Aux lecteurs occasionnels de ce site, je ne peux que vivement recommander l’éditorial d’hier par Ndimy. Ce texte prouve que même s’il est des moments où il est difficile de ménager des surprises aussi fortes que celles concoctées par les protagonistes de la crise, nous autres éditorialistes sommes conscients qu’une partie de notre mission est aussi de vous surprendre.
C’est loin cependant d’être notre objectif principal, et les exercices de style de Madagascar-Tribune.com ne sont jamais gratuits : ils ont pour but de stimuler la réflexion et de remettre en cause les excès de confort intellectuel et les idées toutes faites.
L’une de ces idées toutes faites consiste à opposer Patrick et Ndimby. Avec en filigrane la tentation pour certains de décourager l’un pour laisser le champ libre à l’autre. Pour faire économiser à tous octets et kilowatts-heures, il est préférable de prévenir que c’est une cause pratiquement perdue d’avance : la complicité intellectuelle entre Ndimby et Patrick remonte à avant la présente crise, et celle-ci n’a fait que la renforcer.
Lorsqu’au sein de la rédaction, nous discutons des projets de futurs éditoriaux, nous savons fort bien que telles ou telles idées risquent d’irriter et de susciter des réactions courroucées. Dans une telle situation, c’est souvent l’autre éditorialiste qui dit à celui qui est en charge ce jour-là d’« y aller quand même », qui l’invite à ne rien censurer même si le propos ne sera pas immédiatement compris et assimilé par la majorité. Il ne faut pas y voir là du racolage commercial, mais de l’honnêteté intellectuelle.
Un journal indépendant est une épine au pied. Mais une épine qui bénéficie parfois de plus de mémoire que le pied égratigné. Et dont l’expérience permet de temps à autres d’apporter le recul et l’éclairage dont ne disposent pas forcément d’autres témoins. Un commentateur disait hier que l’ampleur de la crise a dépassé tout le monde. Ce qui est vrai. Par contre la crise elle-même, et sa sortie probable, ne sont pas une surprise.
Lorsqu’en 2008, des diplomates américains avaient publiquement conseillé à Marc Ravalomanana de se séparer de ses intérêts dans Tiko, lui envoyaient-ils un nécessaire signal d’alarme ou sonnaient-ils l’hallali ? Il serait prétentieux de vouloir répondre à cette question, même a posteriori.
Mais ce qui apparaissait d’ores et déjà à cette époque-là, c’était qu’une crise était en cours. Et ce qui n’est pas moins sûr aujourd’hui, c’est que même si à Genève ou ailleurs, un sommet entre chefs de mouvance a effectivement lieu dans les prochains jours et débouche sur une réussite, les choses ne s’en arrêteront pas là. « Les crises ne s’arrêtent jamais. Nous sommes toujours en train de faire face aux conséquences de la crise précédente jusqu’à ce que la prochaine arrive ». Les problématiques que nous avons à affronter dépassent les acteurs du moment et les querelles immédiates.
Étymologiquement, comprendre (« cum prehendere »), c’est prendre avec soi, saisir avec soi. La frontière devient alors étroite entre comprendre et excuser. Mais ni à Ndimby, ni à Patrick, on ne fera prendre durablement des vessies pour des lanternes. Et pour que notre médiocre latin de cuisine ne nous fasse pas tomber le ciel sur la tête, nous continuerons à crier « Par Toutatis ! ».





