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Dossier

Comment mettre fin à la crise du bois à Madagascar

vendredi 5 mars 2010 | Rhett A. Butler

Article paru initialement sur le site fr.mongabay.com, et reproduit avec l’aimable autorisation de l’auteur.

Au lendemain du coup militaire de mars dernier, la forêt vierge de Madagascar a été pillée pour son bois précieux, notamment le bois de rose et l’ébène. Des dizaines de milliers d’hectares ont été affectés, y compris les parcs nationaux à la plus grande diversité biologique de l’île : Marojejy, Masoala et Makira. L’abattage illégal du bois a également provoqué une augmentation du commerce de gibier tropical. Les chasseurs massacrent aujourd’hui les lémuriens, rares et inoffensifs, pour la consommation des restaurants.

Les rondins de bois de rose sont attachés avec 5 à 6 rondins de bois plus légers, ce qui exacerbe l’impact de l’extraction du bois de rose.

En outre, les gangs armés en maraudes à travers les parcs nationaux ont également affecté le tourisme, une source importante de revenus directs et indirects pour beaucoup de Malgaches. Les commerçants de bois de rose intimident, et dans certains cas voire même battent, ceux qui tentent d’empêcher le pillage. Les ONG de conservation opérant dans les régions affectées ont été quasiment neutralisées parce que le gouvernement « de haute autorité de transition » (HAT), formé par les leaders du coup d’état, a désormais pris un rôle actif dans l’abattage du bois, sans doute pour aider à financer les élections imminentes qui, ils l’espèrent, leur permettront de légitimer leur prise de pouvoir. À cette fin, Andry Rajoelina, le leader de la HAT, a récemment autorisé l’export de bois de rose, un commerce jusqu’à présent interdit. Cela a déclenché une frénésie d’abattage qui n’a pas été rapportée du fait que le régime a la mainmise sur la presse. L’illégalité perçue du régime de Rajoelina a amené les donateurs étrangers à suspendre la plupart de l’aide pour le pays, mettant fin aux programmes de protection de l’environnement et de mise en application de la loi. La situation est désespérée.

La protestation internationale résultant de l’attention des médias internationaux et d’une campagne organisée par Ecological Internet, un groupe activiste, est parvenu à fermer les exportations de bois de rose depuis le 3 décembre de l’année dernière en faisant pression sur les compagnies de trafic maritime, mais les stocks continuent d’augmenter, les bûcherons ayant été enhardis par l’autorisation de Rajoelina. Les commerçants sont confiants que s’ils attendent suffisamment longtemps, ils finiront par pouvoir expédier le bois de contrebande.

Depuis le coup militaire, on a vu une hausse du braconnage commercial de lémuriens. De plus en plus, les lémuriens sont abattus pour la cuisine de plats originaux, plutôt que pour la survie.

Dès lors, il semble y avoir peu d’options pour répondre à cette crise du bois. Les entités qui interviennent d’habitude ne peuvent ou ne veulent pas le faire : les ONG locales et les communautés sont impuissantes face à la violence et à l’opposition du gouvernement, les ONG internationales (à l’exception du Jardin Botanique de Missouri) ont peur de mettre en jeu leurs projets en prenant position, les gouvernements et agences donateurs refusent de supporter Rajoelina puisqu’il n’est pas élu, et la HAT est complice. Existe-t-il une solution ?

Je ne sais pas s’il y en a une, mais voici une idée : un moratorium absolu sur l’abattage du bois, ainsi qu’une amnistie des poursuites contre les commerçants et un programme de reforestation financé par la vente du bois illégal. Le moratorium prendrait immédiatement effet, les violations étant punies par de longues sentences de prison. Tout le bois de rose en attente d’export à Vohemar, Tamatave et d’autres villes spécifiées serait marqué d’un code qui ne pourrait être imité par contrefaçon (requis pour l’autorisation d’export) et enregistré sur un système de traçage numérique. Le bois pourraient être mis aux enchères sur un système de marché transparent : le prix et le code du bois serait enregistré et disponible au public.

