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samedi 5 septembre 2026
Antananarivo | 12h11
 

Editorial

FOLISOPHIE DU ÇA ME DIT

Le dictateur non éclairé

samedi 5 septembre | Andy M. |  24 visites  | 1 commentaire 

Bienvenue, ami du samedi. Pour sa cinquième consultation, notre cabinet ausculte aujourd’hui un patient increvable, contagieux depuis des siècles, et qui refuse obstinément toute guérison : le dictateur non éclairé.

Pour commencer et pour savoir de quoi l’on parle, intéressons-nous aux définitions pertinentes du Larousse.

Dictateur : Personne autoritaire qui impose son point de vue et sa manière de vivre aux autres.
Être éclairé : Avoir des connaissances et du discernement.

Un esprit non éclairé est donc un esprit guidé à la lueur des délestages de la Jirama. Cela ne l’empêche toutefois pas d’être illuminé, même dans l’obscurité.

Question pour un champion, et on ne parle pas d’Andry Rajoelina : Qu’est-ce qui importe vraiment aux citoyens dans leur vie quotidienne ?
Est-ce le bien-être économique : pouvoir manger, se soigner, se vêtir et éduquer les enfants, avoir un travail décent ?
Ou est-ce le bien-être politique : pouvoir s’exprimer librement, avoir droit à des élections propres ?

Ce genre de questions anime la flamme de ceux qui s’apprêtent à lécher les bottes en peau d’ours ou les espadrilles de kung-fu.

Il y a en effet quelques exemples de dictatures qui ont permis de développer leurs pays, au détriment des droits politiques et des libertés civiles. Les exemples les plus célèbres souvent cités sont sans doute le régime de Lee Kuan Yew à Singapour ou les régimes autoritaires successifs à Taiwan. Toutefois, ils ne sont pas les seuls.

C’est pour cela qu’à Madagascar, de nombreux dirigeants ont été inspirés par l’idée de dictature éclairée, mais ont toujours été incapables d’aller au-delà du premier mot.

On pourrait se dire que, contrairement à dictateur non éclairé, dictateur éclairé est a priori un oxymore, une association de deux mots contradictoires, comme une prostituée vierge ou un politicien honnête.

On a finalement eu les versions des boutiques de Behoririka, les dictatures non éclairées, qui présentent toutes les tares du jadona sans offrir les avantages du fandrosoana. Elles produisent toutefois un effet pervers et inévitable : l’enrichissement sans cause du clan au pouvoir, protégé par un état de droit tordu où la loi est utilisée comme un outil politique contre les opposants.

Le dictateur non éclairé va donc chercher à éviter d’être victime de ce dont il a été coupable.
S’il a bénéficié du soutien d’une faction de l’armée pour renverser le dirigeant précédent, il va amadouer les bidasses à coups d’avantages et de promotions.
S’il a profité des réseaux sociaux pour accéder au pouvoir sans passer par les urnes, il en connaît les risques. L’expérience vaut science : il va donc s’évertuer à placer ces mêmes réseaux sous contrôle. Au nom de la loi.

Rappelons toutefois que la légalité n’est pas la justice. À un moment de l’histoire et à divers endroits de la planète, l’apartheid était légal, tout comme le colonialisme, l’esclavage ou certains génocides.

« Au nom de la loi » n’est donc certainement pas un principe infaillible et systématiquement respectable.

Quelquefois, il s’agit juste d’une injonction pour invoquer ou fabriquer des lois scélérates, les perquisitions machiavéliques, les accusations imaginaires d’atteintes à la sûreté de l’État, tout ceci pour préserver la sérénité de l’état mental du dirigeant.

Quelquefois, derrière le noble principe de lutte contre la cybercriminalité se cachent des cybercriminels à la tête de réseaux de comptes fake.

Mais en politique, le criminel est juste celui qui est du mauvais côté de la barrière.
Quand on est du « bon côté », l’objectif est d’aider à obtenir le silence sur les sujets qui fâchent. Le patrimoine automobile florissant. Le patrimoine immobilier miraculeux. Les comptes bancaires grassouillets, de préférence à l’étranger. Les diplômes bidons escamotés par des diplômes de complaisance.

