Le bras de fer autour du principal poste de direction de la Banque Centrale de Madagascar est bien mystérieux. De part et d’autre, il y a eu pas mal d’actions de désinformation, et tout cela passe au dessus de la tête du Malgache moyen qui se dit néanmoins qu’il risque d’y avoir des impacts sur son quotidien. Tentons de décrypter la situation.
Une chose apparait clairement, dans cette drôle de guerre de positions, la situation de Frédéric Rasamoely, gouverneur nommé par décret le 29 janvier 2007 est devenue plus que précaire. Depuis janvier 2011, époque où son mandat n’a pas été renouvelé, il n’était plus qu’un intérimaire dont la fonction était suspendue à des prolongations dont chaque durée était limitée à six mois. Par une simple note du Ministère des Finances, il a été « libéré » de ses fonctions en janvier dernier, mais entendait s’y accrocher.
Force est de constater que la grève des agents de la Banque Centrale qui soutiennent le maintien de Frédéric Rasamoely n’a pas bloqué le pays. Nous sommes le 2 mars, la fin du mois est passée et les fonctionnaires ont été payés. Il y a bien eu quelques perturbations dans certaines agences de banques et paieries du Trésor qui n’ont pu momentanément être livrées en billets ; mais il est clair qu’il n’y avait pas unanimité des employés et ceux qui ont continué de travailler ou ont repris le travail ont au final pesé plus lourd, même s’ils ont parfois dû faire des acrobaties pour suppléer les absents. Les opérations sur le marché des devises n’ont, quant à elles, jamais été interrompues. Ce qui tend à prouver que les propos seront lesquels un remplaçant ne serait jamais reconnu par la communauté financière internationale étaient un rien exagérées. Frédéric Rasamoely a perdu une bataille.
Coïncidence ou pression psychologique ? Sur ordre du Procureur de la République, le même Frédéric Rasamoely était convoqué hier au commissariat de police du 5ème arrondissement. Selon un responsable de la Police, cette convocation aurait trait à une plainte d’un particulier pour non exécution de décision de Justice, et ce suite à un différend opposant ce particulier à la banque SBM. Pour forcer la banque mauricienne à payer ce qu’il estimait lui être dû, le client avait tenté une saisie arrêt des comptes de la SBM auprès de la Banque Centrale de Madagascar. Arguant du statut particulier de la Banque Centrale, le gouverneur s’y était opposé.
Bien que cette plainte et cette convocation n’aient apparemment qu’un rapport lointain avec la révocation du gouverneur, elles semblent avoir eu pour effet d’avoir légèrement fait fléchir celui-ci. Hier, Frédéric Rasamoely déclarait qu’il attendait une décision du Conseil des Censeurs de la Banque Centrale avant de procéder à la passation de service avec le directeur général.
Au delà du comment, qu’en est-il du pourquoi ? Il n’est pas indifférent que le gouvernant sortant passe pour être proche de Marc Ravalomanana, et que le directeur général, Guy Ratovondrahona, soit un proche parent d’Andry Rajoelina qui a été nommé en avril 2011. La succession semble bien avoir été préparée depuis un certain temps. Mais pourquoi le gouverneur et les employés qui sont solidaires avec lui n’ont-ils pas protesté dès il y a un an aussi vigoureusement qu’ils le font aujourd’hui ? Ne se sont-ils pas piégés eux-mêmes en janvier 2011, en acceptant une décision précaire du ministère des Finances, uniquement parce qu’elle semblait en leur faveur ? Les voilà plutôt mal placés aujourd’hui pour invoquer l’« indépendance » de l’institution par rapport au même ministère.
Cette indépendance supposée répond à une logique : dans une relation banque-client, il peut être dangereux que ce soit celui qui entend emprunter qui puisse dicter sa conduite au prêteur. Ce dernier doit avoir la possibilité de refuser, d’exiger des garanties, d’aménager les conditions de prêt ou de poser beaucoup de questions. Et cela doit être vrai, même lorsque l’emprunteur est le Trésor public. Demandez aux Grecs s’ils n’auraient pas préféré que certaines précautions soient prises avant : ils paient aujourd’hui deux fois, d’un côté par leurs dépôts bancaires fragilisés, de l’autre par les impôts pour en quelque sorte se rembourser soi-même.
Dans le cas de Madagascar, cette indépendance reste très théorique. Gouverneur, directeur général, censeurs et membres du conseil d’administration sont tous nommés en Conseil des ministres. Et les mandats courts, d’une durée de 4 ans avec des renouvellements en bloc, accentuent encore la sensibilité aux chocs politiques. Ne nous faisons pas d’illusions : surtout au moment où l’on s’interroge sur les subventions à accorder au secteur pétrolier pour limiter les hausses des prix de carburants, Guy Ratovondrahona ne pourra pas être indépendant. Mais Frédéric Rasamoely ne l’était pas non plus.
Le prêteur doit pouvoir poser des questions, avons nous dit. Et le prêteur final, c’est nous. Avançons donc cette interrogation : arriverons nous à recouvrer notre argent ? Ou bien les énigmes continueront-elles à se multiplier en silence derrière les murs de béton d’Antaninarenina ?







