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lundi 30 mars 2026
Antananarivo | 11h33
 

Politique

Une indépendance toujours illusoire, 79 ans après 1947

lundi 30 mars | Ikala Paingotra |  170 visites  | 3 commentaires 

Il y a 79 ans, les Malgaches avaient engagé une rébellion contre la colonisation française. Les actes français furent marqués par une sauvagerie paradoxale pour un pays se prétendant être la patrie des droits de l’homme. Des patriotes malgaches furent enfermés dans des wagon à Moramanga puis mitraillés. D’autres furent balancés vivants du haut d’un avion en vol. La répression lancée par la France pour mater le mouvement fit entre 11.000 et 100.000 morts coté malgache, selon les sources. La France s’évertuant à dédramatiser ce qu’elle a qualifié de simple “tabataba” orchestré par des “fahavalo”. Que tous ceux qui se gargarisent de leur 8 cms le fassent au moins en connaissance de cause.

Malgré la haute opinion que les Malgaches ont des événements de 1947, ceux-ci n’ont pas ramené l’indépendance, malgré la relative proximité de 13 ans avec 1960. Le retour à l’indépendance a essentiellement été le fruit de dynamiques géopolitiques, politiques et financières qui ont contraint le général de Gaulle à admettre que le maintien de l’empire colonial français était intenable. Le 26 juin 1960 n’a pas ramené l’indépendance, malgré la fête nationale qui est depuis rattachée à cette date. Le système mis en place par la France pour continuer à garder une emprise sur ses anciennes colonies n’a fait que donner des apparences d’indépendance à Madagascar. La frustration devant cette situation a été une des causes majeures des événements de 1972.

Mais la crise de 1972 n’a pas ramené l’indépendance, même si elle fut menée au son des revendications de malgachisation. Elle a favorisé l’émergence de Didier Ratsiraka en 1975, qui a embarqué le pays dans une république d’inspiration socialiste, avec des alliances avec le bloc de l’Est (notamment URSS, Corée du Nord, Cuba), malgré un discours officiel en faveur du non-alignement. Après plus d’une décennie d’errements économiques, le virage libéral pour tenter de sauver les meubles et le rapprochement avec le camp occidental ne purent lui éviter la crise de 1991.

Toutefois, la transition 1991-1993 ne ramena pas l’indépendance. Le mandat d’Albert Zafy à partir de 1993 fut émaillé de dérapages : affaire Flamco, relations polémiques avec un Prince du Liechenstein et le pseudo-prince Bassey du Nigéria, recherches de financements parallèles qui ont entraîné la rupture avec les bailleurs de fonds traditionnels. Cette accumulation de scandales savonna la planche sous les pieds du chirurgien, et favorisa le retour au pouvoir du iraika lahy taloha, l’Amiral Ratsiraka. Il exerça un mandat peu glorieux, marqué par la corruption, et la suspicion sur des fraudes lors de la présidentielle de 2001 le força à partir en exil après le coup d’État de février 2002 perpétré par Marc Ravalomanana.

Mais ni le coup d’État de 2002, ni celui de 2009 n’ont ramené l’indépendance. Dès 2018, les manigances des trolls russes dans le jeu politique malgache étaient révélé par la journaliste Gaëlle Borgia, ce qui lui a valu le prestigieux prix Pulitzer grâce à une collaboration avec le prestigieux New York Times. En 2025, les deux Rajoelina (Andry et Patrick) avaient pointé du doigt une ingérence étrangère dans la campagne visant à déstabiliser le régime, sans mentionner de nom. C’est Rinah Rakotomanga, dans une de ses dernières interventions télévisées, qui a osé nommer les Russes.

Les étranges appuis d’étrangers

Depuis 1960, tous les chefs d’État qui se sont succédé ont montré à des degrés divers et sous des formes variées leurs alliances internationales, à commencer par Tsiranana qui entretint avec bonheur des relations néo-coloniales avec la France. Les amitiés socialistes de Ratsiraka ont déjà été abordées. Dans un souci d’efficacité, Ravalomanana s’entoura de collaborateurs allemands et américains, y compris à la tête des sociétés nationales phares qu’étaient Air Madagascar et la Jirama, reflétant sa proximité avec le monde anglo-saxon, même s’il a privilégié le côté économique et non le politique. Ce furent des actes inacceptables aux yeux de beaucoup de Malgaches.

Le pire exemple de marionnette au profit d’intérêts étrangers fut sans aucun doute Andry Rajoelina, qui a insulté tous les Malgaches en quémandant la nationalité française alors qu’il était à la tête de l’État malgache. Il s’est également entouré de ses compatriotes dans son premier cercle, dont Gérard Perceau à qui l’on prête le blocage des dossiers Sahofika et Volobe pour des motivations peu claires. D’autres Français ont eu leur influence, tels que le haut fonctionnaire franco-polonais Patrick Rajoelina, l’affairiste Patrick Leloup qui s’était singularisé en traitant les Malgaches de babakoto dans un enregistrement audio, ou la kamikaze macroniste Lova Rajaoarinelina, venue en mission impossible sauver le soldat Rajoelina. Celui-ci affichait par ailleurs sans complexe sa proximité avec Nicolas Sarkozy, parrain de la Francafrique sous de nouvelles formes et de nouveaux visages.

