Le samedi est le jour du Shabbat. Et pour les éditorialistes de Tribune.com, sans doute moins portés sur la chose (religieuse) dans l’exercice de leurs fonctions de scribes du net, il est surtout devenu de tradition le samedi de tenter d’aborder des sujets plus larges que l’actualité immédiate, ce qui nous amène notamment à aborder la vie de ce site.
Nos lecteurs fidèles ne visualisent pas combien chaque édition de Madagascar-Tribune.com est un miracle d’équipe, réalisé par quelques personnes qui ne se voient physiquement que très rarement, mais qui partagent la passion du journalisme et la fierté de voir les mots rencontrer leur public.
La ligne éditoriale de Tribune.com a déjà été décrite sur ces mêmes colonnes. Les mots étaient simples, clairs, mais pas forcément nets pour tous. Dans « .com mais pas si commun », nous affirmions « (…) la volonté envers et contre tout de rechercher une neutralité non partisane, même si cela n’est pas toujours facile. Pour nous, neutralité ne signifie ni indifférence, ni aveuglement. Nous nous donnons la liberté et le devoir d’aborder les aspects positifs et négatifs, de traiter des qualités et des défauts, des forces et des faiblesses, et d’adresser critiques et louanges. Ainsi, par essence même, nous ne sommes ni pro-ra8 ni pro-TGV, ni anti-français ni pro-américain, ni rien de tout ce dont certains commentaires accusent parfois nos journalistes ».
Notre rêve est que notre lecteur retienne de notre titre l’attachement à quelques valeurs universelles (la démocratie, l’État de droit) et à un dialogue lucide et non manichéen entre les uns et les autres. Nous avons toujours reconnu que le neutralisme absolu est un vœu pieu, et n’existait que dans un monde parfait, dans lequel nous sommes loin d’être. Dans notre éditorial du 22 avril 2009, nous expliquions « la neutralité devient donc par la force des choses une notion qui se charge de nuance. Et finalement, la neutralité des journaux qui s’affirment comme tels (à l’exemple de Tribune.com) est obtenue beaucoup plus par la somme des diverses sensibilités de chacun au sein de la rédaction, que par une neutralité sourcilleuse de tous qui signifierait aveuglement. Quant au refus de l’esprit partisan, il signifie tout simplement que la ligne éditoriale n’est adossée à aucun dogme, et se donne la liberté de traiter les qualités et les défauts de tous, mais toutefois dans le cadre des préceptes mentionnés auparavant ».
À Madagascar, où les hommes d’affaires entament parfois une carrière politique en prenant le contrôle d’un mass media, chaque titre est facilement soupçonné de rouler pour telle ou telle personne. Nous avons le culot de croire que la direction de ce site n’a pas d’objectifs politiciens. Depuis 20 ans, les rédactions de Tribune s’inquiètent et s’amusent en même temps de ce que leur titre soit sous tous les régimes qualifié de journal de l’opposition. S’offrir la liberté de penser indépendamment et de ne pas s’en cacher semble toujours finir par agacer surtout les pouvoirs en place. Rien d’étonnant à cela. Aujourd’hui, on nous reproche souvent de critiquer le camp Rajoelina plus souvent et plus vertement que le camp Ravalomanana. C’est sans doute vrai, mais pas par esprit partisan. Le fait est que, pour le moment, l’équipe Rajoelina est de fait aux commandes du pays, n’en déplaise à ses détracteurs, et même si son arrivée au pouvoir s’est faite de manière plus que critiquable. Il n’y a donc aucune utilité à critiquer le Dada des autres qui vit en exil, et qui a de moins en moins de prise sur la vie nationale. Certes, les pro-HAT et pro-TGV aimeraient qu’on contribue à asseoir le pouvoir de l’ancien DJ, tout comme les résistants du MAGROS souhaiteraient nous voir contribuer au retour de l’ancien laitier. Mais ni l’un ni l’autre ne sont notre combat.
Si vous vous êtes reconnu dans la philosophie exposée précédemment, si vous avez un peu de temps libre, un goût pour écrire, une plume claire et lisible, nous avons une bonne et une mauvaise nouvelle pour vous.
La bonne nouvelle, c’est que Tribune.com recrute des contributeurs.
La mauvaise nouvelle, c’est que ce n’est pas terriblement bien payé.
Nous avions annoncé il y a quelques semaines, et Miary l’a encore rappelé le 9 mai 2009, que Patrick et Ndimby, les principaux éditorialistes de Tribune.com étaient bénévoles. Certains esprits chagrins (et un peu niais sur les bords, et même jusqu’au centre), y ont vu l’occasion d’insinuer que c’était donc une raison supplémentaire de mettre « nos cervelles au plus offrant ». Dieu merci, notre bénévolat est permis par un métier qui nous met largement au-dessus de la ligne de flottaison quant à la perméabilité aux motivations diverses. Et encore Dieu merci (bis), l’absence ou la présence de Messieurs Ravalomanana et Rajoelina n’influe en rien ni sur la régularité, ni sur la quantité de nos revenus mensuels. Et enfin, Dieu merci (ter), nous avons encore la chance de penser qu’il y a des valeurs pour lesquelles on peut exprimer sa citoyenneté, sans qu’il n’y ait besoin d’incitations libellées en ariary (ou en euros). L’information de notre bénévolat a été divulguée dans le but de rassurer sur l’entière liberté par rapport à une ligne éditoriale imposée : notre journalisme n’est pas un journalisme alimentaire, mais un journalisme de conviction.
Nous nous amusons donc toujours quand le clown de service s’exclame avec la profonde satisfaction de celui qui a fait une découverte fondamentale, et la joie de révéler au monde ce qu’il croit être un des secrets profonds de l’humanité : « Ndimby jette son masque » ou encore « Tribune montre son penchant ». Il n’y a pas lieu de montrer la suffisance de celui qui a cru avoir découvert l’électricité en appuyant sur un interrupteur : les positions n’ont jamais été cachées.
Bien évidemment, tout le monde n’a pas le privilège de pouvoir passer des heures à écrire un papier pour les beaux yeux du lecteur. D’autres journalistes sont payés, à la pige. Un journal ne peut être seulement une collection d’éditoriaux ; il lui faut aussi des articles plus courts et factuels, et il n’y a pas que la politique dans la vie. Nous pensons que c’est surtout dans la couverture du terrain et à l’élargissement à d’autres sujets que celui de la crise, que d’autres pourraient aider ce site tout en contribuant à nourrir et à enrichir les passionnants échanges au sein de la rédaction.
Si vous estimez donc que vous pouvez faire plus qu’une critique systématique et à distance de Marc Ravalomanana ou de Andry Rajoelina, faites vous connaître à l’adresse contact madagascar-tribune.com.




