« Les crises ne s’arrêtent jamais. Nous sommes toujours en train de faire face aux conséquences de la crise précédente jusqu’à ce que la prochaine arrive. »
Les mots sont de Dominique Strauss-Kahn, directeur général du FMI. Et pour éviter d’induire nos lecteurs en erreur, précisons qu’il parlait ainsi, quelques jours après le sommet du G20 de Pittsburgh, à propos de l’économie mondiale, et non pas des événements malgaches qui ne justifieraient d’ailleurs pas une interview de lui par le magazine américain Newsweek.
Mais il reste que les propos du DG du FMI s’adaptent particulièrement bien à la situation malgache. Le fait est que le pays se retrouve avec trois « Premiers Ministres » pouvant chacun revendiquer la légalité, mais qu’on a du mal à définir avec précision le début de la chaîne d’événements qui fait qu’on en est arrivé là. La plupart des dépêches d’agences de presse internationales simplifient en partant de la fermeture de la chaîne de télévision Viva en décembre 2008, mais les malgaches ont chacun une petite théorie sur l’origine profonde de cette crise 2009 : complot, rancoeurs personnelles, cupidité, ethnicisme, minerais, j’en passe et des meilleures.
Toujours est-il que les acteurs de cette crise sont tous dans une certaine mesure prisonniers de leurs attitudes passées, et que l’adoption de certaines postures est autant la conséquence de la crise que la cause de sa durée.
L’actualité amène aujourd’hui à se pencher sur le cas particulier de Monja Roindefo. Fils du combatif leader nationaliste Monja Jaona, il s’est volontiers présenté aux débuts de la crise comme un guerrier antandroy, et semble se retrouver aujourd’hui, aux yeux de ceux qui se veulent cartésiens, otage de sa propre image.
Car si l’on analyse froidement la situation, il fait assez peu de doute qu’il a perdu son poste de Premier Ministre, et qu’il aurait mieux fait d’adopter beaucoup plus en amont des événements une posture de négociation plus conciliante. Quels sont ses soutiens politiques ? Essentiellement, quatre petits partis [1] qui ont du mal à prouver une couverture nationale, même s’ils affirment rassembler trente-six formations. La réalité est que la plupart des organisations rassemblées sous le vocable de « forces du changement » sont bien plus prudentes et semblent s’être ralliées de fait à Andry Rajoelina. Les partisans de Monja Roindefo auront donc du mal à peser lourd face à la volonté clairement affichée par la communauté internationale, et ils auront quelque difficultés à se prévaloir d’un large appui d’une population depuis longtemps largement lassée des rebondissements politiques à répétition.
Monja Roindefo évoque la nécessité de rester à la primature tant que les chefs de file des quatre mouvances n’auront pas signé les accords conclus verbalement au Carlton. Il semble donc garder quelques espoirs que sa position et celle exprimée par Marc Ravalomanana puissent l’amener à se retrouver à la Présidence de la Transition à la place de Andry Rajoelina. Après l’annonce qu’une ultime rencontre entre les chefs de file aurait vraisemblablement lieu d’ici la fin de la semaine, on peut douter qu’il ait le temps de convaincre une majorité de se rallier à un tel schéma sensiblement différent du scénario de base évoqué lors des deux précédentes rencontres à Maputo. Et il est d’ailleurs très probable que Marc Ravalomanana cherche davantage à négocier des garanties sur la possibilité de se présenter aux futures élections qu’à miser sur Monja Roindefo.
Ce dernier espèrerait-il que l’armée vienne à son secours ? On relèvera avec intérêt cette interview de Gabriel Rabearimanana, secrétaire général du Monima, qui évoque « le fait que l’armée ne forme pas un corps homogène. Une divergence d’opinion sévit chez les militaires aboutissant à de tels actes alors que l’unité de l’armée est souvent citée. Elle n’est pas totalement effective ». Mais si l’on a entendu un certain nombre de rumeurs à propos du camp de gendarmerie de Fort Duchesnes, une réédition des événements du 8 mars apparaît peu probable.
« Quand la maison est en feu, vous êtes obligés de l’arroser avec beaucoup d’eau pour vous débarrasser du feu, mais ensuite vous avez à éponger ». Ce sont encore des propos de Dominique Strauss-Kahn qui n’ont rien à voir a priori avec la situation à Madagascar. Mais ils nous rappellent que si le feu de la crise devrait être maîtrisé sous peu, le Professeur Zafy Albert aura fort à faire à la tête du Conseil national de réconciliation.




