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vendredi 14 août 2020
Antananarivo | 05h48
 

Reportage

Phénomène d’exclusion

La tradition : un facteur d’aggravation

vendredi 20 juillet 2007 | Alexandre L.

Clémence a 25 ans. Cela fait huit ans qu’elle vit à Antananarivo après avoir quitté son village natal situé quelque part dans le grand Sud-Est. Sa famille l’a rejeté à sa naissance car elle a eu le « malheur » d’être née jumelle. Retour sur un phénomène social en progression.

Le phénomène d’exclusion est en train de se développer à Madagascar. Suivant les critères donnés par différents ONG spécialisés, il prend diverses formes et touche de plus en plus les personnes vulnérables. Conventionnellement, l’exclusion sociale est la relégation ou la marginalisation sociale de personnes qui ne correspondent pas au modèle dominant d’une société. Elle n’est généralement ni véritablement délibérée, ni socialement admise, mais constitue un processus plus ou moins brutal de rupture progressive des liens sociaux.

Si l’exemple des personnes exclues le plus connu dans le pays reste celui des 4’Mi, ce phénomène concerne également les prostitués, les handicapés, les sans domiciles fixes. Ainsi les spécialistes annoncent que si la pauvreté actuelle prend encore de l’ampleur, il se pourrait que le nombre d’exclus augmente encore dans le pays. Déjà, la disparition de la classe moyenne est une preuve que la paupérisation gagne de plus en plus de terrain.

La première cause de l’exclusion sociale est donc économique, c’est le cas notamment dans les pays développés. En perdant son travail, un individu peut, du jour au lendemain, être rejeté à la rue avec les conséquences que cela induit. Une situation que la domination de l’individualisme renforce encore.

Toutefois à Madagascar, les choses sont quelque peu différentes. Du fait de la persistance d’une tradition de solidarité familiale, la perte de toute source de revenus ne signifie pas un rejet immédiat et total de l’individu. C’est pour cette raison que le nombre des « exclus » n’atteint pas des proportions aussi énormes qu’en Europe.

La faute aux traditions

Généralement, le processus menant vers l’exclusion se déclenche après un événement tragique sur l’itinéraire de vie d’un individu : perte d’emploi, d’un être cher…Mais à Madagascar, la tradition peut en être une cause. Le cas de Clémence est, dans ce cas, une illustration parfaire. Elle n’a pas commis une faute sociale grave qui explique son rejet. Elle n’a pas choisi d’être jumelle. Mais l’emprise de la tradition est telle qu’à sa naissance, elle est déjà condamnée.

Mais le plus grave, ce que l’exclusion sociale, en privant un individu ou un groupe d’une reconnaissance, nie son identité. Et lorsque l’on passe de l’état de fait au statut, alors s’opère un processus de stigmatisation. Autrement dit, tant que Clémence reste dans son univers social, elle est pointée du doigt comme une personne maudite. Elle ne peut pas ainsi accéder aux ressources sociales auxquelles une personne « normale » a droit : elle n’a pas le droit d’être élevé par ses parents, elle est privée de scolarisation…Bref, elle est « morte » socialement.

Actuellement, quelques organismes d’accueil s’occupent de ces « enfants maudits ». Mais pour survivre, beaucoup sont obligés de quitter leur région natale pour d’autres horizons plus accueillants. Mais privés du système éducatif même de niveau primaire, ils ne peuvent survivre qu’en marge du système économique. C’est pour cette raison que les filles, comme Clémence, sont obligées de se prostituer. Dans ce cas, au lieu de se relever, elles s’enfoncent encore dans l’exclusion – la prostitution étant toujours considérée comme une tare dans la société malgache. Et à partir de là, elles ne peuvent qu’être entraînées dans un cercle vicieux où la mort même n’est pas une délivrance. A sa mort, Clémence n’a pas droit à la sépulture familiale…

C’est dans ce sens que plus d’uns jugent que certaines traditions doivent être encadrées notamment par la loi. Selon une assistante sociale qui s’occupe de ces personnes exclues : « il est intolérable qu’au XXIème des individus sont rejetés du seul fait qu’ils sont nés au mauvais moment ! ». Ainsi, elle appelle l’Etat à se pencher sur le problème d’autant plus que récemment le Président de la République a évoqué certaines incompatibilités entre tradition et développement.

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