Facebook Twitter Google+ Les dernières actualités
samedi 3 octobre 2026
Antananarivo | 10h03
 

Politique

Il faudra plus que des mots pour combattre la corruption

samedi 3 octobre | Ndimby A., Patrick A. |  65 visites  | 2 commentaires 

Durant les derniers jours, le colonel Michaël Randrianirina a multiplié les déclarations sur sa volonté de lutter contre la corruption. On ne peut que s’en féliciter tout en rappelant, sans perfidie aucune, qu’il n’est pas le premier à prendre de tels engagements et qu’il ne sera certainement pas le dernier.

Le chef de l’État sait donc que les Malgaches en ont vu de toutes les couleurs en matière de promesses dans ce domaine, mais que le temps a mis à nu le grand écart entre les paroles et les actes. Il est donc dans son intérêt de veiller à démontrer qu’il a une approche différente au nom de la Refondation. Il y a en particulier trois axes sur lesquels il peut faire une différence, s’il en avait vraiment envie.

Le premier point est la fin de l’impunité, en d’autres termes l’abandon de la protection des copains qui ont fait les coquins. Marie Michelle Sahondrarimalala et Rinah Rakotomanga ont payé de leur liberté le fait d’avoir tenté de reprendre le flambeau des partisans de Rajoelina juste après sa fuite en exil. Il paraît qu’il y a des dossiers contre elles qui justifient leur arrestation et leur emprisonnement. Soit. Cela n’empêche pas de se demander si les poursuites reposent sur un contenu réel, ou sont juste une vengeance contre leur tentative d’animer la résistance aux premiers jours de la junte.

Il y a en effet des situations qui interrogent. Plusieurs autres hiérarques du régime de Rajoelina ont de véritables dossiers (écrans plats, racket de justiciable), mais n’ont jamais été inquiétés par les nouvelles autorités. La quête d’impunité explique-t-elle le ralliement de certains députés traînant des casseroles avérées aux nouveaux regroupements de parlementaires soutenant la Refondation ? On se demande également qui protège, et pour quelle raison, Lanto Rakotomanga et accessoirement Dina Andriamaholy, tous deux impliqués dans l’emprisonnement arbitraire de Rolly Mercia sur la base d’une calomnie. Enfin, le silence de la Justice malgache dans l’affaire Romy Voos, pourtant condamnée pour corruption par un tribunal britannique, laisse perplexe. Tous ces dossiers autorisent des questions sur le pourquoi et le comment d’une justice borgne à double vitesse envers les forongony : un œil grand ouvert sur les velléitaires de résistance politique, un œil fermé sur ceux qui ne font pas de vagues ou, pire, acceptent de retourner leur veste pour se protéger.

Le deuxième point est la mise en place de réels contre-pouvoirs. Si un régime était réellement désireux de lutter contre la corruption, il donnerait une véritable indépendance aux structures de contrôle telles que le Bianco, le Samifin, ou l’Inspection générale de l’État. L’actuelle mise sous tutelle de la Présidence signifie beaucoup de choses en termes de verrouillage des enquêtes lorsqu’elles s’approchent de trop près des intérêts du clan présidentiel. Fait unique suffisamment remarquable pour être mentionné : l’arrestation de la toute-puissante Claudine Razaimamonjy, alors directeur de cabinet du président Rajaonarimampianina. C’est à l’honneur des éléments du système judiciaire qui ont traité le dossier, et à l’honneur du chef de l’État de l’époque de ne pas avoir cherché à protéger sa collaboratrice par tous les moyens.

Notons que ce n’est pas la multiplication de structures parallèles comme le Pôle anticorruption qui devrait être la solution, mais plutôt l’assainissement de l’existant par une compréhension plus saine de la séparation des pouvoirs et par un système crédible de sanctions. La Justice devrait être un refuge : à quelle structure judiciaire pourrait s’adresser en toute confiance un justiciable qui estime que ses droits sont menacés, voire bafoués, au milieu des magistrats, policiers, gendarmes et gardes pénitentiaires qui n’ont pour réel objectif que de le presser comme un citron jusqu’au dernier centime ?

