Les deux analyses, très complémentaires bien que nullement concertées, d’Eric Rabary et Ndimby parues hier et avant-hier devraient inciter tout un chacun à réfléchir sur les rendez-vous manqués par notre pays. Le message sera-t-il compris par tous ses destinataires ? On peut sincèrement s’interroger.
Si les événements de l’année 2009 nous ont prouvé que Madagascar avait beaucoup de politiciens et peu d’hommes d’État [1], ils doivent également nous interpeller sur nos comportements individuels. Et l’on ne peut que s’inquiéter du peu de lectures et de réactions que provoquent les articles de ce site qui évoquent les questions sociales, d’éducation, de développement durable voire d’économie... Par contre, les commentaires se déchaînent sur les controverses politiques immédiates. Il est tout aussi consternant que les seules manifestations publiques réunissant du monde dans ce pays soient celles ayant pour but de renverser les hommes au pouvoir. Allez provoquer une manifestation sur un projet de loi de Finances ou contre la déforestation sauvage et vous m’en direz des nouvelles... Il faut croire qu’il n’y ait point de salut hors du 13 mai et du Magro.
Parmi les douze facteurs que prennent en compte les études de la fondation « Fund for peace » pour détecter les États défaillants (« Failed states »), c’est à dire les États qui n’apportent rien à leur population et qui sont les plus vulnérables ou susceptibles d’une crise, figure l’apparition de fortes divisions parmi les élites. Madagascar fait un piteux score sur cet indicateur là et nous devrions peut-être en prendre de la graine avant de nous gargariser de fihavanana et de religiosité. Ceci étant dit sans prétendre que le public de Madagascar-Tribune.com est représentatif de nos « élites »...
L’un des points les plus intéressants du discours d’Eric Rabary de Mardi est qu’il aurait pu être prononcé il y a deux ans pratiquement sans en changer une ligne et qu’il restera sans doute longtemps d’actualité. L’analyse des constituants de l’index des Failed states montre également que l’on ne sort pas de la situation de potentiel état défaillant du jour au lendemain. Si l’on analyse les facteurs de risque particulier pour Madagascar, on relèvera :
la pression démographique,
un développement économique inégal entre les différents groupes sociaux,
une économie en baisse,
la détérioration progressive des services publics,
la division des élites,
l’intervention d’autres États ou d’autres facteurs externes.
Compte tenu de ce dernier point, se défouler verbalement par rapport à la Françafrique fait incontestablement du bien, mais ne nous dispense pas de travailler sur les autres problématiques qui ne se résoudront pas du jour en lendemain parce que notre caractère de fan boy ou de fan girl aurait été satisfait par la nomination ou la destitution de telle ou telle personnalité. Et tout en déplorant l’impact qu’auront les événements de cette année sur nos scores futurs (les derniers chiffres s’appuient sur les observations de Mai à Décembre 2008), notamment en ce qui concerne l’indicateur « criminalisation et déligitimation de l’État », l’on est bien obligé de constater que nos notes ne font que se dégrader depuis que nous sommes pris en compte dans cet index. Et je ne parle même pas de ce qui va nous arriver sur la tronche avec le changement climatique...
Oui, le placide Patrick A est en colère. Mais cela reste une colère combative et optimiste, qui se retrouve complètement dans la conclusion d’Eric il y a deux jours :
« Figurer dans le peloton de tête ne se décrète pas, ca se mérite. Il n’y a d’acquis qui n’ait été arraché. Nous sommes jugés pour nos actes. Cette génération sera jugée pour ses actes, puisse-t-elle réussir.
La plus grande faiblesse de l’homme est de ne pas croire, de douter. Nous ne doutons pas, nous ne faiblirons pas et nous n’échouerons pas. »




