mine la justice : son défaut d’indépendance. Il a été maintes fois expliqué ici que l’instauration d’une justice indépendante absorbera la corruption sans même qu’une quelconque action et institution particulière de lutte ne soit nécessaire, si le mécanisme à trois dimensions à la fois personnelle, institutionnelle et financière proposé dans ces colonnes par nos soins était mis en place. Par ailleurs, l’imbrication de la justice et des forces de l’ordre dans leurs missions de police judiciaire est telle que l’indépendance de l’appareil judiciaire profitera par voie de conséquence aux forces de l’ordre. D’une pierre, en instaurant une justice indépendante, nous porterons deux coups d’arrêt à la corruption des magistrats et à celle des forces de l’ordre. Lesquelles sont rappelons-le placées par la loi sous l’autorité des magistrats dans leurs attributions de police judiciaire.

L’indifférence voire le dégoût du citoyen lambda vis-à-vis de l’appareil judiciaire vient de la mauvaise publicité qui en est faite par les politiciens, profitant de l’ignorance des profanes quant aux véritables missions, attributions et rôles de la Justice dans l’échiquier du pouvoir et dans le jeu démocratique du pays. Politiciens, médias (contrôlés dans leur grande majorité par ces derniers), sociétés civiles (dont la plupart des membres les plus influents sont des anciens politiciens qui aspirent encore à revenir dans l’arène politique sinon des politiciens en devenir) martèlent la corruption pour désintéresser les simples citoyens de toute revendication dans le sens de l’instauration d’une justice indépendante. À coup de dénigrement et de publicité, les politiciens ont réussi à réduire l’institution judiciaire à sa seule branche judiciaire, voire sa sous-subdivision pénale, aux yeux des citoyens.

Pourtant, la justice ne se résume pas aux affaires pénales. Ses branches administratives, financières et constitutionnelles sont tout autant essentielles et participent pleinement dans le jeu démocratique en censurant notamment l’Exécutif dans les prises de décisions (abus et excès de pouvoir), dans le maniement des fonds et deniers publics (contrôle de régularité, d’opportunité, de gestion et détection des détournements divers), dans les processus électoraux. L’efficacité de l’institution judiciaire dans son ensemble dans ses branches judiciaire (civile, commerciale, sociale, pénale), administrative, financière et constitutionnelle limiterait bien les champs d’action des politiciens véreux. Voilà pourquoi nos politiciens ne veulent rien savoir de l’indépendance de la justice (À qui profite le crime ?). Ils ont bien réussi en tout cas à créer un dégoût profond de la justice dans le cœur de tout un chacun. L’indignation à peine perceptible de chacun de nous face à l’assassinat d’un magistrat par un policier à Toliary est assez révélatrice à ce sujet. Toujours est-il qu’en restant indifférent à toute réforme de la justice, nous, simples citoyens, nous nous tirons aussi une balle dans le pied car l’insécurité, fruit de la pauvreté ambiante, laquelle est elle-même consécutive aux vicissitudes de nos dirigeants peu scrupuleux successifs aurait pu et pourrait être évitée. Nous faisons le jeu de ces politiciens. Dans notre laxisme, leurs magouilles, détournements, abus divers auront encore un bel avenir.

Absurdité de la création de départements ministériels pour la Police et la Gendarmerie

L’absurdité vient de la confusion dans la chaine de décisions créée par la situation. À qui donner de la tête se questionnent policiers et gendarmes : aux hauts gradés de chacun de leurs corps ? à leurs ministres de tutelle respectifs ? aux ministres respectifs de l’intérieur et /ou de la défense ? aux magistrats ? aux divers chefs des démembrements de l’État ? La création de ces départements entiers pour des missions traditionnellement dévolues au Ministère de l’intérieur et accomplies jadis sans anicroche et efficacement par la Police et la Gendarmerie rattachées respectivement au Ministère de l’Intérieur et celui de la Défense suscite l’incompréhension des initiés. On s’est tiré une balle dans le pied aussi sur ce coup-là, car l’irrespect des ordres venant d’autorités autres que leurs ministres de tutelle respectifs, tel le refus opposé par les gendarmes de Betroka aux ordres du Chef de district, pourtant leur supérieur hiérarchique immédiat en matière de police administrative, vient des problèmes d’ego crées et attisés en eux par la fabrication de toutes pièces de ces départements. (Pour y voir plus clair, lire "Magistrats vs policiers : quelques clarifications utiles".).

Ne pas se contenter de leur jeter seulement des pierres…

Ceci dit, nous sommes responsables d’une manière ou d’une autre de la situation d’insécurité dont nous sommes actuellement victimes, quoique le degré de responsabilité soit différent d’une personne, d’un corps ou d’une autorité à l’autre. L’erreur à ne pas faire serait celle de rester indifférent, peu concerné ou pire, de se permettre d’applaudir ironiquement le décès d’un membre des forces de l’ordre (l’arroseur arrosé ?). La brutalité dont ont été victimes les militaires en mission à Belo-sur-Tsiribihina peut arriver à tout le monde. Le déficit moral et la dépravation du système de valeur réfléchi dans la résurgence actuelle des actes de banditisme et dans les modes opératoires de plus en plus horribles des malfaiteurs témoignent d’un grave problème de société qui ne s’arrête pas seulement à la partie Sud de l’île et aux acteurs dans le domaine du maintien de l’ordre.

Un appareil judiciaire indépendant pouvant d’une part, diriger, coordonner, contrôler efficacement les actions des forces de l’ordre, et d’autre part, censurer adéquatement les agissements de l’Exécutif et du Législatif contribue fortement à l’instauration de la paix sociale et au maintien d’un État de droit et démocratique. À nous de revendiquer les réformes adéquates. [1] Nous avons le droit de vivre dans un pays prospère et en paix. Invitation est faite à ceux qui ont le temps, la patience et un minimum de curiosité de plonger dans la lecture des éditoriaux sur le sujet laissés par nos soins sur ce site. D’intéressantes explications et propositions y sont laissées ainsi que les pistes à emprunter pour leur réalisation.

Pour plus d’information sur la question de l’insécurité lire également "Magistrats vs Police : Bombe à retardement à double détonateurs !!!" (Première Partie) et (Deuxième Partie).

P.-S.

À la mémoire de Rehavana Michel et pour rappeler à tous qu’aucune mesure ni disciplinaire ni pénale n’est prise à l’encontre de ses meurtriers jusqu’ici.

Notes

[1Les magistrats ont déjà fait leur mea culpa lors de l’assise tenue en 2011. À nous tous de les soutenir dans leur quête d’indépendance. Nous serions tous les heureux bénéficiaires d’un système judiciaire efficace pouvant tenir pleinement sa place dans le jeu démocratique. Ne pas les insulter, les décourager à tout bout de champ et ne pas leur mettre des bâtons dans les roues gratuitement constitueraient dejà un bon début !

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