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Editorial

Les illusions démocratiques

samedi 29 avril 2023 | Ikala Paingotra
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La convocation de Pierre Lenoble par l’Inspection générale de l’État est loin d’être un simple fait divers. En tant que Président du Haut conseil pour la défense de la démocratie et de l’État de droit, il avait défrayé la chronique il y a quelques semaines en saisissant la Haute cour constitutionnelle en vue d’un empêchement du président de la République. Dans le contexte, cela lui a dessiné automatiquement une cible sur le front assortie de l’étiquette « ennemi politique ». Certes, on aimerait pouvoir dire, comme dans les vraies démocraties, que l’on fait confiance en la Justice et aux organismes de contrôle. On aimerait.

On n’oublie pas que cette convocation s’ajoute à une série de faits qui appellent à la perplexité depuis des mois, voire des années. L’arrestation d’un citoyen qui n’a fait que montrer un pouce renversé au passage du cortège présidentiel. L’emprisonnement de lanceurs d’alerte ayant dénoncé des violations des principes de bonne gouvernance dans le domaine de la santé publique ou de l’environnement. Le maintien en prison d’un ancien ministre arrêté sur une dénonciation, malgré le fait que son accusateur soit revenu sur ses déclarations. Entre autres exemples possibles.

Pour certains régimes, les enquêtes, arrestations, procès, emprisonnements, redressements fiscaux et autres manœuvres, peuvent être des moyens d’intimidation. Comme en Corée du Nord ou en Chine, ils permettent de rappeler aux citoyens que leur sérénité dépend de leur capacité à ne pas faire trop de vagues qui feraient de l’ombre à la propagande officielle. Mais ils permettent également de rappeler aux opposants politiques que l’État de Droit peut être un concept à géométrie variable.

Les manœuvres utilisées depuis quelques mois pour limiter les déplacements et les rassemblements de l’opposition, illustrent cette volonté du pouvoir actuel d’utiliser les prérogatives de la force publique pour créer un contexte qui le favorise tout en rognant les ailes de ceux qui le critiquent. Encore une fois, on rappelle la différence entre légalité et moralité. A certaines périodes de l’Histoire, la colonisation, l’esclavage ou l’apartheid étaient légaux. Cela n’en a pas fait pour autant des phénomènes empreints de moralité. Il n’y a donc pas de raison de donner une patente de respectabilité à une décision sous prétexte qu’elle est une application de la Loi, car celle-ci est souvent manipulée dans l’intérêt de clans qui ne se soucient pas de l’intérêt général.

Ce qui est à la fois risible et regrettable est de constater le grand écart entre les actes et les paroles chez ceux qui parlent le plus de démocratie. Tout comme celui qui a baptisé la Deuxième république de République démocratique en 1975, celui qui a inauguré la Place de la démocratie en 2009 est loin d’être un modèle convaincant dans le respect des libertés pourtant garanties par la Constitution. Hélas, en Afrique, comme l’écrivait l’ancien Président congolais Pascal Lissouba, « on n’organise pas des élections pour les perdre ». Ce sont pourtant les pratiques orientées par une telle vision qui ont causé la controverse autour des élections de 1989 et de 2001 à Madagascar, avec les crises politiques violentes qui ont suivi.

Comment expliquer la volonté des dirigeants à œuvrer envers et contre tout et à n’importe quel prix pour se maintenir au pouvoir ? Il y a certainement le goût du pouvoir, qui se décrit dans le domaine psychiatrique par mégalomanie. Il y a également le goût des avantages et prébendes auxquels ce pouvoir donne accès. Mais il y a surtout une nécessité pour le clan au pouvoir de se protéger. Une alternance risque de permettre à autrui de soulever les couvercles de casseroles qui ne sont pas nécessairement très propres. Par conséquent, faire obstacle par tous les moyens à l’émergence de rivaux sérieux est devenu une nécessité pour les dirigeants, quels qu’ils soient. Jusqu’à ce que le ras-le-bol ne crée un trop-plein, et que celui-ci ne se déverse sur la Place du 13 mai.

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3 commentaires

Vos commentaires

  • 30 avril 2023 à 18:21 | Ibalitakely (#9342)

    ... « Mais il y a surtout une nécessité pour le clan au pouvoir de se protéger. Une alternance risque de permettre à autrui de soulever les couvercles de casseroles qui ne sont pas nécessairement très propres » ...
    - Ceci est malheureusement la vérité actuelle, ne serait-ce que de voir ici dans MT des volomboasaristes dire farouchement n’importe quoi n’importe quand pour ... se protéger.

    • 30 avril 2023 à 18:41 | Ibalitakely (#9342) répond à Ibalitakely

      Mais à quand est-ce le prochain 2002 bis où durant cette période la machine administrative était complètement bloquée [aucun ministère n’obéissait à son ministre càd grève générale illimitée] ; puis d’une façon ± diplomatique les hommes en treillis ont dit QU’ILS SONT NEUTRES juste pour dire à ce à celui qui, dans le temps, était chef supreme des armées & le plus ancien dans le grade le plus élevé qu’ils ne vont plus l’obéir ↔ on n’attend plus que les fonctionnaires, surtout ceux du corps de la magistrature, & les bebaoty de refaire ce qu’on a fait en 2002. Merci d’avance ry zareo ô !!

  • 2 mai 2023 à 13:16 | Ibalitakely (#9342)

    & avec ce pouvoir volomboasary il faut s’attendre qu’un jour le président du ceni ou celui de la hcc soit « convoqué quelque part », soit pour ne pas avoir exécuter un ordre donné soit pour avoir dit quelque chose de mauvais goût pour les foza, comme c’était le cas du DG de l’Imprimerie Nationale ayant dit qu’il y a des CIN vierges douteuses ou celui du vice-président du céni osant déclarer qu’il y a 2 000 000 de doublons.

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