Durant la transition 2009-2013 générée par son coup d’État, dans son souci effréné de reconnaissance internationale, Andry Rajoelina s’évertuait à s’afficher ou faire venir le moindre vazaha désireux de pointer ses oreilles à Madagascar, de Bernard Tapie à Neil Bush (le frère de George W.), en passant par le prince saoudien Prince Alwaleed bin Talal bin Abdulaziz Al Saud. Revenu au pouvoir en 2019, Rajoelina a accumulé les fleurs envers la France, qu’il avait choisie comme nouvelle patrie : par exemple, un emprunt de 152 millions d’euros pour un téléphérique werawera dans la Capitale. Retour d’ascenseur : c’est la France qui l’a exfiltré pour qu’il puisse prendre la fuite en exil, parait-il sur l’insistance de Nicolas Sarkozy auprès d’Emmanuel Macron.

Mais les alliés étrangers des chefs d’État malgaches n’ont pas été actifs dans le domaine politique uniquement. Dans le domaine militaire, il y a eu plusieurs anecdotes notables au=delà des coopérations militaires avec la France ou la Russie. En juin 2002, Didier Ratsiraka avait fait venir un avion rempli de mercenaires français pour l’aider à reprendre le contrôle du territoire malgache. Le coup a été éventé à temps et l’avion a été obligé de faire demi-tour. En 2009, Marc Ravalomanana avait fait venir des mercenaires sud-africains pour tenter de garder le contrôle de la Place du 13 mai. Tant en 2002 qu’en 2009, ces épisodes avaient fait scandale en étant perçus comme des atteintes à la souveraineté nationale. En 2026, le nouveau pouvoir affiche sans complexe son alliance avec les mercenaires russes. Signe des temps de la refondation, un chef d’institution s’affiche même avec des gardes de corps étrangers sans que l’armée malgache ne pipe un mot. Grande muette, sauf quand il le faut vraiment ?

Chaque chef d’État a donc eu ses amitiés intéressées pour raffermir son pouvoir, aux affinités pro-françaises, pro-anglo-saxonnes, pro-nord-coréennes et maintenant pro-russes. Ceci a eu des implications politiques et militaires. On rappelle enfin que les deux-tiers du budget de Madagascar sont fournis par l’aide internationale. Si cette situation est déplorable, elle montre aussi qu’en plus du caractère illusoire de l’indépendance politique, l’indépendance financière reste encore un vœu pieu. La seul différence d’un régime à l’autre, c’est la nationalité des groupes économiques courtisés et la composition des groupes politiques courtisans pour aider à faire face aux difficultés du pays, et accessoirement solidifier la présence au pouvoir.

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3 commentaires

Vos commentaires

  • 30 mars à 10:24 | canal baobab 13 (#11848)

    Que c est mequin sur le chirurgien...mesquin pour pas dire que tout est dit car le monde de 2026 commence à la chute du mur de Berlin et l homme au chapeau de paille avait ouvert les régions aux buizeness et toute la m...bi nationale bref les racistes qui venaient a vichy pigent pas hihihi.
    Bon j etais interdit de poster a plusieurs périodes ici..d ailleurs...mt était visé par ma plainte de novembre 23 dont je parle dans ma plainte du 30 12 24 partie civile 4 25 ...visible sur X poumarat13000 ...bref restons en bonne intelligence dans l intérêt de nos républiques respectives hihihi

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  • 30 mars à 11:14 | kartell (#8302)

    Une précision mérite de compléter ceci :
    « En juin 2002, Didier Ratsiraka avait fait venir un avion rempli de mercenaires français pour l’aider à reprendre le contrôle du territoire malgache. Le coup a été éventé à temps et l’avion a été obligé de faire demi-tour. »
    Les mercenaires étaient au nombre de douze (12) et l’avion, un Falcon 900 avait été stoppé à Dar es Salam, grâce à l’intervention, conjointe des services de renseignement français et de la communauté internationale, suite à des infos qui avaient fuité au cours du recrutement de ces mercenaires et de la logistique, nécessaire pour effectuer ce genre d’opération ..

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  • 30 mars à 11:18 | Jipo (#4988)

    Parler d’ indépendance : ça fait toujours bien, comme d’ autres parlent de "souveraineté", tant qu’ il s’ agit de souveraineté dérisoire, secondaires, pas de problème, par contre des qu’ on touche à la souveraineté économique, (voir monétaire), ou militaire ou médicale il n’ y a plus personne .
    Juste un exemple il est hors de question que la France vende à la Chine la moindre parcelle de terre (sauf quelques vignobles) par contre vendre tous les fleurons industriels, ou momuments historiques aux Qataris, Dubaïotes, ou Émiratis pas de problèmes allez comprendre ... ?
    Comment vous leurrer dans une pseudo indépendance quand vous etes tributaires de tous les bailleurs de fonds, pour ne pas dire la mafia économique mondiale ?
    Indépendance taratasy ...

    Répondre

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