Nous avions relevé le taux record des réponses « Ne savent pas » dans l’analyse des réponses Malgaches à l’enquête Afrobaromètre 2008. La plupart des commentateurs ont imputé ce fait à l’ignorance et au manque d’éducation, plus qu’à la crainte de répondre sur des sujets délicats.
Toujours est-il qu’une démocratie ne peut surgir dans le terreau de l’ignorance ou de la crainte de l’engagement politique.
On peut relever à la lecture des enquêtes d’Afrobaromètre des comportements ambivalents des Malgaches vis-à-vis de l’engagement citoyen.
D’une part, ils se montrent assez attentifs. Avec les Béninois, les Malgaches se distinguent parmi les populations sondées comme étant ceux qui considèrent le plus que la responsabilité de demander des comptes au Chef de l’État, aux députés et aux autorités locales ne doit pas être laissée aux corps constitués et revient avant tout aux électeurs. Qui plus est, deux tiers des Malgaches considèrent que les citoyens doivent se montrer davantage actifs pour interpeller les dirigeants.
Mais dans le même temps, on relève une réelle passivité, car deux tiers également des Malgaches déclarent que les gens sont comme des enfants, et que le gouvernement devrait s’occuper d’eux en agissant comme un parent. En fait, par rapport à d’autres pays d’Afrique, la proportion des Malgaches se déclarant intéressés par les affaires publiques est plutôt faible : 59%.
Comme on peut s’y attendre, le désintérêt est plus marqué parmi les couches les moins scolarisées. Le fait que le désintérêt est plus marqué parmi les jeunes peut apparaître comme plus inquiétant. L’abstention aux élections est d’ailleurs plus marquée lorsque les personnes sont plus diplômées et plus jeunes. Les personnes ayant un niveau plus élevé d’éducation sont par ailleurs plus enclines à présenter l’abstention électorale comme une forme de contestation politique.
Si le choix de voter ou non peut être une première forme d’engagement, la participation civique dans une démocratie ne se réduit pas aux élections, mais implique aussi la possibilité pour les citoyens de prendre part aux processus de décisions, notamment au niveau local.
Lors de l’enquête Afrobaromètre 2008, Madagascar s’est distingué parmi les pays sondés comme étant celui où le plus de personnes sondées (91%) ont déclaré participer à des réunions communautaires, alors qu’il y en avait le moins ayant déclaré faire partie d’une association (3%) ou d’une organisation religieuse (9%).
Difficile de ne pas voir dans ces particularités l’influence du fokonolona, la communauté de base et ses réunions de concertation. C’est sans doute dans cette institution que réside, au moins dans les milieux ruraux, une des meilleures chances de développer une implication citoyenne à Madagascar.
Encore faudrait-il, pour dépasser l’attitude de passivité désabusée (que les événements de 2009 ont sans doute renforcée), que les autorités centrales redonnent au fokonolona une certaine autonomie et une influence réelle.
Vis-à-vis de ceux qui sont sceptiques de voir émerger des défenseurs de la démocratie, et craignent que la pauvreté ne soit la cause première de l’ignorance et de la peur qui entravent la participation citoyenne, on peut concéder que seulement 22% des Malgaches lisent régulièrement des journaux, contre 41% au Botswana(1), et que 41% seulement des Malgaches utilisent régulièrement un téléphone portable, contre 73% au Botswana. Cependant, l’usage comparable de la radio dans les deux pays montre qu’il n’est pas impossible à Madagascar d’arriver à un niveau d’information comparable. L’attachement fort des Malgaches à la liberté de la presse (72% pour, contre seulement 51% en 2005) n’en est donc que plus précieux.
Note : (1) Rappelons que le Botswana est le pays, sinon l’un des pays, considéré par Afrobaromètre comme étant le plus proche d’une démocratie, dans la mesure où non seulement le niveau d’exigence démocratique, mais aussi le niveau de satisfaction par rapport à celle-ci, sont élevés.




