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mercredi 28 janvier 2026
Antananarivo | 09h51
 

Politique

SADC-atra

mercredi 28 janvier | Ikala Paingotra |  76 visites 

Dix-sept ans après avoir été invitée par Marc Ravalomanana à agir en médiateur au début de la crise de 2009, la SADC est de nouveau dans nos murs pour tenter de résoudre les problèmes créés par une nouvelle crise politique, elle-même générée par un autre changement anticonstitutionnel de gouvernement. En dépit des artifices de langage utilisés par les nouvelles autorités et leurs partisans, aucune disposition de la Constitution en vigueur ne prévoit que des officiers de l’armée ne prennent le pouvoir, quelles que soient les circonstances, en dehors d’un cadre électoral.

On se demande avec curiosité ce que pense la SADC du cas malgache. Dix-sept ans après le coup d’État de 2009, la présence d’une délégation lourde, menée par un ancien chef d’État en la personne de la malawite Joyce Banda, montre que le pays n’a toujours pas réussi à se libérer des démons de son instabilité politique. Ce serait une solution facile de dire que la SADC a mal géré la médiation, mais ce serait une conclusion plus raisonnable de dire que les Malgaches sont incapables de tirer les leçons du passé.

Durant douze ans (la transition 2099-2013, puis la mandat débuté en 2019 jusqu’à la fuite en exil de 2025), Andry Rajoelina a singé tout ce qu’il avait reproché à Marc Ravalomanana en matière de violations des valeurs démocratiques et des principes de bonne gouvernance, mais en y mettant encore moins de scrupules. Fraudes électorales, emprisonnement de citoyens sous des prétextes fallacieux, gaspillage d’argent public, corruption de haut niveau (que seule la diligence des tribunaux de Londres et Port-Louis ont permis d’éventer), impunité des copains coquins. L’absence d’intégrité, le manque de compétence, et l’incapacité à respecter la parole donnée ont été un triptyque sur lequel Rajoelina avait fait reposer son pouvoir. Par conséquent, aucune volonté d’améliorer la situation du pays et agir pour le bien commun, préférant privilégier les intérêts de clan.

Voilà pourquoi on en est au même point, dix-sept ans après 2009, parce que celui qui se présentait comme un homme providentiel pour transformer Madagascar n’était en réalité qu’une sorte de Pinocchio des temps modernes : une marionnette à mi-chemin entre un clown et un menteur. C’est une bonne raison pour choisir désormais de mettre à l’honneur l’esprit critique et refuser d’accorder le statut de Messie à quiconque en dehors du cadre biblique ou footballistique. Dans le domaine politique, les prétendus Messies parlent beaucoup, promettent énormément, mais les années démontrent toujours a posteriori ce qu’ils valent vraiment. C’est pour cela que de façon cyclique, la SADC doit revenir pour une intervention au succès incertain : le problème n’est pas la SADC, mais ce que les politiciens malgaches et leurs partisans fanatiques ont fait de la pratique politique dans le pays.

Parmi les thèmes éculés sur lesquels nous autres malgaches aimons bien surfer, il y a celui de la souveraineté nationale. Sur le principe, cette posture est méritoire. Mais en se penchant avec attention sur le sujet, on voit s’accumuler tout ce que l’on a essayé de mettre sur le dos de cette souveraineté nationale. C’est par exemple en son nom que Rajoelina a résisté à la médiation de la SADC en 2009, finissant par imposer son coup d’État devant une organisation régionale impuissante à lui faire entendre raison. C’est également en son nom que l’ambassadeur de l’Union européenne a été remis à sa famille par Rajoelina pour avoir osé critiquer sa gouvernance.

C’est sans doute un point qui mérite réflexion : la communauté internationale est la bienvenue quand elle octroie des chèques, mais il ne faudrait pas qu’elle s’avise de donner son point de vue lorsqu’il est nécessaire de rappeler les obligations des traités et accords internationaux que Madagascar a pourtant signés de son plein gré. Quelquefois, on doit se demander si l’endémicité ne concerne que les caméléons, les lémuriens et les baobabs du pays.

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