Depuis quelques temps, une formule revient dans la communication du pouvoir et de ses porte-paroles officiels et officieux, solelakistes [1] ou comptes fako : « aza mihaino ny mpamendrofendro », n’écoutez pas les esprits chagrins [2]. On l’a lue sur les réseaux sociaux, et on l’a même entendue de la bouche de certains dirigeants ces dernières semaines.
Cette réaction face aux critiques, y compris les plus justifiées, montre une incapacité à se remettre en question, et le choix de se cantonner derrière l’arrogance et le mépris. Là encore, c’est un recyclage de méthode de forongony : les auteurs de critiques sur Facebook n’avaient-ils pas été accusés par l’équipe de Rajoelina de ne représenter que “6% d’imbéciles” ? Les mots changent, mais l’insulte demeure. Là encore, comme partout ailleurs, le renouveau et la refondation sont des mots qui sonnent creux.
- Est-ce faire le mpamendrofendro de s’étonner des manœuvres illégales pour remplacer des juges afin de formater une Haute cour constitutionnelle malléable au vent nouveau ?
- Est-ce faire le mpamendrofendro de déplorer les intimidations des jeunes de la Gen Z à coups d’arrestations ?
- Est-ce faire le mpamendrofendro de remarquer que le valifaty politika est devenu une méthode de gouvernement ?
- Est-ce faire le mpamendrofendro de dénoncer tous les gaspillages d’argent public, y compris dans les prétendues opérations de promotion de la destination Madagascar sans aucune perspective stratégique ?
- Est-ce faire le mpamendrofendro d’être perplexe sur le manque d’adéquation formation / expérience / intégrité pour certaines nominations aux hauts emplois de l’État ?
- Est-ce faire le mpamendrofendro d’observer que les violations de l’État de Droit et des principes démocratiques deviennent un sujet récurrent ?
- Est-ce faire le mpamendrofendro de constater que l’emprisonnement de Mamy Ravatomanga n’a pas mis fin à la présence d’un “PDG” très actif dans les coulisses du pouvoir ?
- Est-ce faire le mpamendrofendro de voir peu à peu le pays mis dans l’escarcelle des Russes, alors que « notre » révolution d’Octobre avait pour but de mettre fin à la mainmise des vazaha sur le pays ?
- Est-ce faire le mpamendrofendro de se demander pourquoi l’utilisation de troupeaux de compte fake et de trolls, qui avait été reprochée aux dirigeants d’hier, est une méthode de “communication stratégique” par les pseudo-stratèges d’aujourd’hui ?
- Est-ce faire le mpamendrofendro d’arriver à la conclusion qu’avoir renversé Rajoelina ne signifie pas avoir renversé ses idées et ses méthodes ?
Tout ceci est inquiétant pour le présent et l’avenir du pays. Mais en réalité, rien de ceci n’est étonnant. Il est illusoire d’attendre d’un clan qui a pris le pouvoir de manière anticonstitutionnelle de se préoccuper de Droit, de redevabilité ou d’éthique politique. L’expérience Rajoelina nous a donné la leçon : les promesses de ceux qui ne sont pas passés par les urnes pour obtenir le pouvoir n’engagent que ceux qui y croient.
En réalité, accuser ceux qui critiquent de faire les mpamendrofendro est un mode de défense immature qui pousse à délégitimer l’exercice du sens critique, à n’admettre comme seule opinion acceptable que la louange du pouvoir, et à insinuer que toute autre expression serait une atteinte à la sûreté de l’État, allègrement confondu avec l’accroche du postérieur des dirigeants à leur fauteuil.
Traiter de mpamendrofendro ceux qui usent de leur sens critique pour dénoncer les dérives est une intimidation ; c’est une étape de la mise en place d’un arsenal répressif au nom de la dictature de la pensée unique. Elle explique les emprisonnements des auteurs d’opinions contradictoires, annonce la couleur à sens unique de la Concertation nationale à venir, et est prémonitoire de la qualité des futures élections. Ceux qui oseront alors parler de pressions et fraudes électorales pour favoriser les candidats d’État sont avertis : ils seront traités de mpamendrofendro par ceux qui n’arrivent à être que des mpampiesona.
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