Le troisième point est un profond assainissement du financement de la vie politique. La révision systématique de la loi électorale après chaque grande crise s’est cristallisée dans les us et coutumes du pays. Mais le mode de financement des partis et des campagnes électorales demeure lui un sujet tabou, alors que l’argent coule à flot et que les sources de financement ne sont quasiment jamais révélées.

Sur le papier, quelques lois existent, mais la Commission de contrôle du financement de la vie politique (CCFVP) avoue son impuissance face au mépris manifesté par l’ensemble de la classe politique. Lors des dernières élections sénatoriales (2021), aucun des candidats n’a pris la peine de remplir ses obligations de déclaration. Rien d’étonnant dans de telles conditions que kleptomanie et capture de l’État par des intérêts privés ne suscitent plus guère que de l’indifférence.

Il y a donc beaucoup de déclarations contre la corruption. On laissera aux solelakistes et aux comptes fako à la solde du pouvoir le soin d’applaudir les déclarations d’intention. Pour notre part, nous préférons ne pas écarter de nos mémoires l’exemple de tous les politiciens pour lesquels le temps écoulé a toujours permis de mesurer le grand écart entre actes et paroles.

L’on veut bien donner au chef de l’État le bénéfice du doute (ce qui n’exclut nullement les questionnements), ainsi qu’au Premier ministre dont notamment le passage au Bianco a laissé le souvenir d’un homme de valeur. Mais le système politique est ce qu’il est, marqué par les alliances nécessaires avec les corrompus du système politico-mafieux qui finance les campagnes et la propagande, la nécessité de composer avec les grandes gueules pas nécessairement intègres mais qu’il faut éviter d’avoir contre soi, et le chant des sirènes qui invitent à se souvenir qu’un poste politique est un siège éjectable qu’il faut capitaliser rapidement.

Les acteurs politiques qui veulent perdurer au pouvoir doivent donc s’adapter. On attend avec curiosité de voir comment les deux têtes de l’Exécutif vont-elles alors allier les actes aux belles paroles en matière de lutte contre le fléau de la corruption. Et comment le contrôle citoyen pourra et voudra effectivement s’appliquer.

-----

2 commentaires

Vos commentaires

  • 3 octobre à 09:33 | Turping (#1235)

    Il faut plus de mots pour combattre la corruption de même plus de mots pour mettre en exergue les vraies actions pour combattre la pauvreté collective car avant de prononcer le symptôme il y a la causalité inhérente .
    – Prenons l’exemple des délestages ayant provoqués la chute de Rajoelina ,ces problèmes auxquels la population vit au quotidien dans l’instabilité économique ,inconfort ,difficultés à résoudre le minimum au quotidien ,......avant de blablater Colonel ,choses qu’il fallait résoudre depuis votre arrivée au pouvoir urgemment .
    – Les 80% de la population vivent sous le seuil de la pauvreté ,donc tout le monde est obligé de vivre avec l’économie souterraine avec le système de l’économie informelle pour survivre et et arrondir la fin du mois avec la corruption .La problématique est là ,comment le pallier avec une thérapie palliative structurelle ?
    – Dans l’état actuel des choses les délestages touchent tout le monde et durent jusqu’à 5 heures /jours .Dans les hôpitaux où il n’y a pas de groupes électrogènes ,on laisse les nouveaux nés prématurés mourir et les personnes qui sont dans la difficulté respiratoire , ???

    Répondre

    • 3 octobre à 10:03 | tonga soa (#11899) répond à Turping

      Oui mais le 14 octobre il y a une nouvelle fête à....fêter avec feux d’artifices et défilé militaire. Déjà certains qualifient le Colon comme un génie et l’applaudissent.

Réagir à l'article

Forum sur abonnement

Pour participer à ce forum, merci de vous connecter avec l’identifiant personnel qui vous a été fourni. Si vous n’êtes pas enregistré, vous devez vous inscrire.

Publicité




Newsletter

[ Flux RSS ]

Suivez-nous

Madagascar-Tribune sur FACEBOOK  Madagascar-Tribune sur TWITTER  Madagascar-Tribune sur GOOGLE +  Madagascar-Tribune RSS 
 
{#URL_PAGE{archives}}