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Politique

L’Église catholique prend ses distances avec le régime

vendredi 29 juin 2007 | Héléna R. (Syfia Madagascar)

L’Église catholique malgache, qui jusque-là avait apporté son soutien au président Ravalomanana, prend ses distances avec le régime. Une position qui pourrait avoir des répercussions sociales tant cette Église joue un rôle humanitaire important à Madagascar.

Depuis le référendum constitutionnel au mois d’avril dernier, les relations entre l’Église catholique et le régime du président Marc Ravalomanana ne sont plus au beau fixe. Dans sa lettre pastorale à la veille de la Pentecôte, fin mai, le Conseil des Evêques malgaches a annoncé son intention de mettre fin à sa collaboration privilégiée avec l’État. Il estime en substance que cette coopération n’a pas porté les fruits attendus et souhaite trouver une autre forme de relation.

Le premier accroc s’est produit lors de la campagne du référendum constitutionnel. Le Conseil des Évêques avait alors jugé prématurée la date proposée par le chef de l’État, car l’ampleur des changements apportés au texte demandait, selon lui, un temps d’explication plus long afin que la population puisse les comprendre et voter en toute connaissance de cause. Après la proclamation des résultats, le Conseil avait renouvelé ses critiques, en affirmant que le faible taux de participation, notamment dans les grandes villes, lui avait donné raison.

Mais la goutte d’eau qui a fait déborder le vase a été l’expulsion du prêtre jésuite français Sylvain Urfer, le 12 mai. Longtemps curé d’une paroisse populaire de la capitale, celui-ci n’a pas toujours été en bons termes avec la commune urbaine d’Antananarivo, dont Marc Ravalomanana a été maire de 1999 jusqu’à son accession à la présidence en 2002. Ainsi, lors de la réhabilitation de la route d’Anosibe, en 2002-2003, le Père Urfer avait été rapidement écarté des réunions du comité préparatoire pour s’être fait le porte-parole des riverains. Après son expulsion, les autorités catholiques ont à plusieurs reprises demandé des explications au chef de l’État. En vain.

Politique et religion

À Madagascar, les relations entre l’État et les Églises sont traditionnellement assez étroites. Le FFKM, le Conseil des Églises chrétiennes de Madagascar (catholique romaine, protestante, réformée et anglicane) joue depuis une trentaine d’années un rôle très important dans la vie politique et sociale du pays. Médiateur accepté de tous, il n’hésite pas à prendre position. Lors de la crise militaro-politique de 2002, il avait ainsi soutenu Marc Ravalomanana contre Didier Ratsiraka. En guise de reconnaissance, l’actuel président avait renforcé la collaboration entre l’État et les Églises du FFKM, finançant plusieurs de leurs projets de développement, réhabilitant des édifices religieux, des écoles ou créant des routes et des points d’eau proches de leurs domaines. Comme les autres cultes, l’Église catholique a bénéficié de ces fonds et reçu par exemple 1,2 milliard de francs malgaches (près de 80.000 Euros) pour construire un centre social près de la capitale et 800 millions de Fmg (près de 53.000 Euros) pour bâtir un abri pour les pèlerins.

L’Église catholique, qui compte le plus de fidèles dans le pays, se distingue par sa participation active dans le domaine social, surtout l’éducation et la santé à travers les écoles et les centres sociaux. Selon la direction nationale de l’école catholique et la CARITAS Madagascar, elle a sous son autorité plus de 200 formations sanitaires, dispensaires, dépôts de médicaments et hôpitaux et dirige 3.210 écoles. Les fidèles sont régulièrement invités à participer plus activement au financement de ses projets sociaux pour qu’elle puisse continuer à assister les plus pauvres qui dépendent presque exclusivement de ces aides notamment dans le domaine de la santé.

Compte tenu de cette forte implication sociale de l’Église catholique, les tensions actuelles sont-elles de nature à remettre en cause les projets de celles-ci ? Les ponts ne sont pas coupés entre l’État et l’Église catholique, rassure M. Rabemanahaka, directeur de la Cellule de coordination des projets de relance économique et d’action sociale, agence d’exécution du gouvernement, qui dit avoir reçu récemment une liste des projets prioritaires des paroisses catholiques.

La fin de la laïcité

Le président de la République, qui est également vice-président laïc de l’Église réformée, a été à plusieurs reprises critiqué par les membres de l’opposition pendant son premier mandat pour ses relations trop étroites avec les Églises. La récente réforme vient d’ailleurs de rayer le mot laïcité de la Constitution. La prise de distance de l’Église catholique avec le régime survient donc paradoxalement au moment où le rôle de la religion pourrait s’accroître à Madagascar. Ce changement d’attitude est apparu depuis la nomination du nouvel archevêque d’Antananarivo, Odon Razanakolona, moins proche du président que son prédécesseur.

Jusqu’à présent, les trois autres composantes du FFKM n’ont pas pris ouvertement position pour ou contre le désir d’émancipation manifesté par l’Église catholique.

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