Le revenu des ventes serait divisé selon un système prédéfini. Le commerçant, ayant pris part à une activité illégale mais bénéficiant de l’amnistie pour les crimes liés à l’abattage, recevrait la plus petite part, disons 1 à 3% du prix de vente d’environ 1300$ pour un rondin de taille moyenne. Une plus grande proportion (disons 7 à 9%) serait mise de côté pour l’administration du programme, alors que le reste serait placé dans un fond en fidéicommis divisé entre le mise en application des lois écologiques et la reforestation d’espèces indigènes. Ces deux activités offriraient des opportunités d’emploi pour les communautés locales. Les paiements devraient être structurés de manière à pouvoir durer un minimum de 20 ans afin d’assurer la viabilité. La plantation d’arbres en-dehors des zones protégées pourraient être une source de revenu supplémentaire générée par une gestion durable des forêts (après 20 ans) ou des paiements pour le carbone de forêt, à partir du moment où un tel système émerge dans un cadre mondial sur le climat. La transparence serait essentielle et il faudrait établir des pénalités sévères contre les infractions. Le bois de rose livré après la date de l’amnistie devrait être confisqué (les recettes allant aux communautés) et les trafiquants arrêtés.

Des analystes en Europe et aux États-Unis se servent d’images satellite pour traquer les trafiquants. Ces images satellite haute définition GeoEye d’Antalaha datées du 2 décembre identifient quatre dépôts de bois de rose.

La beauté d’un programme comme celui-ci est le fait qu’il pourrait à la fois aider à restaurer les forêts de Madagascar – la base de l’écotourisme – et compenser les gens des communautés locales qui ont le plus souffert de l’abatage illégal. En outre, le processus pourrait être conçu de manière à être apolitique, dans la mesure où il serait autofinancé et indépendant de tout régime au pouvoir. Mais les hommes politiques pourraient tout de même tirer profit de leur apparente largesse, leur permettant de réclamer une petite zone de progrès dans ce qui a été sous d’autres aspects une année désastreuse pour le peuple malgache.

Oui, les défis que représente la mise en place d’un programme intégré de moratorium-conservation-amnistie-reforestation (MCAR) peuvent paraitre intimidants. Ceci nécessiterait une gouvernance actuellement inexistante dans le nord-est de Madagascar, de passer des accords avec le régime actuel et une exécution prudente afin de ne pas exacerber la situation en créant des incitations perverses à l’abattage. MCAR nécessiterait également un système crédible de contrôle et de vérification pour identifier les rondins qui peuvent être certifiés. Cet effort pourrait peut-être être supporté au début par les images à haute résolution du satellite GeoEye, dont l’acquisition et l’analyse pourraient être financées par de grandes ONG internationales ayant récolté de l’argent pour Madagascar sans pouvoir s’en servir de manière efficace pour empêcher la crise du bois. La corruption resterait un grand souci mais pourrait être tempérée par des contrôles qui assureraient la transparence.

D’une manière générale, les avantages de se servir du bois abattu illégalement afin de financer une restauration de la forêt qui soit basée dans la communauté du nord-est de Madagascar ont le potentiel de contrebalancer l’alternative qui est de permettre au bois d’être exporté pour un profit immense au bénéfice des syndicats, des politiciens et des élites du monde des affaires. Alors que Madagascar avait depuis longtemps la réputation d’être un cimetière des grandes idées, le progrès de la dernière décennie offrait de l’espoir. Pendant cette période, Madagascar s’est transformée d’un véritable paria de la conservation en modèle. On a raison de croire que l’Histoire peut se répéter.

9 commentaires

Vos commentaires

  • 5 mars 2010 à 07:52 | Mandimbisoa (#2104)

    miarahaba,

    Raha mbola misy ny tsy vaky atatra,jamban’ny vola sahy mivarotra ny haren-tanindrazana dia tsy hovoafehy io,fa na Brésil na Afrika na Madagasikara, ny mafia mpivarotra hazo an’ny ivelany no fototra izao fanapahana hazo saro-bidy izao,ireto mpanao afera mpangalatra eto an-toerana moa jamban’ny dôlaka izay omena azy ireo...Ny vola,ny vola,ny vola....tsy misy afatsy izany no miteny...hatrany amin’ny lohampanjakana ka hatrany amin’ny mpikapa izany !!!MAMPALAHELO...

    Ny sasany aza moa nanoratra teto hoe:atao inona ny ala ?Tsy aleo ve kapaina sy hamidy raha io no hazahoan’ io fitondrana io vola ???

  • 5 mars 2010 à 11:07 | HAMEFY (#3919)

    SOS mon pays va mal disait le chanteur La transition ne peut pas durer éternellement Nous devons tout faire pour sortir de cette crise

    Ni PING ni GIC ne pourra nous aider

    La solution est MALAGASY

    Nous devons reagir vite Nous n’avons pas le droit de tranformer cette ile paradisiaque en enfer Pensons à nos descendants !!!

