Chers lecteurs,
Je n’aime pas trop me faire remarquer, mais les articles parus sur Internet et dans les journaux dernièrement à propos de « trafic de bois de rose » ne me laissent pas indifférent quant à leurs contenus et fonds. En effet, je pense qu’il est important de donner quelques précisions et clarifications au grand public qui pourrait être induit en erreur par ces publications. Parfois, certaines personnes « parlent pour ne rien dire », et le problème qui se pose, c’est que ces personnes ne mesurent pas l’ampleur et la véracité des propos qu’elles avancent. Il faut être objectif quand on fait des publications de ce genre et ne pas parler des gens et des faits comme on le veut. On est encore loin de la perfection vu qu’on est encore sur terre et que nous ne sommes que des humains ; alors que ces gens osent traiter leurs concitoyens de tous les noms et étaler des infamies à propos de leurs affaires. Comme il est dit dans la bible « que celui qui n’a pas pêché, jette la première pierre ». Et on dit aussi qu’à chaque médaille il y a un revers et que jusqu’à ce jour, toute activité économique a de mauvaises répercussions sur d’autres domaines.
Sur ce que j’ai lu dernièrement sur internet (http://www.wikio.fr/article/personn...) ou sur http://www.illegal-logging.info/ ou sur http://reflexiums.wordpress.com/ je m’étonne que des personnes puissent avancer des chiffres et des faits qui n’ont pas été vérifiés pour porter atteinte à l’intérêt des opérateurs cités dans cet article.
Parler de l’écrémage forestier « illicite » comme catastrophe écologique ne peut venir que d’une personne qui ne s’informe pas beaucoup. En effet, on parle de catastrophe écologique dans les cas de déversement de substances toxiques, d’explosion nucléaire, de déforestation massive, de feux de brousse dans un espace important contenant un ou plusieurs écosystèmes. Et quand on parle de déforestation, on parle de la perte de la couverture forestière de manière volontaire comme l’effet de surexploitation, le rasage du peuplement forestier pour une exploitation du sous sol, ou l’installation d’une ville ; ou de manière involontaire (feux ou d’autres catastrophes naturelles). Pour le cas de l’extraction du bois de rose, on pourrait parler d’appauvrissement de la forêt en espèce et en valeur et non de déforestation comme cet auteur le qualifie. Il importe également que le public sache que l’aménagement forestier prévoie l’exploitation des ressources forestières en âge de maturité (arbres sénescents), qui est fixé en termes de circonférence exploitable dans les textes forestiers malagasy (150 cm pour les bois de 2ème Catégorie dont fait partie le bois de rose, ….). L’idée serait de ne pas encourager les pratiques de coupes illicites mais d’encadrer les opérateurs à suivre les normes d’aménagement en vigueur à Madagascar et partout dans le monde à travers les certifications et les procédures de traçabilité. Or, moi je peux vous affirmer que selon une étude menée par un Bureau d’étude à Antananarivo, 90 % des produits forestiers (bois et charbons) des grandes villes (Tana, Tamatave, Majunga, Tuléar, Diégo, Antsirabe, Fianarantsoa) sont de provenance douteuse. Et imaginez, un peu le volume et la quantité d’essences de bois qui circulent dans cette ville et que si vous comparez leurs quantités avec celles des bois de rose que vous citez dans votre article, vous remarquerez qu’il y a de plus importants problèmes d’exploitation illicite à résoudre dans ces autres villes. Autrement dit, les personnes qui ont écrites ces propos ne se sont pas adressées aux vrais coupables, et que si ça leur fait tant de mal de voir les bois de nos forêts coupées, qu’elles proposent des solutions au lieu d’émettre des critiques non constructives et de porter des accusations sur tout le monde. Il faudrait admettre que ce sont les contextes socio-économiques et culturels ajoutés à la situation politique de notre pays qui ont fait que nous subissons les conséquences de ces activités économiques qui sont indispensables aux populations rurales mais qui nuisent à l’environnement.
