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Culturel

La langue Malgache

Quatre langues, un parallèle

lundi 16 juin 2008

Un parallèle curieux existe entre l’influence du français sur les Malgaches de nos jours, l’influence du latin sur les Français il y a 700 ans, et celle du grec sur les Romains il y a 2000 ans. Ce parallèle éclaire d’un jour intéressant les questions que nous nous posons sur l’importance respective du français et du malgache, sur la « fanagasian’ny fahabeazana », sur la langue dans laquelle les écrivains malgaches écrivent leurs oeuvres.

Dès le 5ème siècle avant notre ère, la langue grecque règne suprême dans la région méditerranéenne. Elle nous donne la prose de Thucydide, de Platon, et de tant d’autres. Au 3ème siècle, cette langue se répand dans le Moyen-Orient grâce aux conquêtes d’ Alexandre le Grand. Le prestige de la langue et culture grecques est immense aux yeux des Romains. Quand ils dominent la Grèce et le Moyen-Orient à partir du second siècle avant notre ère, les Romains utilisent le grec, et non pas le latin, pour administrer la partie orientale de leur immense empire. Les enfants romains riches vont étudier en Grèce, et les familles aisées préférent utiliser le grec dans leurs correspondances et conversations. Saint Paul, citoyen romain, écrit son Epître aux Romains en grec.

Le latin aurait pu rester une langue de seconde classe, éblouie et aveuglée par le rayonnement du grec prestigieux. Heureusement, des écrivains latins réagissent. Cicéron, le premier, qui connaît parfaitement les deux langues, crée le vocabulaire philosophique latin et publie ses livres et discours en latin. Il forge des néologismes conformes au génie de la langue latine. C’est peut-être lui qui a fait le plus pour mettre le latin à l’honneur. Nous pouvons maintenant profiter des résultats de cet éveil : l’immense collection de prose et de poésie latine dont une bonne partie nous est parvenue.

Déplaçons-nous 1500 ans plus tard, en France. On y trouve les mêmes rapports de force, cette fois-ci entre le latin et le français. La Sorbonne enseigne en latin. Les livres savants, les actes juridiques, les contrats, les actes de baptême et de décès, sont tous rédigés en latin. Le français, la « vulgaire du pays », fait figure de parent pauvre. Heureusement, là aussi, certains réagissent.

Le roi François 1er en 1539, par les Ordonnances de Villers Cotterêts, exige l’usage exclusif du français dans tous les actes et documents officiels. Joachim du Bellay publie en 1549 sa « Défense et Illustration de la Langue Française » (illustration voulant dire ici : pour rendre illustre). Il affirme que la langue française peut et doit produire des oeuvres aussi belles que les langues latine et grecque. Et maintenant, nous pouvons admirer les résultats de cet autre éveil.

Déplaçons-nous enfin de 500 ans, à Madagascar. Le parallèle n’est-il pas saisissant ? Inutile d’en énumérer les manifestations... N’a-t-on pas un vague sentiment, pensé mais non exprimé, que peut-être au fond la langue malgache n’est pas à la hauteur ? Il faut réagir.

Il existe encore dans le monde près de 7.000 langues. Avec ses 15 à 17 millions de locuteurs, le malgache se place entre les 50ème et 60ème rangs (étrange coïncidence : le même rang que le grec moderne). Du point de vue ouvrages de référence, le malgache est avantageusement placé : il a son « dictionnaire Larousse », sous la forme du Rakibolana de Régis Rajemisa-Raolison, que l’on trouve facilement en librairie. D’ici quelques semaines, il aura son « encyclopédie Larousse », sous la forme du splendide Rakipahalalana de l’Académie Malgache, avec 35.000 articles. Souhaitons que beaucoup de familles auront à coeur d’avoir ses deux ouvrages dans leur bibliothèque et les consulteront souvent. Il y a un grand nombre de dictionnaires bilingues pour faire le pont entre le malgache et l’anglais, le français, l’italien, l’allemand, le russe… Sur le web (mondemalgache.org), se construit un dictionnaire encyclopédique qui, bien qu’à peine à moitié fini, contient déjà 50.000 mots malgaches, dont une ample foison viennent des provinces.

Le malgache est une langue riche, ainsi que l’ont remarqué un certain nombre d’auteurs. En 1856, William Ellis le décrit comme « abondant, précis, et par certains aspects hautement philosophique ». Plus récemment Leonard Fox le déclare « une langue aux nuances extrêmement délicates, et d’une concision remarquable ».

Comme le latin de Cicéron, le malgache est bien adapté par sa syntaxe à la formation de néologismes ; on en trouvera des exemples dans le Rakipahalalana.

Il y a de bonnes raisons que les Malgaches soient fiers du « teny nibeazany, teny hahombiazany ».

Jean-Marie
de La Beaujardière

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