  • 5 mars 2010 à 12:06 | poiuyt (#584)

    Une question à se poser : ce pillage était-il dans les plans du coup d’état ?

  • 5 mars 2010 à 13:25 | Boum (#3846)

    Honore tes ancêtres.

    Petit pensée pour un pays dirigé par l’Amour de l’argent.

    Ry Tanindrazanay malala ô !
    Ry Madagasikara soa.
    Ny Fitiavanay anao tsy miala,
    Fa ho anao, ho anao doria tokoa.

    Tahionao ry Zanahary
    ’Ty Nosindrazanay ity
    Hiadana sy ho finaritra
    He ! Sambatra tokoa izahay.

    Ry Tanindrazanay malala ô !
    Irinay mba hanompoan’anao
    Ny tena sy fo fanahy anananay,
    ’Zay sarobidy sy mendrika tokoa.

    Ry Tanindrazanay malala ô !
    Irinay mba hitahian’anao,
    Ka Ilay Nahary ’zao tontolo izao
    No fototra ijoroan’ny satanao.

    • 5 mars 2010 à 17:51 | dieg (#2041) répond à Boum

      Sur place,la coupe et le pillage continue,tout le monde s’enfout

    • 6 mars 2010 à 17:44 | goba001 (#1662) répond à dieg

      Dieg,

      La HAT a de toute maniere utilise les fonds de ces bois pour financer leur coup, a mon avis.
      Vivement qu`ils tombent et qu`un autre gouvernement la remplace...qu`importe qui ce soit pourvu juste que ce ne soit pas cet enfoire de Ratsiraka qui a ramene Madagascar de cinq siecles en arriere sur tous les plans. Rajoelina est a mon avis sa copie conforme...que voulez-vous que quelqu`un qui n`ait rien dans sa poche puisse faire ? Ses acte refletent son incompetence, son manque d`analyse et de perspicacite !! S`il etait un bon president, cela ferait longtemps que ce probleme de bois serait regle, cela aurait fait longtemps aussi que le chomage aurait baisse !!! mais non...bein au contraire, les malgaches souffrent encore et encore ..et encore....entre nous, est-ce que bcp ne souhaitent pas le declin de ce gvt d`incompetents et de frustres ?

  • 6 mars 2010 à 05:54 | bouba (#2789)

    - Comment voulez-vous mettre fin à cette exploitation si, jusqu’à ce jour, des autorisations émanant des autorités existantes sont encore distribuées.
    - A moins que ces autorisations sont fausses ???
    - Où on est-on avec le Task Force ??? Ils sont complètement débordés par les évènements.
    - Le Task Force commencent à être intégrer dans un système de corruption.
    - En effet, ils ont fait remarquer qu’au début ils ont pu appréhender pas mal de trafiquants mais, à chaque fois, les personnes appréhendées et les bois de rose saisis sont relâchés, par la suite, en haut lieu et les membres du task force préfèrent un règlement à l’amiable avec les prévenus.
    - Pour une question de sous entre l’armée, la HAT ordonne une enquête à la vitesse TGV, mais pour la protection des bois précieux ils n’ont jamais ouvert une enquête sur les responsables de ces pillages.

  • 6 mars 2010 à 13:02 | Albatros (#234)

    Je suis étonné !!!.

    Pas de post de Rakoto09, de Mr Basile et de ses "forces de l’ordre", de Rabri pour cet article sur le pillage de la terre des ancêtres !!!.

    P.S.

    Oui Dieg. Vous avez raison tout le monde s’en fout. C’est ça le changement à Madagascar.

    "Pousse toi de là, Ravalomanana !!!. Pour que moi Rajoelina je prenne ta place et puisse faire la même chose". Ou pire !!!.

  • 8 mars 2010 à 19:59 | Ramena (#404)

    « Au lendemain du coup militaire de mars dernier, la forêt vierge de Madagascar a été pillée pour son bois précieux, notamment le bois de rose et l’ébène ».

    L’exploitation des bois précieux a été suspendue en 2000. Le motif annoncé était un meilleur contrôle par l’état. La reprise a commencé en 2004 mais le coup d’état ne date que de 2009. Le trafic est plus ancien que le coup d’état. Sauf que celui-ci a donné accès aux bois de rose à d’autres acteurs « économiques ». C’est la rivalité entre les acteurs qui a finit par faire éclater l’affaire sur la place publique. Au moins un effet positif de l’avidité. Ces derniers mois, les médias traditionnels et numériques ont porté à la connaissance de quelques malgaches les affaires de bois précieux. La question que l’on se pose est alors de savoir pourquoi ces informations sortent en ces périodes ? Les images satellites auraient été très utile dès 2004.

