Les lecteurs attentifs auront remarqué des positions assez divergentes dans des éditoriaux récents sur l’importance des différents facteurs constitutifs de la crise et sur le poids relatif des points qui bloquent l’arrivée à Madagascar d’un ordre institutionnel respecté et respectable.
Ndimby A. exprimait vendredi dernier un pessimisme quasi-complet, déclarant qu’« on pourra changer autant que l’on voudra le numéro de la République, mais les fondements resterons les mêmes. Seuls les naïfs vont croire que la République numéro IV va apporter un monde nouveau et des pratiques nouvelles. Les vieilles planches de notre classe politique vont-elles permettre de donner de nouveaux meubles ? Même question pour les nouvelles planches des jeunes arbres, mais qui ont grandi sur un le terreau pourri de nos 50 ans de vie politique. »
Anthony Ramarolahihaingonirainy, hier mardi, proclamait pour sa part que la période actuelle devrait être plus que jamais celle de la réflexion sur la mise en place d’une bonne Constitution, appelée à survivre aux gouvernants de passage. Sa position semble être que si on confectionne des règles de jeu claires pour commencer, le comportement des hommes va suivre car les règles finiront par les rattrapper. Ce qui n’est pas le cas jusqu’ici parce que les règles n’étaient pas claires ou biaisées.
Pour ma part, étant amateur de cuisine italienne, je ne peux que remarquer que cette cuisine, même si elle utilise câpres et anchois, est dominée par les sucres lents, et ce qu’il s’agisse de linguine ou de pizza. Tout ceci pour dire que la digestion de mes paris avec Ndimby nécessite mais aussi procure de la patience, et que je suis convaincu que tôt ou tard un assainissement finira par arriver. Ce fatalisme, largement partagé dans une population qui continue à vaquer à ses occupations tout en n’en pensant pas moins, est sans doute très criticable dans la mesure où il est susceptible d’encourager la passivité, et donc les abus des hommes en place. Le décompte des articles écrits témoigne cependant que je suis loin de me cantonner à la passivité, et un éditorial de Georges Rabehevitra rendait pour sa part hommage à tous ceux qui s’efforcent de faire tourner le pays en mettant la politique au second plan.
Ce qui n’empêche pas cette population d’être acculée pour l’immédiat au pessimisme. Et d’être coincée par une classe politique qui subodore, sans forcément se l’avouer franchement, que sa popularité ne sera plus jamais la même.
Plus que jamais, il est nécessaire de rappeler que le retour du sang-froid est la grande question de l’heure. Et la classe politique doit comprendre qu’il faut arrêter pour elle de se crisper sur certaines questions qui semblent la passionner et desquelles pourtant le reste du monde se désintéresse presque totalement.
Rien ne va jamais aussi mal que lorsque les symboles du pouvoir d’Andry Rajoelina sont menacés. On peut traiter ses réactions et celles de ses partisans dans de telles circonstances de puériles. Mais on ne peut que relever qu’il réagit ainsi depuis notamment que le doyen des 4, le Professeur Zafy Albert, le traite de haut.
Les personnes initiées à l’analyse transactionnelle auront reconnu le couple infernal parent-enfant. Andry Rajoelina et les pro-TGV réagissent en enfants parce qu’ils sont traités en enfants, et il serait illogique de leur attribuer les torts exclusifs de cette attitude.
Dès le mois de Février, nous relevions que cette crise relevait de la crise d’adolescence. Quand je suis dans l’Adulte, j’ai des comportements, pensées et sentiments en adéquation avec les situations que je rencontre ; quand je suis dans le Parent je reproduis des comportements, pensées et sentiments de figures parentales qui ont été importantes pour moi ; quand je suis dans l’Enfant, je reproduis des comportements, pensées et sentiments tels que je les vivais étant enfant. Une personne dans le Parent porte souvent des jugements de valeur, une personne dans l’Enfant parle, s’émeut et réagit exactement de la même façon que lorsqu’il était un enfant.
Sauf prise de conscience urgente des uns et des autres que la solution passe par l’adoption d’une attitude adulte à adulte, les meilleurs constitutions du monde ne nous empêcheront pas de mal partir.




