17 mars 2009, Ravalomanana « confiait » le pouvoir à un Directoire militaire. C’était, sans doute, sans connaître réellement les intentions de ses successeurs. Depuis, le gouvernement qui s’en est suivi accumule lamentablement les erreurs grossières. Dans le fond : il n’est jamais parvenu à tenir une seule de ses promesses ni même à faire autant que son prédécesseur. Dans la forme, c’est encore pire, avec les arrestations arbitraires, les interminables séries de pétard mouillé et le recours à des méthodes d’enquêtes dignes de la Chine populaire ou des SS de Hitler pour éliminer les opposants encombrants. Nous sommes en Mars 2011 et, comme son nom ne l’indique pas, le transitoire n’en finit pas de s’étirer car, contrairement à l’adage, au « Fozaland » on ne change pas une équipe qui perd. Et tant pis si elle n’est ni consensuelle ni inclusive puisque, visiblement, Camille est vital.
Dans ce contexte délétère, le pays s’enfonce dans une crise politique et économique sans précédent. Crise devenue cyclique depuis l’Indépendance, marquée surtout par l’adoption récurrente de voies anticonstitutionnelles pour l’alternance du pouvoir. Sans doute parce que les gouvernants qui se sont succédé n’ont pas su apporter à la population la réponse concrète à ses attentes.
Nous avons chacun notre point de vue quant aux origines de cette dernière crise. Sans être forcément des « Zanak’i Dada », beaucoup accordent à l’actif de celui-ci, entre autres, la construction et la réfection des infrastructures routières et la lutte contre la corruption. À l’inverse, beaucoup lui reprochent aussi (sans être nécessairement des crustacés de mauvaise qualité) la baisse du pouvoir d’achat malgré la croissance économique, la hausse des prix, sa mainmise sur l’économie tout en étant le patron d’un puissant groupe agro-alimentaire, d’avoir tenté de monopoliser tous les secteurs rentables de l’économie, d’avoir voulu s’enrichir sur le dos des Malgaches, de n’avoir pas su entendre l’exaspération de son peuple et d’en prendre les mesures nécessaires. Il a suffi donc d’une goutte d’eau, la fermeture de la chaîne de radio Viva, pour transformer ce malaise latent en putsch.
Malgré cette divergence de points de vue, pourtant, aucun de nous ne pourrait nier que franchir le pas et passer d’une « simple » contestation populaire à un renversement du régime ne pouvait qu’engendrer des conséquences socio-économiques dévastatrices. Soulignons, au passage que, contrairement aux cas de la Tunisie, de l’Egypte ou de la Lybie, il ne s’agissait pas, du moins à la base, d’un soulèvement populaire mais de mouvements initiés par des politiciens voulant capitaliser les failles du pouvoir en place pour régler leurs comptes (Cf, les deux papiers édifiants de Ndimby A. et de Patrick A.)
Zombies !
Premier trimestre 2009 : la Une des journaux faisait état de pillages, de commerces vandalisés, d’entrepôts saccagés, de marchandises volées pour être ensuite échangées au marché noir… Certains osaient parler, la mine réjouie, de « revanche du peuple » et même de « démocratie ». Oubliant que dans un pays démocratique, le vrai citoyen est un acteur du développement. Et qu’il ne peut y avoir de citoyenneté sans respect de la loi. À travers ces actes d’incivisme barbares, il semble qu’une partie de la population soit convaincue que la violence est le mode privilégié d’intervention sociale, à tel point qu’on se demande si elle a une notion de ses droits et devoirs. « Le citoyen, ce n’est pas l’individu avec ses faiblesses, son égoïsme, son aveuglement et ses enthousiasmes. C’est l’homme éclairé par la raison, parlant selon les impératifs de cette raison commune à tous, et (…) capable d’opiner sur la chose publique sans être dominé par son intérêt personnel » (Burdeau).
La tuerie du 7 février est encore bien vive dans les mémoires. Pour servir une cause, le moyen le plus expéditif est encore de faire des martyrs. Des politiciens qui savaient ce qu’ils voulaient, ont sciemment conduit une foule naïve et totalement inconsciente à l’abattoir, en l’incitant à franchir un espace pourtant classé zone rouge, comme l’est par définition tout palais présidentiel. Pendant ce temps, celui qui était à l’origine de ce mouvement, et qui a bien compris que cela ne pouvait que tourner mal, a préféré, lui, y assister de loin, depuis son salon douillet. Mais le plus étonnant c’est que les familles des victimes n’aient pas envisagé cette éventualité. Pensaient-elles que la garde présidentielle allait leur ouvrir la porte du palais, les inviter dans le grand salon et leur servir l’apéritif pour fêter ensemble l’arrivée de ce nouveau Premier ministre tant attendu ? Oubliant cette responsabilité, elles osent ensuite réclamer justice, comme si leurs proches s’étaient fait tuer en allant à la messe du dimanche. Le citoyen est responsable de ses choix et de ses actes. Il ne peut pas se contenter de suivre les ordres des meneurs de foules tel un zombie, tout comme il ne peut pas non plus se contenter de jouer à la victime quand la situation tourne mal.
Education : une réponse possible à la crise politique
Au vu de ces signes, du comportement des citoyens et surtout des politiciens, résoudre la crise politique à Madagascar s’avère une œuvre de longue haleine, qui exige un détour par des efforts d’éducation. Pour en finir avec cette instabilité politique, l’éducation au civisme et à la citoyenneté doit donc être une priorité. Il s’agit d’une responsabilité à l’égard du futur, au nom de cette démocratie que l’on clame parfois à tort et à travers, mais qui exige de maîtriser ses passions. Et ce, plus encore que dans tout autre système, car le citoyen est à la base même des décisions et des choix importants et participe à l’évolution du pays par ses votes.

« La démocratie est la forme suprême de gouvernement, parce qu’elle repose sur le respect de l’homme en tant qu’être raisonnable » (Kennedy)
Dans la Grèce antique, initiatrice de ce mode de gouvernement qu’est la République, des philosophes comme Socrate, Platon ou Aristote pensaient qu’un peuple ignorant et dépourvu de discernement était indigne de cette responsabilité, qui exige une véritable autonomie.








