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dimanche 15 septembre 2019
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Réflexion

Le livre à Madagascar

Prospective et perspectives, selon Michèle Rakotoson (suite)

mercredi 22 août 2007

Il faut aussi un bilan des possibilités humaines qui existent sur place :
Editeurs, maquettistes, auteurs, attachés de presse, bibliothèques…
Tout ceci étant envisagé, si possible en projets à taille humaine, projets dans lesquels les populations peuvent être impliqués, rien n’étant pire que le grand projet donné, les effets pervers de l’assistanat et du don n’étant plus à démontrer.

Un produit de luxe ?

Et le livre est actuellement victime de la politique d’assistanat, pire, il est devenu un produit « humanitaire ». A Madagascar, le livre n’est plus un produit d’éducation et de développement, c’est un produit de luxe pour nantis et un produit qu’on donne, pour les autres. La généralisation du don du livre, les systèmes de subventions données au coup par coup obèrent toute réflexion globale sur la création d’un marché du livre et d’une politique du livre à mettre en œuvre.

Or, toute société qui n’a plus d’écrivains, de chercheurs, d’essayistes, de documentaristes, donc de penseurs et de porteurs de réflexions sur la dite société est une société qui est condamnée à ne pas se renouveler, à ne pas évoluer et à persévérer dans les impasses économiques et autres.

En leur temps, dans les années 1930, les penseurs malgaches, autour du pasteur Ravelojaona avaient déjà réfléchis sur la question autour du mouvement « mitady ny very ».

La globalisation et la mondialisation étant ce qu’elles sont, le processus va s’accélérer. Le gouffre séparant les couches sociales alphabétisées et lettrées et les autres, les régions richement scolarisées et les autres, va s’aggraver avec des conséquences sociales qu’on ne peut prévenir.

Certes, le livre n’est pas la panacée universel, il peut être un instrument important parmi d’autres. Et c’est en terme d’outil d’éducation et de développement qu’il faut l’envisager : étant entendu qu’actuellement, le livre ne représente qu’une petite niche économique. Mais encore faut-il que cette niche soit en état de marche et qu’elle puisse se développer.

Quelle politique ?

Alors, quelle politique du livre ; éditer des livres ne suffit pas, il faut amener la population malgache à lire, la familiariser avec le livre, Et cela ne peut se concevoir qu’avec son adhésion.

Pour en revenir à ce qui a été dit le 8 mars 2007, il faut tenir compte d’un certain nombre de faits :
Actuellement le livre malgache, même édité à Madagascar est cher. On peut incriminer plusieurs facteurs pour cela, entre autre les coûts des intrants dans la fabrication du livre. On peut diminuer le coût du livre, en subventionnant partiellement le livre, en diminuant le coût des intrants, en impliquant ceux qui savent lire, dont la diaspora, en amenant celle-ci à des politiques de pré-achat, de participation à l’édition d’ouvrages locaux. etc, dans une démarche d’économie solidaire, économie solidaire ne voulant pas dire subventions à perte.
Mais la diminution du coût du livre semble ne pas devoir suffire, il faut une incitation à la lecture. Par la qualité esthétique du livre. Un lecteur ne peut lire et aimer qu’un livre qui lui « parle », d’où la nécessité d’un livre attrayant et correspondant à la réalité locale.

Dans ce cadre, un certain nombre de caractéristiques ont déjà été définies par les acteurs de terrain :
- la pratique notamment en matière d’alphabétisation montre que le public cible demande :
- qu’il y ait de la matière dans le texte, qu’il ne soit pas trop long : conte ou nouvelle…
- que ce texte soit écrit de manière simple pour être accessible à tous,
- que ce texte soit écrit en gros caractères.

Dans ce cadre là, il ne faut pas oublier la littérature orale (textes de Hira Gasy, textes de chansons…et les variétés dialectales ou variétés sociales du malgache).

La nécessité d’un réflexion sur le contenu du livre, car l’habitude ne viendra qu’avec la conscience que dans un livre on peut trouver la solution à ses problèmes (livres techniques), qu’un livre est un loisir qui aide à se développer (manita-tsaina).

Dans ce cadre là, le rôle des enseignants, des bibliothèques et des animateurs est primordial. Ceux-ci introduisent le livre au lecteur .

Promouvoir la lecture publique

Dans la politique du livre, il faut aussi promouvoir un certain nombre d’activités qui ont déjà cours notamment dans le cadre de l’alphabétisation : les livres dans l’animation rurale, les clubs de lecture, les émissions ayant comme objet le livre, les concours littéraires. Il serait bon de voir ce qui se passe ailleurs, notamment dans des pays comme le Mali, où la lecture publique est extrêmement développée, le Mali étant un pays où les caractéristiques économiques étant similaires à Madagascar.

Une politique de la lecture publique doit aussi être accompagnée par une politique culturelle adéquate, politique culturelle qui accompagne les efforts fait en matière scolaire.

L’effort d’accompagnement de l’éducation doit être global : On peut par exemple imaginer des solutions simples et peu onéreuses comme des mise en feuilleton radiophonique des classiques malgaches, revenant à la formule : tantara mitohy. Mais il serait bon que ces « tantara » soient accompagnés par des commentateurs et des débatteurs qui aident l’auditeur à cerner l’univers du livre, des émissions télés éducatives avec fiches illustrées pour les néo-alphabétisés.

L’illustration est primordiale

La réalité malgache a changé, les aspirations des jeunes aussi. Dans ce renouveau à imaginer, il faut trouver des auteurs. Littéraires, mais aussi d’auteurs de livres scolaires. Et dans ce cadre, on peut peut-être imaginer un appel en direction des jeunes chercheurs, en y incluant ceux de la diaspora.

(à suivre)

Michèle Rakotoson
Ce 16 aout 2007

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