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vendredi 25 septembre 2026
Antananarivo | 10h02
 

Politique

Un an de Refondation : doutes et perplexité

vendredi 25 septembre | Ikala Paingotra |  1 visite  | 1 commentaire 

Aujourd’hui marque le premier anniversaire du 25 septembre 2025, journée qui a enclenché la série de manifestations ayant fini par provoquer la fuite en exil d’Andry Rajoelina.

La multiplicité des acteurs du mouvement ayant entraîné la chute de l’ancien DJ rend difficile l’attribution de la victoire à une seule personne ou entité. Il y a eu tout d’abord l’appel à la manifestation pour le 25 septembre 2025 lancé par les trois conseillers municipaux d’Antananarivo, Alban Rakotoarisoa, Clémence Raharinirina et Lily Rafaralahy. L’arrestation à titre préventif des deux premiers et les barrages militaires mis en place pour tenter d’empêcher les protestations ont exacerbé la tension, et provoqué des affrontements quotidiens entre les forces de l’ordre et les jeunes de la Gen-Z malgache, inspirés par leurs homologues népalais. Toutefois, la brutalité de la répression menée notamment par les gendarmes a entraîné pendant plusieurs semaines un sur-place du mouvement.

Le samedi 12 octobre, les militaires du Capsat ont décidé de sortir de leur camp pour protéger les manifestants, ce qui a permis à ceux-ci de conquérir la Place du 13-mai, provoquant la fuite de Rajoelina. Celui-ci fut exfiltré par l’armée française le lendemain à partir de Sainte-Marie. Profitant de leur action décisive dans le basculement de la crise, quatre officiers du Capsat se sont « auto installés » à la tête de l’Etat. La Haute cour constitutionnelle s’est empressée de valider cette prise de pouvoir en dehors du cadre de la Constitution, qu’elle était pourtant censée protéger.

Derrière ces acteurs visibles, il y a eu des acteurs plus ou moins invisibles, à commencer par les influenceurs qui auraient animé la mobilisation de la Gen-Z. Qui les a mobilisés ? Qui les a financés ? Qui les a soutenus techniquement par des usines à trolls (les fameux « robots » dénoncés par Rajoelina) ? Avec quels clans politiques malgaches ont-ils travaillé ? On n’a pas de réponse officielle à toutes ces questions, mais on peut se poser des questions en voyant, après la crise, les relations soudainement chaleureuses de la Russie avec plusieurs d’entre eux, invités notamment à suivre des formations sur la “démocratie” russe. La seule bonne nouvelle, c’est que le pseudo-influenceur étranger qui faisait l’intéressant au début de la Refondation s’est calmé, après que ses cheveux aient repoussé.

Dans ce vaste capharnaüm d’acteurs se prétendant tous vainqueurs de Rajoelina, la première constatation est que la Gen-Z est la grande cocue de la révolution. Le mouvement s’est disloqué pour faire apparaître de multiples courants dont le seul point commun est la tranche d’âge, chaque tendance prétendant capitaliser l’image commune de faiseuse de rois. Cela a réussi à certains jeunes qui ont été catapultés « conseillers techniques » dans divers cabinets, sans que le caractère méritocratique de ces nominations ne soit vraiment clair. Les portes-paroles officiels du mouvement Gen-Z semblent quant à eux avoir été écartés par les manœuvres des politiciens, qui ont préféré soutenir l’émergence de jeunes plus malléables et plus serviles que les fortes têtes du mouvement.

Qu’en est-il des revendications ?

Rappelons que les revendications majeures qui ont officiellement été à la base des manifestations de septembre et octobre 2025 étaient au nombre de deux : d’une part, les délestages d’eau et d’électricité, et d’autre part la démocratie, foulée aux pieds par la répressions des manifestations et les arrestations de leaders. Ces revendications ont-elles été satisfaites, un an après la manifestation du 25 septembre 2025 ?

Il faut ici faire la part des choses.

Qu’on le veuille ou non, la résolution des problèmes de la Jirama va prendre du temps, et il est illusoire d’espérer que la Refondation va pouvoir les résoudre en quelques semaines ou même quelques mois. La société d’État est victime de la conjonction de plusieurs facteurs dont la résolution prendra beaucoup de temps avant un hypothétique retour à la normale. Malgré la propagande du pouvoir de Refondation, les délestages continuent.

Sur le plan des avancées démocratiques, c’est un zéro pointé. Il y a des actes et des décisions qui sont entièrement le fait du pouvoir actuel de la Refondation, et qui autorisent le doute sur la sincérité ou la capacité à mettre en œuvre les engagements. Sur de nombreux plans, les dérapages concrets de l’ère Rajoelina continuent, voire s’aggravent :

  • montages de dossiers judiciaires pour décapiter l’opposition ;
  • perquisitions qui reflètent plus le racket que l’état de droit ;
  • menaces sur la liberté d’expression ;
  • impunité des politiciens proches des hiérarques du pouvoir (y compris les forongony ayant retourné leurs vestes) ;
  • utilisation de réseaux de faux comptes dans la stratégie de communication sur les réseaux sociaux pour créer une réalité factice ;
  • arrogance envers les opinions divergentes accusées d’être « mpamendrofendro », version modernisée du fameux « 6% d’imbéciles » de l’époque Rajoelina ;
  • nomination de « mpitolona » à des postes sans aucun rapport avec leur parcours professionnel ou académique ;
  • transhumance des députés qui ont quitté en masse la bannière du pouvoir déchu pour s’afficher sous celle de la Refondation ;
  • amateurisme dans la gestion des affaires de l’État, comme le montre le buzz d’hier sur les différentes versions au sujet du jour férié du 25 septembre.

On pourrait continuer cette liste à l’infini, tout comme on pourrait donner les noms de ceux qui ont remplacé dans leur rôle les personnages tels que Lalatiana Rakotondrazafy, Naivo Raholdina, Dadan’i Jemima, Rinah Rakotomanga, Mamy Ravatomanga etc.

Finalement, un an après la date du 25 septembre 2025, on se demande donc ce qui a véritablement changé, à part certains noms dans l’appareil d’État. La présence de nombreux alliés défroqués de Rajoelina dans les structures actuelles du gouvernement, du parlement ou de la diplomatie justifie les attaques contre les forongony. Quelle crédibilité ont ces personnalités qui nous ont « vendu » Rajoelina comme un champion pendant des années depuis 2009, avant de le trahir ? Leur retournement de veste souligne juste deux choses : d’une part, leur bêtise et manque de lucidité dans le choix de l’époque de soutenir un politicien incompétent et peu intègre, et d’autres part, leur manque d’éthique dans la déloyauté actuelle.

Mœurs politiques discutables, pratiques de corruption, arbitraire et avanies contre les adversaires politiques, « PDG » intouchable, politique utilisée comme refuge de crapules vénales, manœuvres pour subordonner l’intérêt national à celui de puissances étrangères : ces phénomènes se sont-ils exilés à Dubai avec Rajoelina, ou au contraire, leurs racines ont-elles proliféré à l’ombre du feuillage de la Refondation ?

1 commentaire

Vos commentaires

  • 25 septembre à 09:58 | tonga soa (#11899)

    Merveilleux article d’Ikala. Très juste en plus.

    A voir ce que vont dire tous ceux qui écrivent ici "chapeau bas mon Colonel" ou qui approuvent son parcours durant cette première année. Ils sont nombreux...

    Répondre

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