Deux figures emblématiques du régime Rajoelina, longtemps perçues comme des piliers de l’appareil étatique ont quitté lundi les couloirs du pouvoir, pour les murs des prisons. Le général retraité Richard Ravalomanana, ancien président du Sénat, et Marie Michelle Sahondraharimalala, députée et ex-ministre de l’Éducation nationale, ont été placés en détention provisoire respectivement à Imerintsiatosika et à Avaradrano.
Pour le général Richard Ravalomanana, la journée s’est conclue par un transfert vers la prison de haute sécurité d’Imerintsiatosika. À l’issue de sa comparution devant le juge d’instruction, un mandat de dépôt a été délivré contre lui. L’ancien secrétaire d’État chargé de la Gendarmerie y attendra son procès, dans un contexte où son nom reste intimement lié aux épisodes de contestation populaire de la fin de l’année 2025.
Selon la procureure de la République, Narindra Rakotoniaina, Richard Ravalomanana est poursuivi pour complicité d’homicide et de blessures volontaires. Il lui est reproché d’avoir donné des ordres, formulé des consignes et encouragé les forces de l’ordre à recourir aux moyens de répression contre des manifestants descendus dans la rue en septembre et octobre 2025. Ces événements, marqués par des violences ayant coûté la vie à des civils et fait de nombreux blessés, continuent de peser lourdement sur la mémoire collective.
L’ancien haut responsable avait été interpellé le 27 décembre 2025 à son domicile d’Ambatovinaky, après avoir refusé de répondre à une convocation de la gendarmerie datée du 24 décembre. Ce refus avait conduit la justice à émettre un mandat d’amener. Durant la phase d’enquête, il avait été placé sous résidence surveillée, une mesure transitoire avant sa comparution décisive de ce lundi.
La députée Marie Michelle Sahondraharimalala a passé sa première nuit en prison à l’issue de son audition devant les juges de la Cour suprême. Cette mesure a été prise conformément à la procédure spécifique applicable aux magistrats de premier grade, statut qu’elle conserve malgré son engagement politique.
La procureure de la République a précisé qu’une autorisation de poursuites avait été délivrée en amont par le ministère de la Justice, condition indispensable dans ce type de dossier. L’ancienne ministre de l’Éducation nationale est poursuivie pour des faits présumés de distribution d’argent à des fins de corruption, dans l’objectif de provoquer des troubles à l’ordre public. Ces accusations s’inscrivent dans un contexte de tensions politiques persistantes, où la circulation de fonds occultes est régulièrement dénoncée par les autorités.
La défense, de son côté, avance une lecture différente du dossier. Les avocats de Marie Michelle Sahondraharimalala indiquent que leur cliente a été condamnée avant l’audience puisqu’ils affirment avoir vu l’ordre de placement sous mandat de dépôt avant que l’ancienne ministre ne soit entendue par les juges, soulignant alors le caractère politique de son accusation et détention.
Dans cette même affaire, douze autres personnes, présentées comme des complices présumés, ont également comparu devant le tribunal. Elles ont été placées sous contrôle judiciaire, échappant pour l’heure à l’incarcération.
L’incarcération simultanée de ces deux anciens ténors du régime provoque une onde de choc. Elle alimente débats et interrogations sur l’évolution des rapports de force internes, mais aussi sur la portée réelle de la lutte contre l’impunité. Pour certains observateurs, ces décisions traduisent une volonté de la justice de frapper fort, y compris au sein des cercles autrefois intouchables. Pour d’autres, elles soulèvent des doutes sur l’arrière-plan politique de procédures aussi sensibles.
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Vos commentaires
Salama djiaby.
Je ne peux m’ empêcher de penser à l’ incontournable soutien de service isandra ?
Qui aura comme lot de consolation d’ en avoir plus que bien profité et magistralement abusé .
Et de confirmer que la roue tourne : bien ...
Le cowboy va pouvoir jouir de ses portes clefs et couvre-chef,(H24) lui : bien "blanc" (contrairement à celui qui le porte)
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Avant d’aborder le fond du sujet présenté dans l’éditorial, il n’est pas superflu de réitérer "les causes profondes" ayant abouti à la pauvreté généralisée vécue par la grande majorité de la population Malagasy :
La corruption, le détournement de deniers publics, l’accaparement des ressources du bien commun, une justice dévoyée et un système judiciaire manipulé...et la faiblesse de l’efficacité et de l’efficience des services fournis par les fonctionnaires de l’Etat.
Revenons alors au sujet du jour.
Complicité d’homicide et de blessures volontaires, formulation de consignes et encouragements des forces de l’ordre à recourir aux moyens de répression des manifestants...28 morts et des centaines de blessés par la suite et conséquences directes.
De lourdes charges à l’encontre du prévenu et qui méritent en conséquence des sanctions à la hauteur de ses méfaits...il faudra alors accélérer la procédure de jugement afin que les sanctions puissent s’appliquer...
Mais un questionnement subsiste : le prévenu a visiblement fait de l’usurpation de fonction au moment des faits...et de plus le contexte n’enlève en aucun cas les responsabilités du commandement au niveau des forces de l’ordre dans une situation où des brutalités s’étaient exercées... alors, comment se fait-il que c’est le seul Général qui supporte à lui seul les conséquences de ces atteintes avérées à la dignité humaine et aux libertés civiles et politiques ?
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Distribution d’argent à des fins de corruption...dans le but de provoquer des troubles à l’ordre public.
Des charges qui laissent une certaine appréhension et nécessitent de plus amples précisions.
1- comment peut-on définir la notion de "trouble public" dans un contexte post révolte populaire ayant balayé un régime despotique et sanguinaire ?
2- quelle est l’origine et source de l’argent distribué ?
3- par rapport aux multiples causes profondes de la situation lamentable vécue actuellement au pays mentionnées supra, les faits incriminés, permettant la formulation des charges, ont-ils des liens de causalité avec ces causes profondes qualifiées de "délits avérés" dans le code pénal en vigueur ?
Bref, espèrons que les détentions préventives permettront dans un délai raisonnable de faire jaillir la vérité et de faire régner la justice, rien que la justice, et donner la primauté et prééminence du droit au nom du peuple Malagasy...