Selon un responsable de la police s’adressant à l’AFP sous couvert de l’anonymat, il y a eu ce lundi 87 morts en Guinée au cours de la répression d’une manifestation de l’opposition qui voulait protester contre l’éventuelle candidature à l’élection présidentielle du chef de la junte, le capitaine Moussa Dadis Camara.
Il serait possible de traiter cette tragique actualité de plusieurs manières différentes.
On pourrait écrire que l’on a là une démonstration que les putschistes de tous les pays apprennent vite à ne pas tenir leurs engagements, à tirer dans la foule et à tenter de dissimuler des cadavres.
On pourrait écrire que l’on a là l’exemple d’un putschiste qui a eu la prudence de se faire représenter à l’Assemblée Générale des Nations Unies par un ministre des Affaires Étrangères, et que celui-ci n’a guère été chahuté pendant son discours qui a eu lieu peu après cette tuerie.
On pourrait écrire encore que l’on a là une nouvelle preuve que les manifestations sont dangereuses lorsqu’elles sont interdites, et se demander aussi bien pourquoi certaines autorités jugent utile de les interdire que pourquoi certains organisateurs tiennent tellement à compliquer les choses lorsqu’elles sont autorisées.
Il serait également possible d’écrire que l’on a vu là des figures éminentes de l’opposition comme les anciens Premiers ministres Sidya Touré et Cellou Dalein Diallo être blessées. Alors qu’à Madagascar, à la lumière des événements du 7 février ou du 26 septembre, on a plutôt pris l’habitude de voir les hommes politiques laisser leurs partisans s’exciter, pour prudemment se mettre ensuite en retrait et les laisser en face de défenseurs des lieux potentiellement drogués ou ivres.
Aucune de ces présentations des faits n’est erronée, mais aucune n’est parfaitement neutre. Autant dire qu’il suffit d’assez peu d’expérience, pour les organes de presse et les journalistes, pour savoir qu’il vaut mieux recevoir avec prudence aussi bien les félicitations pour la « neutralité » que les critiques pour la « non neutralité ». Depuis l’ouverture des forums de Madagascar-Tribune.com, bon nombre de journalistes peuvent témoigner qu’il leur est arrivé d’être félicités pour la « neutralité » d’un article dont les laudateurs s’empressaient ensuite de détourner le contenu pour lui faire dire des choses qui étaient contraires à leurs intentions.
La neutralité parfaite n’existe pas. Même l’eau, incolore, inodore et sans saveur a des effets physico-chimiques.
Depuis 1988, Madagascar Tribune, aussi bien dans sa version papier que dans son actuelle déclinaison en ligne, dérange par son esprit d’ouverture et de pluralisme. Un certain nombre de lecteurs lui reproche de ne pas être suffisamment clair dans ses positions. Pour la plupart des êtres humains, il est inconfortable de trouver de temps en temps dans un journal autre chose que ce que l’on espérait y trouver.
La direction de la publication soupire de temps à autres sur le fait de se faire systématiquement taxer, et ce sous tous les régimes, de journal proche de l’opposition. Ce faisant, elle se plaint, non pas de l’inconfort de la situation, mais plutôt d’un gros malentendu : si le journal est partisan, ce n’est pas d’hommes, mais de principes. Il défend des valeurs démocratiques : liberté d’opinion et d’expression, droit d’inventaire, autant de choses qui, sous toutes les latitudes, sont plus dérangeantes pour les dirigeants que pour les opposants.
Être un contre-pouvoir ne signifie pourtant pas être systématiquement contre les pouvoirs. Et le journal veut être le lieu où les idées se confrontent, car cette confrontation est sur tous les points préférable aux poings qui s’affrontent.
Au passage, l’auteur de la présente présente ses excuses à Jeannot Ramambazafy pour ne pas avoir, dans la précipitation, suffisamment fait amender il y a quelque temps une Tribune Libre qui l’avait offensé. Mais je m’étonne également que Jeannot laisse penser que tous les anciens de Tribune qui, dispersés dans divers organes, ne partagent pas ses propres convictions ne le feraient que pour des raisons alimentaires. Et on peut répondre que cette diversité peut aussi être vue comme un témoignage de l’esprit d’ouverture de leur titre d’origine.
Jeannot, tu sais d’ailleurs bien que le titre a toujours bien distingué entre éditorial et tribunes libres. Et que toutes les contributions sont bien accueillies, pour peu qu’elles soient courtoises et argumentées. Si tu es inspiré, c’est quand tu veux, où tu veux.
Et je dis cela en assumant le risque de recevoir une volée de bois vert de la part de certains lecteurs sur le forum. Comme l’écrit VANF, un autre ancien de Tribune : « Dans un journal, on a le choix de ses signatures, et ignorer tout le reste ». Et l’avantage d’appartenir à un titre dont l’accès est gratuit, c’est qu’aucun lecteur n’est fondé à nous dire : « on ne vous paye pas pour lire Untel ou Telautre ».
Et prenons les devants vis-à-vis de ceux qui s’apprêtent à crier que MT retourne sa veste ou que Patrick A « jette le masque », en leur rappelant que dès le lendemain du 17 mars le même Patrick A. avait dénoncé de « Dangereux énergumènes » sans même penser aux conséquences possibles. Rappelons à l’inverse à ceux qui trouvent les propos de Ndimby un peu trop proches de ceux de Marc Ravalomanana que ce même Ndimby a reçu sur son blog personnel les foudres des zanak’i Dada pour y avoir laissé s’exprimer un Joël Andriantsimbazovina.
Et j’ajouterais que s’il m’arrive aussi de trouver la prose de Ndimby un peu trop forte en cornichons, câpres et « sakoa », je conclue toujours lorsque je prends la peine de gratter un peu, que nous sommes d’accord sur le fond d’au moins 80% des sujets. Et notamment, sur le fait qu’il est un peu vain de parler de « neutralité », lorsque celle-ci est présentée comme devant être synonyme d’aveuglement, et qu’il est alors préférable d’insister sur les valeurs de tolérance et d’objectivité des raisonnements présentés.