Quand ils étaient opposants, beaucoup insultaient le pouvoir. Une fois qu’ils arrivent au pouvoir, les insulter devient un crime de lèse-majesté.

L’insolente réussite du dictateur non éclairé dans l’enrichissement personnel inspire d’autres aspirants dictateurs. Depuis la crise de 1972 jusqu’à celle de 2025, tous les opposants ont revendiqué le changement, mais ils ne veulent souvent changer qu’une chose : l’identité des membres du clan qui profitent du système.
Le pouvoir et le « S » qui va avec.
« S » pour sosy, au cas où les esprits tordus imagineraient autre chose. Quoique... Quand on entend certaines histoires de moeurs au sein de la classe politique, ce n’est pas d’un mpiandry au pouvoir dont on aurait besoin, mais d’un exorciste.

Dans les poissonneries, chaque arrivage renouvelle les crabes du panier, mais les crabes restent des crabes. Ils ont le même comportement, pincent ceux qui les menacent et dégagent la même odeur.

Le dictateur non éclairé qui remplace un dictateur non éclairé sera donc tout aussi incompétent, tout aussi arrogant, et tout aussi peu démocrate. Une raison simple à cela : si le système judiciaire est aux ordres et le Parlement au garde-à-vous, il n’y aura pas de garde-fous. Et pourtant, ce ne sont pas les fous à garder qui manquent.

Le clan du dictateur non éclairé aura toutefois appris par l’observation des erreurs de ses prédécesseurs : comment réprimer plus efficacement, accroître sa fortune plus rapidement, et rester au pouvoir plus solidement. Le tout avec de grands sourires le jour des élections volées, dont on connaît le vainqueur le jour où il déclare sa candidature. « En Afrique, on n’organise pas des élections pour les perdre » disait l’ancien président congolais Pascal Lissouba.

Fatalisme ou lucidité ? Finalement, la population s’accommode du passage d’un dictateur à l’autre, et soutient même le retour de certains, au nom d’une amnésie sotte et coupable. Ratsiraka, éjecté à la suite de la transition 1991-1993, revient par les urnes en 1997. Même cas pour Rajoelina en 2018, malgré un bilan désastreux de la transition 2009-2013.

En 1972, 1991, 2002, 2009, 2018 et 2025, la Place du 13-mai a été occupée au son de slogans rhétoriques pour donner aux benêts l’illusion que leur vie va changer grâce à la crise.

Jusqu’à ce que la prochaine leur donne la preuve que la tête sur la nouvelle photo n’était pas nécessairement mieux remplie que celle sur l’ancienne.

Consultation terminée. Ordonnance délivrée gratuitement, mais sans illusion sur les maladies incurables.

Ainsi parle le folisophe du ça me dit. Qui vous dit à samedi prochain.

1 commentaire

Vos commentaires

  • 5 septembre à 12:07 | Turping (#1235)

    La dictature non éclairée en l’absence du verbiage de la démocratie éclairée s’obstine dans sa posture pour aller vers la métaphore d’une dictature éclairée plutôt vers l’avancement réel , un fait constaté sur lequel se repose le pouvoir qui s’occupation de l’intérêt réel de la population .Dans les pays asiatiques dont la civilisation n’est pas comparable à la civilusation africaine , la mutation génétique de l’ADN de ceux qui arrivent au pouvoir a entraîné des luttes et évolutions sociétales pour améliorer les intérêts collectifs , une action dont on qualifie du patriotisme contrairement à ce qui se passe à Madagascar et dans les pays africains où décrocher le pouvoir c’est pour se remplir les poches , et profiter au maximum pour ses intérêts personnels , la corruption , le détournement où la notion du vrai mérite par le biais de ses efforts petsonnels a disparu comme la classe moyenne ( te hanankarena tampoka).
    A côté , la mentalité y afférente pour le gain de l’appât facile , l’absence des efforts personnels dans l’ascension sociale car les leaderships , les élites censés d’apporter des innovations ne s’occupent d’eux même dans un état où les subventions pour améliorer le bien collectif reste inexistant ...la preuve ?

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