    L’association entre le coup d‘état et le trafic de bois de rose laisse croire que les membres du pouvoir de la dernière décennie n’ont rien à voir avec (i) le trafic, (ii) le taux de taxation ne permettant aucune perspective de long terme, ou encore (iii) la primauté de la forêt et des lémuriens face aux humains !!!! Les ONG, aides internationales et autres associations « éduquent » les gens à protéger la forêt, à avoir moins d’enfants, à lire la bible… Cerise sur le gâteau, les projets sont offerts (aides internationales) ou payés à crédit (BM et autres) alors qu’une infime partie des sommes en jeu permettrait aux habitants de vivre correctement avec des formations pour exploiter des terres agricoles. Au lieu de louer bêtement les terres agricoles, formons les malgaches.

    Amnistie

    Si au moins ces « commerçant » ont fait en sorte que les jeunes viennent de tout Madagascar pour faire leurs études à Vohémar car les commerçants du bois de rose finance le centre de formation multidisciplinaire qui et devenu une référence dans l’océan indien. Ceci en raison de ses équipements et personnels enseignants qui sont uniques dans la région. Ou encore que les gens viennent à Antalaha pour bénéficier des études de biologie qui ont permis à de nombreux jeunes de faire de la recherche pour améliorer la protection cette fois ci de l’humain et des lémuriens…
    Cependant, les derniers montants annoncés sur les bois de rose se chiffrent en centaine de millions de dollars mais les gens aux alentours des lieux d’exploitation vivent presque de la même manière depuis les quinze ou vingt dernières années si ce n’est pas pire.
    Avec de tels résultats, ces « commerçants » méritent donc d’être amnistiés au lieu de mener les enquêtes nécessaires sur les trafics (de la dernière décennie ?).
    Imaginez un peu, on va donc revenir à la situation de 2000 où l’on suspendu l’exploitation à travers un monopole d’état (mais qui ne lui rapporte rien).

    « Un système de traçage numérique »

    Est ce que c’est efficace contre l’avidité comparativement à une pénalisation pure et simple du trafic de bois de rose et appliquer la loi à la fois pour le bucheron et les vrais commanditaires ? D’ailleurs la mise en place de tel « système de traçage numérique » nécessiterait au moins des investissements, au pire des aides. Tracer numériquement oui. Mais ne nous trompons pas de cible. Les mouvements de fonds en banque sont des traces existantes qui n’attendent qu’à être analysées mêmes si cela reste limité par l’opacité de certains systèmes.

    « La beauté d’un programme … restaurer les forêts de Madagascar – la base de l’écotourisme – et compenser les gens des communautés locales qui ont le plus souffert de l’abatage illégal ».

    La thématique de l’écotourisme comme mode développement revient régulièrement et cela au sein même des dirigeants malgaches. Cette approche destinent donc les populations environnantes des sites classés « sites naturels » comme des gardiens de la nature et servir les visiteurs dans les infrastructures d’accueil pour le tourisme.
    Les vrais défis ne seraient-ils pas d’orienter le développement local en permettant une sauvegarde de la forêt à travers une (semi-)mécanisation agricole apportant un revenu de remplacement pour les riverains. Les défis de l’alimentation mondiale est immense, formons et équipons les malgaches pour produire et non pour servir.

    La multiplication des ONG et des financements n’y feront rien si le malgache de base regarde toujours passer les grands et petits ONG passer et revendiquer partout l’utilité de leur travail. Je ne dis pas que tous les ONG ne servent à rien mais plutôt posez vous des questions : qui finance quoi ? Dans quel but ? Simple exemple, le contrôle des naissances à Madagascar alors qu’il ne s’agit pas d’un problème si le partage des ressources est réalisé de manière décente. On nous « conseille » de contrôler les naissances parce qu’on nous enlève les moyens de les nourrir et de les éduquer correctement ?

    En tous cas, méfions des conseils, ils ne sont pas nécessairement pour notre bien.
    En tous cas, c’est l’impression que j’ai en lisant ce « conseil » sur les bois de rose. Revenir à un état antérieur qui a failli, amnistier pour régulariser… désolé mais je n’y crois pas.

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