Dans la vie d’un pays, deux pouvoirs aussi importants que le pouvoir politique et le pouvoir économique sont fatalement amenés à se fréquenter. Et les occasions de discuter ne manquent objectivement pas. Le secteur privé malgache se plaint d’ailleurs régulièrement d’être entendu mais pas écouté, et doit découvrir régulièrement de nouveaux textes administratifs qui lui apparaissent bâtis en dépit de tout bon sens et qui s’appliquent cependant à lui.
Avouons avoir espéré durant la période 2003-2005 que les choses allaient changer, suite à l’arrivée dans la sphère du pouvoir des Tiko boys, supposés plus pragmatiques. À la lumière des découvertes qu’on ne cesse de faire depuis, tant sur l’époque Ravalomanana que sur la transition actuelle, on en vient à trouver quelques vertus aux fonctionnaires et à être nostalgique des bons vieux administrateurs civils d’antan. Car si certains scandales semblent liés à une réelle malhonnêteté des dirigeants, d’autres cas font apparaître aussi que la culture de l’entrepreneur et celle d’une bonne administration sont tout simplement incompatibles.
Un bon businessman ne peut pas devenir un administrateur potable. Le pragmatisme fonceur de l’un est antagoniste du respect précautionneux des textes qui doit constituer la religion de l’autre. Et il faut bien admettre que développement rapide n’est pas forcément compatible avec développement durable.
Affaire Woerth Bettencourt pour la France, affaire Haliburton pour les États-Unis, affaire Lockheed pour le Japon : les scandales politico-financiers ont affecté et affecteront tous les pays du monde. Reste qu’il y a de bons et de mauvais élèves, et l’on se souviendra longtemps qu’un minimum de distance est nécessaire entre hommes d’argent et hommes de décrets.
Oui, beaucoup crieront certainement au scandale parce qu’Andry Rajoelina pose la première pierre d’un amphithéâtre de 25.000 places qui coûtera 10 milliards d’Ariary, et qu’au moins une des entreprises oeuvrant dans la construction de cet espace a des liens avec Mamy Ravatomanga, lui même connu pour être proche du Président de la HAT. Il y a de quoi être choqué, mais un scandale encore plus grand à mes yeux est que la logique ayant permis cela ne semble guère remise en cause par le public.
10 milliards d’Ariary pour ce qui est essentiellement des travaux de VRD [1] sur 70.000 m2, cela peut paraître beaucoup. Le pouvoir ne manquera cependant pas de le justifier par le délai serré des travaux, qui nous rappelle funestement les délais des travaux lancés pour la préparation du sommet de l’Union Africaine.
Oui, on frémit parce qu’aucun appel d’offre public n’a été lancé et que l’on en est pourtant à l’achèvement du terrassement. Mais l’on est soit même encore plus « terrassé » en découvrant comme Lalatiana que l’accaparement par la Présidence du gros des budgets n’émeut personne. Depuis 2003, le budget de cette institution a été multiplié par 26, et comme de simples salariés d’une petite PME, la plupart d’entre nous ne trouve rien à y redire.
On en vient à penser à Eric Woerth commentant une lettre recommandant la remise de la Légion d’honneur au gérant de fortune de Liliane Bettencourt : « ce courrier, vous l’avez lu. Je suis député, j’ai fait comme de multiples députés. C’est d’une grande banalité, tout cela... ». Ou de voir qu’au conseil de la mairie de Paris, de la droite aux communistes à l’exception des Verts, tous les groupes politiques sont favorables à un arrangement financier pour tenter d’éviter à Jacques Chirac un procès. Tous complices ?
À tout considérer, l’on est en droit de préférer la tortue au lièvre.





