Les accords de Maputo ont subi leur premier test hier, lorsque des représentants des 4 mouvances ont été invités par la télévision et la radio nationale (TVM et RNM) pour expliquer ces fameux textes à la population.
Juristes et politiciens de tous camps étaient donc attendus au tournant, afin que l’on puisse juger s’ils avaient bien lu de la même manière ces épîtres aux Malgaches co-écrits par les quatre chefs de file et les quatre évangélistes [1] de la nouvelle Transition.
Les douze apôtres réunis ce mardi par la RNM et la TVM sont assurément des gens fort polis. Ils ont évité de dire tout haut ce que beaucoup de lecteurs attentifs auront remarqué assez vite. Pour notre part, disons tout simplement que ces textes ne sont pas formidablement bien écrits.
Passons sur les redondances entre différents textes, qui ne seraient pas un défaut si l’on avait pris le soin d’utiliser partout le même vocabulaire. N’accordons qu’une importance relative aux renvois à des articles qui n’existent pas ou à des annexes non fournies. Amusons nous de ce qu’un important responsable soit supposé provenir d’une certaine mouvance, sans que l’on sache précisément laquelle. De toute façon, pour un juriste, quelle existence peut bien avoir une mouvance, sinon très mouvante ?
Plutôt que de se formaliser, saluons donc à sa juste valeur le fait que ces textes aient tous été finalisés entre une heure et quatre heures du matin. On avait bien pressenti qu’il ne pourrait en être autrement, que nos protagonistes ne reviendraient complètement à la raison qu’en ressentant dans leur chair un peu de la lassitude de la population, la vraie, celle qui ne se couche pas tard car elle se lève tôt [2]. Et que la présence personnelle d’un Joaquim Chissano, acteur et témoin direct d’une guerre civile ayant fait un million de morts [3] ne serait pas de trop pour modérer et relativiser les petites rancoeurs personnelles des uns et des autres.
Alors oui, aux petites heures de la nuit, les Control-C Control-V [4] pouvaient être un peu imprécis, et l’on pouvait ne plus se souvenir très précisément de ce qui avait été discuté à l’ambassade du Sénégal ou au Carlton. On croit volontiers ceux qui avouent n’avoir pas vraiment relu au moment des signatures, et l’on n’accordera donc qu’une importance relative aux débats portant sur le caractère fortuit ou fondamental des nuances de rédaction entre les accords n°1, n°2 et n°3 ou sur la date exacte de fin du régime Ravalomanana : Mars ou Août ?
Des ambiguïtés des textes, on peut selon les heures s’inquiéter ou se féliciter. Pour ma part, le premier réflexe a été de prendre le parti de faire avec, parce que ces ambiguïtés sont le prix à payer pour que personne n’ait l’impression d’avoir tout perdu, parce que cette crise est aussi devenue crise à cause d’hommes politiques souvent devenus otages de leurs bases. Qui n’a jamais vécu de l’intérieur des négociations difficiles ne peut vraiment comprendre combien sont curieux les moteurs de la réussite ou de l’échec, et les difficultés que peuvent ressentir ensuite les négociateurs à expliquer à leurs mandants que oui, vraiment, c’était le meilleur accord possible qui a été obtenu. Les accords gagnants-gagnants ne le deviennent qu’au fil du temps.
Intellectuellement, il peut être inconfortable de s’entendre dire, comme cela a été souvent dit hier, que faire du juridisme sur Maputo est intenable, que ce qui prime est la volonté politique que l’on a tenté de traduire en mots. Techniquement, c’est un coup d’État inscrit dans une longue tradition malgache qui a été commis à Maputo, et la légitimité des signataires à engager ainsi la population ne peut être démontrée de manière irréfutable. La légitimité de Maputo n’existera véritablement que grâce au spectacle d’une opinion publique apaisée, qui apprenne à faire petit à petit la part des choses et ne se contente pas de jouer les perroquets de quelques leaders plus bruyants que les autres. Maputo est un viol, Monsieur le Juge, mais nous voudrions bien que nous soyons à peu près tous consentants.
Viol ne veut pas dire partie de plaisir. Dans la charte de la Transition, les hommes politiques auront relevé avec gourmandise 11 postes qui compteront vraiment. Les contribuables auront eux relevé avec effroi 457 fauteuils à pourvoir, sans compter la CENI [5]. Les constitutionnalistes auront relevé avec appréhension un régime présidentiel très fort pendant la Transition, et un débat sur la future constitution un rien court-circuité par l’annonce d’un Président de la République à élire au suffrage universel direct pour un mandat de cinq ans renouvelable une fois.
Pour sûr, la construction est loin d’être parfaite. Cependant, la rédactrice en chef de TV Plus, Onitiana Realy a décrit le climat de Maputo, passant petit à petit d’une ambiance frigorifique où les regards étaient fuyants à une certaine forme de cordialité. Les douze réunis par TVM et RNM hier ont essayé de démontrer que c’était ce mouvement qui importait, et l’on surveillera d’abord leur capacité à tenir parole et à maintenir le souffle dans ce premier délai de trente jours, plutôt que le placement des virgules et des points (pas barre).




