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Tribune libre

Lettre des lecteurs

Pourquoi suscite-t-il autant de réactions ?

samedi 19 mai 2007

« Cet homme, je l’ai connu pour la première fois lorsque j’étais son élève. Il s’est improvisé alors comme professeur d’histoire et de géographie. Très peu pédagogique, je l’admirais cependant pour la synthèse de ses manuels d’histoire qu’il avait composés sur « les grandes civilisations » : les Etats-Unis d’Amérique, l’Union soviétique et différents systèmes politiques de l’époque. Le P. Sylvain Urfer puisque c’était lui, avait fait des études de sciences politiques. Je dois l’avouer, peu de personnes dans les classes où il enseignait n’arrivaient à atteindre son niveau. Personnellement, je pensais que pour avoir gré devant lui, il fallait être capable de lire le journal « Le Monde » tous les jours. On lui a trouvé des remplaçants plus accessibles pour les élèves du Collège où il enseignait.

Devenu son confrère, il n’était pas spécialement mon ami, mais je lui suis reconnaissant de ce qu’il nous avait formé dans un esprit de rigueur, d’objectivité. Devant la pauvreté des manuels d’histoire actuels je me désole qu’il n’existe pas plus de personnes aussi compétentes mais plus sociales. Son caractère germanique de discipline accentué par l’esprit critique français ne l’aidait pas à se faire comprendre par beaucoup de malgaches.

Mais pourquoi suscite-t-il aujourd’hui autant de polémiques ?

Son expulsion sous 48 heures, puisque c’est le mot qu’il faut employer, a réveillé pas mal de réactions dans l’opinion publique. La fébrilité du pouvoir et le zèle du gouvernement pour le soustraire à ceux qui voulait lui dire au revoir ont obligé à supputer les raisons pour lesquelles il a été renvoyé comme s’il était un criminel dangereux. Face au silence des autorités responsables de cette expulsion, on peut imaginer beaucoup de choses mais qui me paraît toutes invraisemblables. Est-ce que ce serait un pédophile ? Est-ce qu’il aurait fait un scandale public ? Aurait-il été lié à l’affaire Pety ? Ce sont des hypothèses que j’ai entendues dans la bouche des personnes qui ne le connaissaient pas. La manière dont il avait été expulsé pouvait justifier cela. Mais ceux qui le connaissaient savaient qu’on ne pouvait pas lui imputer ce genre de crime. Ou alors les conflits internes au sein de l’église catholique ont décidé de son expulsion, mais je ne peux comprendre que ce soit l’état malgache qui décide pour la hiérarchie catholique.

Délit d’opinion ?

Aurait-il été expulsé pour ses opinions politiques parce qu’il a été observateur de la vie publique comme l’ont été certains journalistes français expulsés dans les mêmes conditions : pas de renouvellement de visa. Est-ce que c’est devenue la façon de faire devant des manières de penser contrariante face au régime. Il est étonnant que les mass-média proches du régime actuel se taisent ou feignent d’ignorer ce cas devenu public car ils ne veulent qu’être favorable au régime actuel.

Mais dans l’opinion que se passe-t-il, les réflexions qu’il a suscitées ne sont-elles pas prophétiques ? Il a fait des remarques sur le fonctionnement d’un état démocratique : séparation des pouvoirs, laïcité de l’état. Ce sont des principes pour lesquels il s’est battu dans les communiqués du SEFAFI dont il était membre. Il contestait ainsi des lignes de la « constitution amendée ». La distanciation et l’indépendance de la hiérarchie catholique vis-à-vis du référendum pour la légitimation de cette constitution ont sûrement jeté un froid dans les relations de l’église catholique et de l’Etat. Mais dans l’opinion publique, qu’en est-il vraiment ? A regarder les chiffres officiels du ministère de l’Intérieur, ministère qui a expulsé le P. Urfer, à ce référendum une majorité d’électeurs aurait voté « Oui ». Mais lorsqu’on discute entre prêtres de diverses missions qui se réunissent, on se pose la question de la légitimité de la Constitution actuelle. A Mahajanga ville, le « Non » l’a emporté et pourtant lorsqu’on fait les totaux aux niveaux des régions et au niveau de la nation le « Oui » l’aurait emporté. Cependant, chez les Pères qui travaillent dans les petites localités de brousse, des interrogations se font jour alors sur la pertinence du vote en faveur du « Oui ». Ils ont observé la victoire du « Non » dans leurs localités. Vu les délais impartis à la préparation du référendum, personne n’avait été en mesure de faire des observations officielles objectives. Depuis longtemps, on a renoncé au bénévolat pour les observations des élections. Peu de personnes n’ont été en mesure de faire des observations crédibles. Seuls, ceux qui ont le pouvoir économique et politique pouvaient le faire. Mais dans ce cas précis, ces deux pouvoirs se mélangent et se confondent avec l’Etat. Il n’est qu’à voir sur la débauche des moyens médiatiques. Mais l’opinion publique ne se détache-t-elle pas de ce pouvoir ? Ce qui expliquerait la fébrilité de l’Etat à contenir dans l’œuf une révolte des mécontentents qui couve. Les conditions de vie d’une majorité des malgaches se détériorent alors qu’on favorise certains intérêts financiers.

R. P.

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