Trop nombreuses sont les catégories de gens qui dénigrent la collecte et l’exportation « autorisées » par l’état des pièces de bois de rose, peut être qu’ils prétendent ne pas utiliser des produits issus des forêts malgaches, parce qu’ils adhèrent à des principes « écologiques » et protègent les forêts de Madagascar. Soyons réalistes et objectifs, on est dans un pays pauvre où nos quotidiens dépendent encore des ressources naturelles et notamment forestières (énergie domestique, construction, outils de travail, etc.). Et ces gens qui veulent protéger la précieuse biodiversité de Madagascar, quelles actions ont-ils fait ? Des reboisements, où l’on fait plus figure de publicité à la télé en plantant un ou deux arbres par personne par an et qui mourront dans les flammes des feux de brousses 6 à 8 mois plus tard, écrire des articles à propos des forêts malgaches sur base des rumeurs, adhérer au parti politique « Hasin’i Madagasikara », voir les films « environnementaux », visiter les Parcs Nationaux, etc. Jusqu’à ce jour, les actions environnementales ou forestières ont été régies par des intérêts financiers ou politiques et non par l’adhésion à l’idée de résoudre des problèmes écologiques. Je vous le dis, les grands périmètres de reboisement à Madagascar datent de la 1ère et 2ème République (Fanalamanga, Haute Matsiatra, Ambatolampy, Manjakandriana et Mandraka, Ankazobe, etc.) et dire qu’on dépense des milliards pour le domaine environnemental. Ne soyons pas des hypocrites, et osons admettre que nous ne sommes pas des gens « écologiques » et que nous dépendons des produits issus des ressources naturelles. Nous sommes loin des Européens, Américains et Canadiens qui ont déjà épuisés leurs ressources forestières originelles et qui vivent des grandes plantations et d’autres sources d’énergies alternatives dont les coûts ne sont pas à notre portée.
J’admets qu’il est fondé de pénaliser « tous » ceux qui sont responsables du trafic de bois de rose, comme j’adhère à l’idée de pénaliser ceux qui sont responsables du trafic de pierres précieuses, du trafic d’or, du trafic de drogues, du trafic d’animaux et de plantes rares, des défrichements d’énormes superficies forestières, des feux de brousses, des déversements de substances polluantes dans les mers et rivières malgaches. Ce que je veux dire, c’est que les maux de Madagascar sont généralisés et mériteraient d’être traités un à un de la manière plus sérieuse pour trouver des alternatives durables. Et pourtant, on a constaté que beaucoup de gens gagnent des profits dans ces activités « informelles » mais qui sont rentables sans qu’on ne les touche. Objectivement, il importe qu’on fasse des investigations selon les procédures en vigueur et selon le respect des droits de l’homme avant de porter les affaires devant les tribunaux et surtout avant de les publier sur internet ou dans les médias. C’est souvent au niveau de ces investigations que la situation se bloque puisque les investigateurs sont souvent mêlés à des affaires de corruption ou de trafic d’influences et font n’importe quoi (publication de fausses informations, déformation des faits, chiffres et des documents officiels).
Et moi qui pensait que ces forêts et Parcs Nationaux étaient surveillés et surtout gérés par des agents du Ministère et les autorités locales, ou est ce que ces derniers ont abandonnés leur champs de travail pour aller se plaindre auprès du grand public qu’ils n’arrivent plus à gérer ces aires à cause des agréments d’exportation des stocks que le même Ministère de tutelle a délivré aux opérateurs. Ce qui est assez étrange, c’est qu’à l’intérieur même de ce Ministère, on note des conflits entre les gestionnaires des forêts aux niveaux locaux (Madagascar National Parks, Projet de Conservation, etc.) et les agents de l’Etat à tous les niveaux qui délivrent les papiers « réglementaires ». Je rappelle que la délivrance des papiers administratifs fait partie de ce qu’on appelle « activité régalienne » de l’Etat, c’est-à-dire que c’est une décision que l’Etat ne demande avis à personne et dont lui seul peut l’exercer à travers ses agents (du Ministre au Chef du Cantonnement forestier). Alors, si vous dites que les opérateurs que vous citez dans votre article sont les seuls responsables du pillage, je pense que vous devriez revoir votre avis. Et quand vous parlez de « … monumentale incompétence du gouvernement », vous devriez plutôt demander des comptes à ce gouvernement et non vous acharner sur des gens à qui on a donné des opportunités de travailler. Je tiens seulement à vous signaler que l’entité que vous traitez d’incompétents représentent l’Etat Malagasy et sa population et qu’elle a le pouvoir de vous demander des comptes et de vous traîner en justice pour diffusion de fausses informations, pour diffamations, etc. De même, ces opérateurs que vous traitiez de tous les noms ! Est-ce qu’on ne vous a jamais appris à parler avec respect des autres, même ceux qui ne sont pas du même avis que vous ! Je pense que vous êtes un « écologiste » extrémiste, qui ne vit pas la réalité à Madagascar où l’on essaie de vivre avant de préserver la nature mais quelqu’un qui vit sur les nuages d’un pays d’ailleurs où la préservation de la biodiversité passe avant la vie de l’homme.
