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mercredi 24 avril 2019
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Editorial

Vato nasondrotry ny tany

vendredi 15 février 2013 | Sahondra Rabenarivo

À quoi sert une 4x4 de luxe si on croupit pendant des heures dans des embouteillages pour se rendre d’un point à l’autre à Antananarivo ? C’est mieux que de le faire dans un taxi-be peut-être, mais....

À quoi sert une superbe villa, un îlot d’ultra luxe, flottant au centre d’une mer de misère ? De l’autre côté de la clôture barbelée : une masse d’hameaux sans eau et électricité, dont l’accès n’est que de boue sale.

À quoi sert un sac Hermès ou une montre Patek quand 99,9% de la population sûrement ne savent même pas ce que ces accessoires représentent (à 100$ de salaire par mois, ça fait 80 mois de travail pour le premier, jusqu’à 500 mois pour le deuxième).

Sûrement on se satisfait de ces biens entre personnes qui attachent une importance aux signes extérieures de richesse, mais cette satisfaction ne peut être qu’amoindrie par le fait que si peu en possède, et parmi les peu qui en possèdent, un grand nombre l’ont sûrement par enrichissement sans cause.

Mais c’est justement parce que la politique à Madagascar consiste toujours en la bataille pour le « butin » qu’on ne voit pas au-delà de sa vitre teintée ou de son mur barbelé. « Battle for the spoils », dit-on en Américain, on fait la guerre pour après se départager le butin. De quel butin s’agit-il ? Il s’agit du droit de décider, d’octroyer, d’autoriser, de collecter, de placer alliés et famille dans des postes lucratifs. Quand on peut bloquer l’octroi d’un arrêté ou d’un décret nécessaire au bon déroulement des affaires ; quand on peut décider de ne pas octroyer un permis ; quand on peut retarder une autorisation quelconque ; quand il est de notre pouvoir de collecter paiements, redevances, taxes et impôts ; quand on peut placer sa famille et ses amis dans des postes juteux car propices au blocage, retardement... on comprend pourquoi faire bataille politique pour un poste quelconque motive bien des gens. Car jusqu’à preuve du contraire à Madagascar, la politique est la bataille pour le butin et pas encore pour le droit de changer le monde.

Et souvent les escrocs à ambition politique, en plus du bling précité, investissent leurs butins dans la préservation de ce butin. Tout ce qui est détourné n’est pas perdu mais ça fait des forteresses de luxe inimaginable au milieu de l’océan de misère... Apparemment, investir en la conversion des océans de misère ne rapporte pas encore politiquement.

Beaucoup diront qu’ils ont voté pour Ravalomanana en pensant qu’il avait déjà suffisamment de butin. Personne ne pourra me faire croire que le peuple malgache n’aspire pas à mieux que des politiciens chasseurs de primes.

Ainsi alors nous nous acheminons vers un demain encore incertain, espérons pour des « vato nasondrotry ny tany » [1], visionnaires, véritablement patriotes, mais surtout leaders. Selon un analyste, Paul Collier, les bons leaders sont ceux qui corrigent les catastrophes des mauvais leaders, mais les excellents leaders sont ceux qui font en sorte qu’il est impossible d’élire un mauvais leader. Au sein de toute société qui a réussi, il y a des procédures pour bloquer l’avancement des mauvais leaders (kleptocrates, tyrans, psychopathes, mégalos...). Sans que les élections ne fassent à elles seules la démocratie, nous voici face au premier grand test de l’avenir post-crise. Le cadre légal électoral, l’organisation des élections pour la première fois (hors référendum 2010) par un organe véritablement indépendant, voici des débuts de procédures pour bloquer l’avancement des mauvais leaders. Tout comme il ne suffit pas de signer une feuille de route pour qu’elle soit mise en oeuvre, il ne suffit pas non plus de promulguer des lois et décrets et de créer des institutions, pour que, coup de baguette magique !! , les élections miracles vont se réaliser !!

À tous appartient alors la vigilance pour la mise en oeuvre des règles et procédures pour des élections transparentes, crédibles, justes. Pour que des « vato nasondrotry ny tany  » puissent émerger, de vrais patriotes, de vrais leaders. [2]

Sahondra Rabenarivo
14 février 2013

Notes

[1vato nasondrotry ny tany : rochers poussés par la terre.

[2Au pluriel, car il ne s’agira plus d’un(e) seul(e) homme (ou femme) pour nous sauver.

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