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International

Égypte : Un second tour de la présidentielle à haut risque

jeudi 14 juin 2012

(MFI / 12.06. 12) Les Egyptiens ont repris la place Tahrir à l’approche du second tour de la présidentielle, les 16 et 17 juin prochains, et après le verdict du procès Moubarak. Les manifestants attendent, ce 14 juin, que la Haute cour constitutionnelle d’Égypte annule la candidature d’Ahmed Chafiq, cette figure de l’ancien régime qui serait en passe de remporter le scrutin.

Est-ce la fin du printemps arabe égyptien qui avait fleuri en février 2011 pour renverser Hosni Moubarak ? Les 16 et 17 juin prochains, 50 millions d’électeurs devront faire leur choix entre le candidat des Frères musulmans, Mohamed Morsi, qui a recueilli 25,3 % des suffrages au premier tour de la présidentielle en Égypte, et le dernier Premier ministre de Hosni Moubarak, l’ancien général de l’armée de l’air Ahmed Chafiq qui a obtenu 24 % des voix. Même si les révolutionnaires continuent à se battre pour que le printemps égyptien porte enfin ses fruits, le vainqueur pourrait bien être issu de l’ancien régime...

Rien n’est encore joué

Rien n’est encore joué. Depuis l’annonce des résultats du premier tour, des milliers d’Egyptiens ont repris la place Tahrir. Ils manifestent pour que, ce 14 juin, la Haute cour constitutionnelle égyptienne se prononce pour la mise en place de la loi d’isolement politique qui pourrait annuler la candidature d’Ahmed Chafiq. Cette loi interdit aux responsables de l’ancien régime de se présenter aux élections dans les dix ans à venir. Les révolutionnaires réclament l’annulation pure et simple du scrutin présidentiel dans le cas où la Haute cour n’annoncerait pas sa décision lors de la première séance ce jeudi.

Cette recrudescence de colère de la rue égyptienne est aussi alimentée par l’annonce, le 2 juin dernier, du verdict du procès de Moubarak. Des milliers de manifestants ont une nouvelle fois pris d’assaut la place Tahrir pour contester la condamnation à la prison à vie de l’ex-raïs - dont l’état de santé se dégrade de jour en jour et dont le décès pourrait encore provoquer à nouveau des soubresauts politiques.

Mais les révolutionnaires Egyptiens, marqués par un an et demi de protestations, de mécontentement et de déceptions sur fond de dégradation économique, ne lâchent rien. Plus que tout aujourd’hui, ils ont du mal à digérer le résultat paradoxal du premier tour : Ahmed Chafiq est un pur produit de l’ancien régime et les Frères musulmans n’ont jamais été à l’origine du mouvement révolutionnaire. De leur côté, les vainqueurs du premier tour se sont démenés pour s’approprier la révolution.

Les fouloul, comme on appelle les deux candidats de l’ancien régime, Ahmed Chafiq et Amr Moussa (qui fut ministre des Affaires étrangères de Moubarak) n’ont obtenu que 30 % des voix. Ce qui ne signifie pas que 70 % de la population souhaite le changement. A quelques jours du scrutin, beaucoup d’éléments portent à croire au contraire qu’Ahmed Chafiq, qui a fait campagne sur les thèmes de la sécurité et de la stabilité, pourrait sortir vainqueur des urnes.

L’ancien Chef d’état-major de l’Armée de l’air qui fut ministre de l’Aviation civile sous Moubarak avant de devenir son Premier ministre, a assuré au peuple qu’il n’y aurait pas de retour à l’ancien régime. Il compte notamment sur les voix de la communauté copte, les chrétiens d’Égypte (près de 10 % de la population). Chafiq tente jusqu’au bout d’attirer une population lassée par les soubresauts politiques. Mais il ne fait pas l’unanimité. Avant tout, les jeunes révolutionnaires lui reprochent d’être le candidat du Conseil suprême des forces armées (CSFA), qui dirige la transition depuis la chute d’Hosni Moubarak. L’écrivain Alaa El Aswany a déclaré dans une interview à Courrier international  : « Si Chafiq est élu, la révolution est morte ».

Vers un bloc d’opposition à Chafiq ?

En face, le candidat des Frères musulmans est arrivé en tête au premier tour. La confrérie sort pourtant affaiblie du scrutin. Mohamed Morsi a obtenu 5,7 millions des voix alors qu’aux législatives du début de l’année, la puissante et richissime confrérie en avait obtenu le double. Candidat de remplacement après le refus de la commission électorale de valider la candidature de Khairat al-Chater, Morsi se pose en « sauveur de la révolution » et fait planer la menace d’un retour à l’ancien régime si son concurrent est élu. Pour obtenir le maximum de report de voix, le candidat islamiste se veut rassurant envers les Coptes : « Nos frères chrétiens, a-t-il dit, sont des partenaires nationaux et ont des droits complets comme les musulmans. Ils seront présents dans l’institution présidentielle ». Il a aussi rassuré les femmes en annonçant son engagement à respecter leurs droits « à travailler dans tous les domaines et à choisir leur manière de s’habiller  », allusion faite au hijab ou au voile islamique qui fait fleurette en Égypte.

Face aux deux candidats restés en lice, les révolutionnaires tentent d’organisent une abstention massive. Leur objectif : délégitimer Chafiq, probable vainqueur. Mieux, ils veulent faire annuler le second tour de l’élection. Les manifestants de la place Tahrir appellent des candidats écartés à l’issue du premier tour à prendre la tête de la contestation. Le nationaliste de gauche, Hamdeen Sabbahi, et l’islamiste modéré Abdel Moneim Aboul Foutouh appellent aussi Mohamed Morsi à se retirer de la course pour saboter le processus électoral en cours. Les exclus tentent ainsi de créer un vrai bloc d’opposition face à Chafiq. Pour élargir leur légitimité, les chefs de file du mouvement appellent encore les Frères musulmans ! Les révolutionnaires laïcs sont conscients que sans eux, ils n’y parviendront pas. Cette « union » révolutionnaire aurait vocation à diriger le pays et de renvoyer les militaires dans leurs casernes.

Reste que, dans le plus grand et le plus important pays du monde arabe (80 millions d’habitants) tant sur la scène régionale qu’internationale, mais qui est aussi le plus influent culturellement sur l’ensemble de la région, le futur président va devoir s’atteler à d’immenses chantiers : gérer les clivages politiques, sociaux et religieux au sein de son peuple ; sortir du sous-développement chronique et des difficultés socio-économiques, apaiser les tensions avec ses voisins et maintenir une certaine stabilité avec Israël ; et surtout, offrir aux Egyptiens les libertés civiles qu’ils réclament depuis si longtemps.

MFI / Avec Anne Bernas

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