Facebook Twitter Google+ Les dernières actualités
jeudi 25 avril 2019
Antananarivo | 08h46
 

International

Analyse

Crise de l’UA : « Jean Ping avait quand même 54 patrons ! »

vendredi 10 février 2012

(MFI / 07.02.12) La bataille a été rude, en début de semaine dernière à Addis Abeba, entre le Gabonais Jean Ping et la Sud-Africaine Nkosazana Dlamini-Zuma pour le poste très convoité de président de la Commission de l’Union africaine. Au final, personne n’a gagné. Le vote est renvoyé en juin prochain. Pourquoi ce blocage ? Le chercheur camerounais Paul-Simon Handy, directeur des études à l’Institut d’études de sécurité de Pretoria, en Afrique du Sud, nous livre ici son analyse.

RFI : Vous étiez à Addis-Abeba quand, à l’annonce de l’échec de Jean Ping, la délégation sud-africaine s’est mise à danser... Pourquoi cette réaction ?

Paul-Simon Handy : C’était probablement une réaction émotionnelle. L’Afrique du Sud, après avoir constaté qu’elle ne pouvait pas placer sa candidate, Madame
Dlamini-Zuma, a considéré que c’était tout autant une réussite d’empêcher Jean Ping d’être réélu. C’était certainement de mauvais goût.

RFI : Alors de fait, au 4è tour du scrutin de ce lundi, il n’y avait plus qu’un candidat, Jean Ping, et pourtant, celui-ci n’a pas obtenu les 36 voix nécessaires pour être élu ; 21 pays ont voté blanc. Peut-on dire que l’Afrique du Sud dispose d’un tiers bloquant ?

P.S.H. : On peut dire que l’Afrique du Sud a les moyens de bloquer l’élection d’un candidat qui ne lui plaît pas. Mais je ne sais pas si l’Afrique du Sud peut se réjouir de son tiers bloquant, car étant quand même l’économie la plus puissante du continent, une démocratie, un pays qui a quand même une certaine aura, l’Afrique du Sud devrait, en principe être en mesure de placer sa candidate. Donc, c’est quand même un échec pour l’Afrique du Sud aussi. Se contenter de bloquer Ping, à mon avis, n’est pas le signe de la grandeur de la diplomatie sud-africaine.

RFI : Au-delà des quinze pays de la SADC, l’organisation des pays d’Afrique Australe qui ont voté
Dlamini-Zuma, quels sont les autres pays du continent qui ont voté pour elle ?

P.S.H. : L’Afrique du Sud a fait beaucoup de lobbying auprès d’autres délégations. Il y a probablement des pays de l’Afrique de l’Est, comme la Tanzanie, comme l’Ouganda. En Afrique de l’Ouest, on suppose que des pays comme le Liberia ont voté pour l’Afrique du Sud, aussi, même si de grands pays comme le Nigeria, anglophone, ne l’ont pas fait.

RFI : Est-ce que quelques pays francophones ont pu « trahir » Jean Ping ?

P.S.H. : Très probablement, un pays comme la République démocratique du Congo a voté pour l’Afrique du Sud. Mais vous savez, le vote est secret. On peut spéculer, mais on n’a pas de certitude.

RFI : Est-ce que des pays francophones en Afrique de l’Ouest ont pu voter pour elle ?

P.S.H. : Probablement pas. Je serais très surpris que les pays de l’UEMOA aient voté pour elle. De ce côté, je pense que l’argument francophone est un argument fort, que Jean Ping a suffi à jouer avec, bien sûr, l’aide de la diplomatie gabonaise.

RFI : Est-ce que Jean Ping n’est pas une victime collatérale des bombardements de l’Otan en Libye ?

P.S.H. : Systématiquement. La candidature de l’Afrique du Sud est très certainement la conséquence directe de la manière dont l’Afrique du Sud a perçu le management des crises ivoirienne et libyenne à Addis-Abeba. L’analyse que l’Afrique du Sud fait de la gestion de Ping est qu’elle était hasardeuse, qu’elle n’était pas méthodique, structurée et que, finalement, l’Afrique et l’Union africaine, ont raté une occasion de faire parler le continent d’une voix. Je dois dire que je ne partage pas cette analyse un peu simpliste. Il me semble que Ping a quand même 54 patrons et que si on considère que sa gestion des dossiers libyen et ivoirien n’était pas parfaite, eh bien, je pense que l’introspection des chefs d’État, et particulièrement de l’Afrique du Sud, devrait commencer par eux-mêmes, pour que la commission de l’Union africaine ait plus de pouvoir, de manière indépendante !

RFI : Pendant cette crise libyenne, Jean Ping a condamné les bombardements de l’OTAN. Qu’est-ce que Mme Zuma aurait fait de mieux que M. Ping ?

P.S.H. : Je n’ai pas le sentiment que Mme Zuma aurait fait mieux. Du moins, en ce qui concerne les condamnations des frappes de l’Otan. Mais, ceci dit, l’autre chose qu’on lui a reproché, c’est la lenteur, l’indécision et l’incapacité de la Commission à conseiller les chefs d’État quant à la voie à suivre. Donc, finalement, c’est un peu sa gestion technique de la crise, et non pas sa position, qu’on reprochait à Jean Ping.

RFI : Alors, le vote est renvoyé au prochain sommet de l’Union africaine, au mois de juin. M. Ping et Mme Dlamini-Zuma peuvent-ils se représenter ?

P.S.H. : D’un point de vue strictement légal, rien ne les empêche de se représenter. Mais d’un point de vue politique, je ne pense pas que ce serait une bonne idée pour Ping, qui, au 4è tour de l’élection, n’a pas pu réunir les deux tiers des chefs d’États. Pour Mme Zuma, si j’étais à sa place, j’y penserais par deux fois, parce que je pense que les pays qui ont voté pour Ping considéraient une candidature de Mme Zuma comme un affront. Et, à mon avis, la meilleure solution serait que ni Mme Zuma ni Jean Ping ne se présentent, et que l’Afrique du Sud et la SADC trouvent un candidat qui ne soit pas sud-africain.

Propos recueillis par Christophe Boisbouvier

2 commentaires

Vos commentaires

  • 10 février 2012 à 12:35 | Rainivoanjo (#1030)

    Lors de la crise libyenne, il faut espérer que le monde entier a compris que dans le droit international, c’est le droit du plus fort qui prime. L’UA a beau vouloir une solution de négociation, les pays qui veulent la destitution du dirigeant libyen, i.e la fameuse Communauté Internationale, qui en fait veut dire les Etats-Unis et les autres, n’en ont pas tenu compte.

    Quand il s’agit de "petit conflit" qui ne fait pas intervenir la géopolitique, les états forts laissent faire, tant que cela ne touche pas leurs "intérêts", sinon, c’est du "cause toujours".

    Etant un politicien chevronné, J Ping n’a pas du être étonné de ce qui s’est passé. Chaque "courant géopolitique" essaie de placer son candidat.

    • 10 février 2012 à 13:29 | Boris BEKAMISY (#4822) répond à Rainivoanjo

      En d’autres termes Rainivoanjo...Jean PING avait 55 mais non pas 54 PATRONS avec en plus l’Elysée !

Publicité




Publicité

Newsletter

Les actus du jour directement dans votre boîte email

Suivez-nous

Madagascar-Tribune sur FACEBOOK  Madagascar-Tribune sur TWITTER  Madagascar-Tribune sur GOOGLE +  Madagascar-Tribune RSS