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mercredi 26 janvier 2022
Antananarivo | 17h06
 

Reportage

Daniel Rakotoseheno dit Danibe

« Je déplore le manque de solidarité de nous autres journalistes »

samedi 28 juillet 2007

Depuis quelque temps, les journalistes malgaches s’inquiètent de plus en plus de la situation de leur métier. Certains affirment même que l’avenir est sombre. Les signes sont nombreux. Le premier est ce tarissement des sources d’informations. Que ce soit dans les hôpitaux ou dans les ministères, la règle semble simple : « bouche cousue ». D’ailleurs, en dépit de « l’ ordre présidentiel » qui veut que les journalistes soient des véritables partenaires dans le développement, force est de constater qu’on est encore loin. Devant cette situation, Danibe apporte son regard de « doyen » sur le métier du journalisme.

« Depuis 10 ans, on se bat pour faire sortir le Code de Communication. On a organisé des ateliers avec le financement des bailleurs de fond comme la « Fondation Friedrich Ebert et le PNUD. Mais jusqu’à maintenant , il n’est pas sorti » fait remarquer Danibe. Pour lui, cela n’augure rien de bon pour l’avenir. D’autant plus que dans ce Code qui compte 307 articles, plus de 205 semblent être réservés à des questions de répression contre ceux qui exercent le métier : « On n’y parle que de peine d’emprisonnement, d’arrestation ou encore d’interdiction de publication », martèle-t-il.

« La situation est encore plus grave qu’au temps de la Deuxième République. Je me souviens bien que c’était le 20 Février 1989 que l’ancien président Ratsiraka a décrété la fin de la censure. Mais depuis les choses ont évolué dans le mauvais sens », tient-il à remarquer.

Pour Daniel Rakotoseheno, les origines de cette situation sont multiples. La première vient de l’intervention de plus en plus directe du pouvoir public dans le métier. D’ailleurs, il reste sceptique concernant cette volonté de l’Etat de collaborer avec les journalistes. D’autant plus que la politique du ministère de la Communication n’est pas toujours efficace. « L’Etat a créé des associations des journalistes dans les différentes régions malgaches. Alors que souvent, dans une région donnée, il n’y a que 5 journalistes professionnels ou même moins », dit-il. La conséquence est le pullulement des associations au détriment de la solidarité des journalistes.

Manque de solidarité

Mais la véritable cause de la situation inquiétante du métier vient des journalistes eux-mêmes. « Est-ce que nous méritons vraiment d’être le quatrième pouvoir », se demande-t-il ? Une question qu’il est en droit de poser dans la mesure où devant les « attaques » dont sont victimes les journalistes, les instances sensées les protéger restent muettes. Et lui de rappeler les manquements de l’Ordre des Journalistes. « Le dernier bureau n’avait rien fait. Il n’a jamais protégé les intérêts du métier. C’était un bureau bidon. Pis, tout au long de son existence, aucune structure de liaison n’a existé », remarque Danibe. C’est dans ce sens qu’il s’inquiète beaucoup de la prochaine élection des membres du Bureau de l’Ordre. « Si les journalistes ne sont pas solidaires, l’Etat va imposer son candidat comme il l’a fait dernièrement », tient-il à préciser. Ce qui serait dommage pour la liberté de presse et de l’opinion en général. Car si tel sera le cas, Madagascar reculerait de plusieurs années alors que l’année dernière, le pays a fêté les 140 ans de l’existence de la presse. D’ailleurs, il pose des questions sur les éventuelles pressions sur l’actuel Comité de délivrance des cartes.Pour lui, il est temps que les journalistes exercent vraiment leur métier : « Il faut qu’on soit solidaire. C’est à ce prix qu’on deviendrait vraiment une Institution : le quatrième pouvoir ». C’est pour cette raison qu’il interpelle les patrons de presse pour que ces derniers accordent un salaire décent. Cela éviterait aux journalistes toute tentation d’être soudoyés par ceux qui ont le pouvoir ou ceux qui ont de l’argent. « Il y va de la crédibilité de notre métier », résume-t-il. A méditer.

Recueillis par Alexandre L.

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