À l’ouverture du sommet de Maputo, nous nous serions contentés de résultats relativement modestes, du moment qu’ils puissent être un tant soit peu consensuels. À subir depuis plusieurs mois des trêves trompeuses, on finit par faire sien le dicton : « Un tiens vaut mieux que deux tu l’auras » ou son voisin sauce pays « Tano ny azo fa sarotra ny mila ».
S’il est un jour où il serait permis de discrètement lâcher un ouf de soulagement, ce serait quand même celui d’aujourd’hui, et permettez nous donc d’applaudir tous les acteurs de Maputo pour être allés plus loin que nos attentes minimalistes... Ne crions cependant pas au miracle, car il n’y en a pas eu. Si le face à face direct des uns et des autres a permis d’accoucher enfin d’un accord officiel, il tient plus de l’usure des uns et des autres et de la patience de la Communauté internationale que d’une opération du Saint Esprit. Bien des choses qui ont été arrêtées à Maputo avaient déjà été esquissées au Carlton et n’ont subi que des changements cosmétiques. La véritable transformation est venue du retour du principe de réalité, de constats que l’on aurait pu faire avant même la pause intervenue à fin Mai : la HAT ne pouvait seule créer un consensus suffisamment large pour rassurer le simple citoyen sur un avenir plus serein. Elle ne pouvait seule convaincre la Communauté Internationale d’apporter sa caution, tandis ce que la mouvance Ravalomanana n’avait pas non plus les moyens de forcer un retour de « Dada » au pouvoir.
Non-dit
Qui plus est, la force d’accords réussis est aussi de savoir jouer de l’ambiguïté lorsque nécessaire. Entre le Vendredi et les petites heures du dimanche, l’on a bien senti dans les fausses confidences et déclarations alambiquées des uns et des autres que chacun avait un peu gardé la mauvaise habitude de prendre ses rêves pour la réalité et de voir midi à sa porte : chacun des deux principaux camps clamait que l’autre était isolé et que la victoire lui était acquise. Jouant les Jacques Martin ressuscités, la Communauté Internationale a laissé tranquillement les petits fans penser qu’ils ont tous gagné. Parce que le succès de Maputo passe aussi par ces petits exercices de prestidigitation, ne faisons pas trop la fine bouche et savourons l’ivresse du consensus retrouvé sans se forcer à imaginer une éventuelle gueule de bois.
La principale ambiguïté, et qui est loin d’être involontaire, porte sur l’amnistie des événements de 2009. L’un des accords stipule la demande conjointe des quatre mouvances que le procès de Marc Ravalomanana soit annulé, au vu des conditions peu satisfaisantes sous lesquelles il a été réalisé. Cela permet aux partisans de Ravalomanana de clamer que celui-ci a obtenu l’amnistie, et que rien ne s’oppose à ce qu’il se présente à de futures élections.
Tout aussi commodément, ses adversaires peuvent souligner que la seule condamnation judiciaire dont a écopé le Président Ravalomanana avait trait aux conditions d’acquisition de l’avion Force One II, et que par contre les accords stipulent noir sur blanc que l’amnistie ne peut couvrir les violations graves des droits de l’homme, ce qui fait que le Président sortant devra s’expliquer sur la tuerie du 7 février à Ambohitsirohitra.
Mais à ce petit jeu là, eux-mêmes ne sont pas sûrs de ne pas laisser quelques belles plumes, car Marc Ravalomanana ne se priverait pas en cas de nécessité de pointer leurs propres responsabilités dans cette affaire. Ainsi, si tout le monde semble content, c’est bien plutôt parce que personne ne l’est vraiment.
C’est en tout cas « volontairement » que Marc Ravalomanan a accepté de ne pas participer à la transition, et de suspendre son retour à Madagascar à un climat politique et sécuritaire meilleur que celui qui prévaut actuellement. Gageons que cela n’a pas été facile pour lui, et que chacun des protagonistes aura une vision personnelle des conditions préalables à son retour. Il faudra non seulement, comme prôné dans la Charte des valeurs de la Transition, beaucoup d’esprit de tolérance, de pardon, de réconciliation et de respect mutuel, mais aussi un peu de chance pour que toutes ces attentes se concrétisent rapidement et dans de bonnes conditions.
Ce recul, que nous lui avions conseillé dès le mois de Mars et encore rappelé il y a trois mois, contribuera à redonner à Marc Ravalomanana un semblant de virginité. Quelles contreparties a-t-il obtenu en échange de sa patience ? Rien n’a été dit officiellement, mais on peut être assuré que c’est un peu plus que quelques strapontins que sa mouvance obtiendra lors des prochaines rencontres.
Secret de polichinelle ?
On peut aussi supposer, même si cela n’apparaît dans aucun procès-verbal, que les différents participants au Sommet de Maputo auront régulièrement eu des pensées secrètes sur qui pourrait, et qui ne pourrait pas se présenter, aux prochaines élections présidentielles.
On sait que la Communauté Internationale n’a accepté qu’à contrecœur la possibilité pour tous les sortants de se présenter. La France a pour sa part demandé à différentes reprises à Andry Rajoelina de s’abstenir. La nouvelle patience de Marc Ravalomanana serait-elle le signe qu’il commence à croire qu’effectivement, Andry Rajoelina pourrait ne pas se présenter ?
Ce qui semble être un secret de polichinelle a en tout cas pris plus de corps avec la mise en orbite savamment orchestrée d’Edgar Razafindravahy. Si le nouveau président de la délégation spéciale de la commune d’Antananarivo doit encore faire ses preuves en matière de charisme pour pouvoir prétendre à d’autres présidences, c’est clairement avec l’onction de Andry Rajoelina que Michèle Ratsivalaka a finalement accepté de céder sa place et qu’Edgar Razafindravahy se voit chargé de démontrer qu’il est d’autres troisièmes larrons possibles que les Pierrot, Roland et Monja.
Certes, les accords de Maputo précisent bien que le Président de la Transition pourra se présenter aux élections présidentielles. Mais comme certains appétits seront émoussés par le fait que les autres membres de l’exécutif devront eux-mêmes s’engager à ne pas se présenter aux dites élections, Andry Rajoelina pourrait choisir de se montrer solidaire avec le reste du gouvernement et se contenter de menacer de brandir son joker personnel, histoire de pouvoir dire plus tard que 2009 n’était pas tout à fait un coup d’État comme les autres.
Rien n’est cependant complètement fait. Il reste bien des réticences à vaincre dans les différents camps, et malgré l’abondance annoncée de postes, certains auront l’impression de ne pas retrouver leurs comptes dans le partage final des fauteuils de la Transition. Mais ne gâchons pas trop notre plaisir, et souhaitons un peu de chance au pays, car il lui en faudra.




