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Société

Journalisme

La course au per diem, un sport national ruineux

samedi 17 novembre 2007

La course au per diem (indemnité journalière), devenue une activité à part entière pour de nombreux Burundais, pousse à multiplier séminaires et formations aux dépens d’activités plus utiles au développement du pays. Certains en prennent conscience et veulent faire changer ces habitudes. Non sans mal !

La fin de l’année approche et les ateliers et autres séminaires se multiplient au Burundi. Les organisations, surtout les Ong, s’efforcent de boucler leurs programmes et de dépenser leurs budgets. Cette abondance de réunions réjouit tous ceux qui vivent de la chasse au per diem. Et ils sont nombreux à courir d’un séminaire à l’autre pour toucher 10$, en moyenne par réunion, soit environ 20% du salaire mensuel moyen d’un fonctionnaire. « Il suffit de passer juste avant la pause café du matin. Quand la liste de présence circule, je marque mon nom et, à la fin des activités, je passe juste pour le recouvrement », témoigne, sans honte, un fonctionnaire, habitué de ces ateliers.

Le per diem (par jour, en latin) est normalement une indemnité journalière destinée à couvrir les frais d’hébergement et de nourriture des participants à un séminaire, essentiellement quand ils n’habitent pas la ville où il se déroule. Vu les difficultés de transport dans de nombreux pays africains, il est souvent présenté comme le remboursement de « frais de déplacement ». Ayant perdu son sens originel, il est considéré comme un dû par ceux qui viennent à une réunion.

Des rencontres coûteuses et inutiles

Ce système a fini par pervertir les objectifs de ces rencontres. Car certains participants ne se présentent que pour percevoir de l’argent sans prêter la moindre attention aux sujets traités. « Le problème est lié à une perte de valeurs qui découle de la pauvreté. Même les recommandations formulées à l’issue des ateliers ne connaissent pas de suivi, car personne ne s’en occupe », remarque Gilbert Mbazumutima, un analyste des faits sociaux. Des responsables d’organisation ont aussi la fâcheuse manie de multiplier ces réunions budgétivores uniquement pour percevoir eux-mêmes ces per diem en enregistrant des participants fictifs… Pour lutter contre ce phénomène, certains organisateurs exigent désormais que les participants, dûment invités, ne ratent aucune activité.

Cette mauvaise habitude a aussi gagné les élus du peuple burundais, surtout aux conseils communaux et collinaires, qui se réunissent moins pour réfléchir au développement de leur circonscription que pour se faire un peu d’argent. Ils privilégient ainsi les ateliers au détriment d’activités plus utiles. C’est pourquoi le président du Sénat a engagé le mois dernier les parlementaires dans une vaste campagne pour décourager cette pratique et proposé de blâmer publiquement les élus qui ne travaillent que pour l’argent.

Un système pervers

Les sessions de formation souffrent du même problème. Simon Kururu, un consultant du projet ARCANE, qui ne donne pas de per diem, remarque : « Il arrive que des fonctionnaires suivent cinq formations identiques. Au bout du compte, ils n’ont rien appris ; ils ont juste amassé quelques sous ». Il suggère que les services paient eux-mêmes les frais de déplacement de ceux qui vont en formation.

Selon l’Observatoire de l’action gouvernementale (OAG), le per diem est ancré dans les habitudes des Burundais depuis 1993 et a été introduit par les agences des Nations unies. « A l’OAG, on a essayé de le supprimer. Résultat : personne ne participait plus à nos activités. Le comble est qu’on peut parfois renoncer à une activité d’une importance capitale, car l’enveloppe disponible ne permet pas d’en distribuer », déplore Déo Nzunogera, responsable des programmes à l’OAG. Les journalistes ne sont pas les derniers à courir les rencontres. « Certains responsables des médias, incapables de payer leurs employés envoient ces derniers dans des séminaires. Les articles qui en résultent sont des comptes-rendus sans valeur sur le plan journalistique », regrette une journaliste à la Radio Télévision nationale. Elle affirme ne jamais se faire inscrire sur la liste de participants aux ateliers et ne jamais prendre d’argent sauf si elle a été dûment envoyée comme participante.

« Le per diem est devenu un mal nécessaire : les professionnels des médias sont pauvres, car mal payés ; l’argent leur fait toujours défaut. Il les empêche de travailler professionnellement. Quand on y est habitué, on est déformé », estime Richard Giramahoro, secrétaire général de l’Association burundaise des journalistes. Il déplore que certains, dont le per diem est devenu le gagne-pain, demandent combien ils percevront pour une réunion avant de décider d’y aller ou non.

Anaclet Hakizimana
(Syfia Burundi)

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