La journée de samedi a laissé plus d’un incrédule. Il aura fallu les confirmations sur les ondes des principaux protagonistes pour que les plus sceptiques des deux camps réalisent la nouvelle situation.
Oui, les meetings sur la place du 13 mai ont été suspendus, alors même qu’Andry Rajoelina avait encore annoncé quelques dizaines de minutes plus tôt la tenue d’une nouvelle réunion. Oui, les réservistes et « gardes civils » qui avaient été arrêtés au prix d’une opération spectaculaire la veille ont été relâchés, alors même que les partisans les plus fidèles du TIM espéraient qu’avec l’arrestation de Ranjivason Jean Théodore, on n’en était qu’au commencement.
Plus symboliquement, il y a eu la rapidité du passage au second plan du paysage politico-médiatique de l’armée, et la réapparition au premier plan du FFKM. Alors que ces derniers temps, on auscultait tous les bruits autour de la Grande Muette (qui n’était plus si muette que ça), ce sont les prêcheurs qui ont repris la plume et la parole.
Et cela alors qu’on craignait une guerre civile, avec ces généraux et officiers convoqués de part et d’autre, et ces réservistes qui se mettaient à réclamer bruyamment des armes.
Si on relit toutes les déclarations récentes du commandement militaire, les choses apparaissent pourtant comme suit : l’armée reste fidèle à une haute conception de sa mission et refuse d’obéir à des ordres ayant une connotation politique trop marquée. Défendre la Nation, oui. Défendre un camp politique, non.
Et comme ceux qui, au sein de l’armée, se sont risqué en 2002 à choisir un camp, l’ont tous payé chèrement, et cela qu’ils aient figuré parmi les « vainqueurs » ou parmi les « vaincus », aucun de ces deux camps civils facilement suspectés d’être un peu trop versatiles et amnésiques, ne pouvait espérer emporter facilement une décision en sa faveur.
D’autant qu’aucun des deux ne pouvait se prévaloir d’avoir été un parfait exemple de défense de la légalité. Au camp du TIM qui demandait à l’opposition de patienter trois ans pour tenter sa chance aux élections, le camp du TGV rétorquait qu’il n’avait pas eu lui- même en 2002 la patience d’attendre un mois pour tenter sa chance au second tour d’une élection qu’il menait. Face au camp du TGV qui se scandalisait du mélange de genre Tiko-TIM-État, les partisans du TIM pouvaient ironiser sur l’affection soudaine depuis un an de la municipalité d’Antananarivo pour les couleurs orange et bleues qui se trouvaient être aussi celles du TGV et de Viva...
Il aurait fallu un concours de circonstances extraordinaire pour que l’armée bascule de manière unanime. Et si elle l’avait fait, elle l’aurait fait non pas en faveur de l’un ou de l’autre, mais vraisemblablement contre l’un et l’autre. En quelque sorte, si l’armée n’a pas voulu courir le risque d’une guerre civile, les civils quant à eux n’ont pas voulu courir le risque d’un pouvoir militaire.
Les choses semblent pourtant encore loin d’être réglées. Les discussions de Samedi ont été brèves, car elles ne portaient que sur des préalables limités. C’est une trêve qui a été obtenue, pas encore la paix. La confrontation pure et dure ne permettrait guère d’aller loin dans la négociation de fonds qui commencera ce jour ; il faudra pour avancer un minimum de confiance, qui peut nécessiter du temps pour se construire.
On ne boudera pourtant pas son plaisir de savourer cette trêve. Dans une négociation, il faut aussi commencer en s’appuyant sur les intérêts communs, plutôt que sur les points qui divisent. Et ce n’est pas faire injure aux deux parties que d’espérer qu’elles aient des intérêts communs qui vont au delà d’un appétit évident de pouvoir.




