Le gouvernement malgache revoit sa copie sur la fiscalité du riz importé. Le droit de douane de 20 % et la TVA de 5 % prévus sur le riz de luxe dans la loi de finances rectificative 2026 sont temporairement suspendus. Cette décision intervient alors que l’approche de la période de soudure fait craindre des tensions sur l’approvisionnement et les prix. Le ministère du Commerce reconnaît que la production nationale demeure insuffisante pour satisfaire entièrement la demande.
Ce recul place toutefois l’exécutif devant une équation budgétaire délicate. La taxation devait contribuer à l’effort de réduction de 290 milliards d’ariary de dépenses fiscales engagé dans le cadre des exigences du Fonds monétaire international. En maintenant l’exonération afin de protéger le pouvoir d’achat et de garantir suffisamment de riz sur le marché, l’État renonce provisoirement à une partie des recettes attendues. Il devra désormais concilier cet impératif avec ses engagements budgétaires.
La situation intervient après plusieurs mois difficiles pour la riziculture malgache. Les cyclones Fytia et Gezani ont perturbé des bassins de production en début d’année. Dans le même temps, l’accumulation de stocks avait entraîné une baisse des prix. Madagascar reste fortement dépendant des approvisionnements extérieurs : plus de 800 000 tonnes avaient été importées l’année dernière. Pour le seul premier semestre de cette année, 408 667 tonnes étaient déjà entrées sur le territoire, selon la Direction générale des douanes.
La suspension fiscale ne signifie cependant pas une libéralisation totale des importations. La ministre du Commerce, Haingotiana Andriamadison, entend maintenir le dispositif d’encadrement instauré depuis mars. Les opérateurs doivent notamment effectuer une déclaration préalable permettant à l’administration de contrôler les volumes envisagés et d’éviter des arrivées excessives susceptibles de déstabiliser la production nationale.
Le gouvernement conserve ainsi son objectif de réduction progressive de la dépendance extérieure. La production nationale devrait dépasser 5 millions de tonnes en 2026, contre 4,7 millions l’année précédente, portée notamment par l’intensification agricole. Cette progression ne suffit pourtant pas encore à rendre le riz local pleinement compétitif. Mauvais état de certaines infrastructures routières, difficultés d’acheminement, spéculation et surenchères autour des importations continuent de peser sur la filière. À l’approche de la soudure, l’exécutif privilégie donc la sécurité de l’approvisionnement, quitte à différer une mesure fiscale initialement présentée comme un levier de soutien à l’autosuffisance alimentaire.
-----




