N’utilisons pas de termes diplomatiques : Maputo 2 s’est achevé sur un échec. Aucun consensus final n’a pu être trouvé, et les délégations vont rentrer. La mouvance Rajoelina a demandé à consulter à Antananarivo sa base au sujet de la proposition de Didier Ratsiraka de nommer Ramisandrazana Rakotoarisoa à la Primature, et se donne jusqu’au 4 Septembre pour donner sa réponse. Toutes les délégations vont donc rentrer. Mais la requête du camp Rajoelina est aussi une manière de botter en touche : si sa très lourde délégation à Maputo ne représente pas encore sa base, on se demande bien qui va-t-il consulter au pays. À moins que ce ne soit l’Armée.
Car pendant que les politiques peinent à s’entendre à Maputo, des bruits de bottes de plus en plus inquiétants se font entendre du côté des casernes. Les chefs actuels de l’armée avaient déjà averti à plusieurs reprises qu’ils prendraient des dispositions si les décisions prises dans la capitale mozambicaine ne respectaient pas « la volonté populaire ».
Dans un premier temps, on avait pensé à de simples rodomontades pour protéger les sièges de Andry Rajoelina et Monja Roindefo, et agiter cette menace pour faire pression sur les négociations. Mais la tenue d’une réunion d’officiers et de sous-officiers à Ampahibe hier ouvre la porte à beaucoup de questionnements. Il semblerait qu’un courant de plus en plus actif se prépare à prendre le pouvoir sous forme de directoire militaire, et que la situation a été désamorcée de justesse. L’expérience montre qu’il faut se méfier des grognements qui transpirent des casernes, car si la mutinerie du 8 mars 2009 a pu avoir lieu, c’est parce que personne n’avait prêté attention à des voix de plus en plus irritées de sous-officiers pour notamment de prosaïques questions de primes. On connaît la suite. Le patriotisme et la sauvegarde des intérêts du peuple prennent quelquefois le chemin du portefeuille.
Les velléités de l’armée de s’imposer dans la sphère politique sont loin d’être rassurantes. On a déjà vu comment sa conception des droits des l’homme et des citoyens était plus qu’élémentaire lors des répressions et autres arrestations tout au long de cette année. On peut donc imaginer ce que pourrait être la situation dans un directoire militaire non éclairé, sans préjuger de ce que cela aurait pu être sous l’éphémère équipe du vice-amiral Ramaroson en Mars. À ceci s’ajoute qu’un directoire militaire sera la pire chose qui pourra arriver à notre économie. Alors que depuis le 17 mars, le pays était plus ou moins associé à la Guinée ou à la Mauritanie, avec un tel évènement le plus ou moins deviendrait superflu. Et l’aide budgétaire et l’AGOA, on pourra tous s’asseoir dessus. Quant à espérer en la capacité d’un directoire militaire, ou même militaro-civil, isolé et non éclairé à gérer et à relancer l’économie et le social, qu’il soit permis d’en douter.
Ce qui est arrivé en 2009 n’est pas bon pour la Nation, et pas bon non plus pour l’armée. L’armée au pouvoir, ce serait le déni des avancées du droit, une périlleuse aventure qui légitimerait la reprise de toute une escalade dont la population a déjà suffisamment souffert. Le spectre du cycle infernal taim-bava, fandrangitana [1], manifestation, répression, appels à l’armée ou à ses composantes et à l’armée de la SADC n’est jamais très loin.
Mais bon, nous n’en sommes pas encore là. Et si aujourd’hui vos éditorialistes agitent le spectre de ce directoire, c’est pour inviter la classe politique, la société civile et la population à trouver une solution politique à un problème politique, avant qu’il ne soit trop tard.
Avouons que nous nous en voulons un peu, ainsi qu’à l’ensemble de la société civile à laquelle nous nous identifions [2], d’avoir baissé la garde après Maputo I. Avant les premières rencontres dans la capitale mozambicaine, l’on avait senti une mobilisation quasi-généralisée pour faire comprendre les conséquences catastrophiques d’un échec, et aucun politicien des quatre camps ne pouvait faire mine de ne pas en tenir compte. Par contre, alors que ces derniers jours de bruyants mouvements affirmaient que le respect de la volonté du peuple passait par le maintien du couple Andry Rajoelina et Monja Roindefo, la plupart de ceux qui n’étaient pas directement protagonistes avaient préféré s’abstenir de faire remarquer qu’eux aussi faisaient partie du peuple et qu’il était présomptueux de monopoliser leur voix.
Si les politiciens se laissent souvent aller à imaginer que la population leur accorde beaucoup d’importance, il est de notre devoir de leur rétorquer que pour la population, ce qui importe ce n’est pas les gouvernants, mais la gouvernance.
Les voies de la guerre civile ou de la dictature nous sont interdites, et il n’y a pas que la Communauté internationale qui le pense, mais aussi sans aucun doute l’écrasante majorité de la population malgache qui en a marre de ne pas arriver à se faire entendre. Qu’importe si beaucoup d’apprentis sorciers doivent remiser provisoirement leurs appétits de pouvoir, il est bien plus urgent et important de s’attacher à ce que cette population puisse vivre et travailler sereinement, avant de reconstruire une République respectée parce que respectable. Les accords de Maputo sont une première étape, et leur signature exige de tous des sacrifices. Ho an’ny Tanindrazana [3].





