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Culturel

Entretien avec Jean-Luc Raharimanana

De la censure à la consécration au Festival d’Avignon

mercredi 8 juillet 2009 | MFI

(MFI) La présentation, du 20 au 25 juillet, de la pièce du romancier et auteur de théâtre malgache Jean-Luc Raharimanana, Les Cauchemars du gecko, promet d’être un des moments majeurs de la 63e édition du Festival d’Avignon. Mis en scène par le scénariste Thierry Bedard, ce spectacle musical est construit comme une adresse au public sur un mode traditionnel malgache - le kabary. Il donne la parole aux déshérités de la terre, aux exclus du rêve américain, aux Za du tiers et du quart mondes. Une parole explosive, poétique, « césairienne », que Raharimanana fera entendre dans l’ancienne Cité des Papes. Où il sera question entre autres de « Twins », de « Rwanda » ou de « PIB par habitant ».

Comment est né ce spectacle ?

Je connais Thierry Bedard depuis une dizaine d’années. C’est lui qui avait mis en scène ma pièce sur les événements de 1947. Il a été invité par le Festival d’Avignon à monter un projet de spectacle pour cette édition. Thierry m’a demandé d’écrire un texte sur le thème du monde vu du Sud. La commande précise était : « Comment voit-on le monde lorsqu’on habite dans un pays pauvre, très pauvre, à l’image de Madagascar, et qu’on regarde de là-bas l’Occident riche bien qu’en crise » ? Un sujet qui m’a beaucoup intéressé.

Vous avez répondu en écrivant Les Cauchemars du gecko. Que représente le gecko ?

Le gecko est un petit reptile de Madagascar, souple et rusé, qui a la caractéristique de ne jamais fermer les yeux. Il n’a pas de paupières. Cela donne l’impression d’une vigilance de chaque instant face aux réalités intolérables de ce monde injuste, déséquilibré. Et puis, comme le gecko est là depuis très longtemps, il me semblait incarner la mémoire des injustices ancestrales et contemporaines que subissent depuis des siècles hommes et femmes du Sud. L’œil du gecko enregistre les cauchemars du monde.

Le texte de la pièce, dont on peut lire des fragments sur le Net, est d’une très grande violence.

La violence des victimes est la réponse à la violence du cynisme des puissants qui s’appellent Bush, Madoff ou Bongo. Ma violence est une violence poétique qui s’inspire de Césaire, mais aussi de la parole poétique traditionnelle de mon pays. J’ai pris comme modèle cette forme particulière de prise de parole qu’on appelle chez nous le kabary. C’est un exercice de lancer des mots. Les mots sont des pierres qu’on lance pour briser les structures mentales d’en face, pour creuser des béances dans les murs faits d’argent et d’arrogance. C’est un exercice très physique. D’ailleurs, dans ma fiction comme dans mon théâtre, j’ai toujours essayé de me rapprocher de l’oralité, en me situant au niveau physique de la prise de parole.

A part Les Cauchemars, vous avez cette année une grosse actualité à Avignon ?

On pourra en effet voir à Avignon ma pièce 47 - qui a fait couler beaucoup d’encre. On pourra aussi assister à des lectures d’extraits de mes romans Za, publié en 2008, Rêves sous le linceul, qui date de 1998, et L’arbre anthropophage, édité en 2004. Mais je suis aussi particulièrement fier d’avoir réussi à monter à temps pour le festival, avec Pierrot Men, une exposition consacrée aux portraits d’insurgés malgaches de 1947. On pourra la voir à la Chapelle du Miracle pendant toute la durée du festival. Elle relève pour moi de ce travail de mémoire qui n’a pas encore été fait par rapport à ce passé colonial commun aux colonisateurs et aux colonisés.

Comment vivez-vous cette consécration avignonnaise, après le retrait en 2008 de votre pièce 47 de la liste des spectacles diffusés par les centres culturels français à l’étranger ?

Pour moi, c’est la confirmation que 47 a été victime de la censure politique. La France officielle ne veut pas qu’on revienne sur les pages sombres de la colonisation. On fait comme si les massacres de 1947 n’avaient jamais eu lieu. En m’invitant à Avignon, les dirigeants du festival ouvrent une brèche dans le discours des autorités. Mais je ne veux pas entrer dans une polémique avec les décideurs qui veulent tout ramener sur l’arène politique. En tant qu’écrivain, mon terrain est poétique et littéraire. Les mots, la voix sont mes seuls outils d’exploration de la mémoire à laquelle j’invite mon public.

Propos recueillis par Tirthankar Chanda


A lire également : Jean-Luc Raharimanana au Festival d’Avignon

2 commentaires

Vos commentaires

  • 8 juillet 2009 à 08:56 | Rabila (#1379)

    j’espère avoir le compte-rendu ou même une video des spectales.

    j’ai presque lu vos livres, il me manque de voir vos piéces.

    encore bravo M. Raharimanana

    • 8 juillet 2009 à 10:10 | Rivohanitra (#142) répond à Rabila

      C’est la joie !
      Tous mes voeux de bonne réussite pour Avignon à Jean-Luc.

      Derrière le masque et la parole se cache un lieu commun appelé AMBOHIPO !

      Bon vent à vous !

      Rivohanitra.

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