Je tiens à apporter les informations suivantes concernant les exploitations de bois de rose à nos chers lecteurs, afin que l’on ne fasse plus de « téléphone arabe » et de cesser de raconter et de répéter des informations erronées partout :
Un agrément d’exportation délivré par le Ministre chargé des forêts à un opérateur lui autorise à exporter ses stocks de bois moyennant le paiement des redevances réglementaires,
Après le passage des cyclones Hudah, Ihary et Gafilo, beaucoup de forêts constatées par les agents forestiers renfermaient des chablis, des arbres renversés et morts sur pieds de bois de rose et également d’autres espèces,
Les forêts où l’on a extraits des bois de rose ne sont pas pour autant pauvres en biodiversité, on constate qu’il y a un appauvrissement mais pas de disparition de l’espèce. En effet, les gens ne coupent que les bois dont ils ont besoin (c’est une perte de temps et une charge supplémentaire pour lui de couper du bois qu’il ne ferait même pas sortir de cette forêt). Evidemment, il y a des jeunes arbres et des régénérations des autres espèces qui sont écrasés ou coupés, mais comme on dit, « on ne fait pas d’omelette sans casser un œuf » ! Néanmoins, il est à signaler que dans ces forêts, la perturbation de la population faunistique due à la chasse effectuée par les bûcherons et à l’envahissement de l’espace vitale des animaux par ces bûcherons est importante.
Le marché du bois (qui existe bel et bien)au niveau international exige des qualités et des normes (grumes de bonne qualité, de diamètre supérieur à 25 cm, des fûts droits non troués, etc.),
Le bois de rose suit l’itinéraire suivant : débité en forêt, débardé depuis la forêt jusqu’à un point de ruisseau ou cours d’eau, transporté par des radeaux ou des pirogues jusqu’à un point près d’une piste route, débardé jusqu’au bord de la piste ou d’embarcation de boutre, transporté par boutre ou par des camions jusqu’en ville (Antalaha), acheminé par camion jusqu’à Vohémar, transporté par bateau vers le pays destinataire final (Chine, Japon, Europe, etc.), et dans tout ce circuit, il y a des gens qui travaillent et par conséquent de l’argent qui circulent !
Le bois de rose meure et tombe (arbre sénescent) souvent lors qu’il atteint le diamètre de 40 à 45 cm,
Le bois de rose donne des rejets des souches ou de nouvelles pousses, tout comme les Eucalyptus après la coupe d’arbres matures,
Le bois de rose ne fleurit qu’après avoir subi des stress comme le passage de cyclone, de feux, de coupe/annelation partielle, etc.
Les premières exportations du bois de rose depuis la zone Est et Nord Est de Madagascar datent de 1920 avec 58 tonnes envoyés en France,
Les agents de l’Etat existant dans les zones Est et Nord Est n’arrivent pas à couvrir la totalité de leur zone d’intervention (en moyenne 1 agent assermenté par Cantonnement forestier de 200 km²) !
A mon avis, la publication d’articles portant de propos aussi indignant et des accusations à l’encontre de personnes aussi importantes au niveau régional sans preuves et avec des affirmations gratuites ne fera rien évoluer à la situation qui prévaut. Le mieux serait de concentrer les efforts pour avancer un peu plus dans la recherche de la vérité afin de pouvoir distinguer les auteurs principaux, les complices et ceux qui sont en règles. Arrêtons de porter des accusations sans preuves, d’avancer des propos sans fondements et de raconter des faits qui ne sont que les fruits de notre imagination.
A bientôt !