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lundi 21 octobre 2019
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Lu ailleurs

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Et si les Africains avançaient malgré leurs dirigeants ?

mercredi 21 août

C’est sur le continent africain que l’on dénombre le plus grand nombre d’États défaillants en 2019, selon le rapport de « Fund for Peace ». En effet, à partir de plusieurs critères qui comprennent notamment les inégalités économiques, les services publics, la pression démographique et migratoire, on observe que 31 États en Afrique sont considérés comme fragiles et 23 comme défaillants. Dans un tel contexte, comment appréhender les politiques de développement ?

Et si l’État ne fait pas sa part ?

Bien qu’ayant tous leurs spécificités, les pays africains partagent des similitudes. Si certains États, comme la Somalie ou le Soudan, sont confrontés à des conflits armés chaque jour plus meurtriers, d’autres font face à des défis « moins meurtriers » certes, mais non moins graves. Le constat reste le même : chaque État a de grandes difficultés à subvenir aux besoins basiques de sa population et à assurer son développement durable et résilient. Les populations sont-elles condamnées à attendre l’arrivée de dirigeants providentiels ?

Aujourd’hui, la population en Afrique continue d’accroitre à vitesse grand V et constituera le quart de l’humanité en 2050. Les projections de la Banque mondiale indiquent que le continent africain concentrera en 2050 près de 90% des personnes vivant dans l’extrême pauvreté. D’évidence, dans un tel contexte, la responsabilité du développement de l’Afrique doit passer par la population qui devient la responsable « par défaut ». Ce n’est pas une tâche facile dans un environnement où toutes les croyances convergent vers la toute-puissance de l’État. Mais que faire si cet État est fragile ou défaillant ? Tous les espoirs risquent s’effondrer et l’attentisme devient un crime. Ce n’est certes pas politiquement correct de le dire, mais la mauvaise gouvernance est plus mortelle que les guerres. Elle est le pire ennemi du développement. Ainsi, l’avenir du continent se doit de reposer essentiellement sur sa population. C’est une question de survie et de dignité. La voie à suivre repose sur un modèle de développement dit « bottom-up » c’est à dire du bas vers le haut, venant de la population, et non de haut en bas via l’Etat. Comment ? Il peut s’agir de projets innovants menés par des populations avides de changement, d’autant que la faculté d’innovation est un trait que l’on retrouve chez beaucoup de jeunes entrepreneurs en Afrique. Certaines personnes n’ont pas attendu l’arrivée de cet homme ou de cette femme providentiel(lle) à la tête de leur pays et ont créé par elles-mêmes des initiatives qui ont créé de la richesse pour leur pays tout en agissant positivement sur l’environnement.

Le développement « made » par les populations

Auparavant, Manners Mukuwiri, ce Zimbabwéen handicapé, luttait au quotidien pour gagner sa vie et même survivre, jusqu’à ce qu’il décide de transformer des déchets qu’il ramassait en art. Aujourd’hui, il en a fait son métier car à partir de cannettes et capsules usagées, il crée des œuvres d’art uniques reconnues et les vend à prix forts à des acheteurs internationaux.

Au Ghana, une initiative locale et inspirante, Ghana Bambou Bikes, menée par une jeune Ghanéenne, Bernice Dapaah, permet à la population d’acheter localement des vélos en bambou. S’inscrivant dans une logique de développement durable, ces vélos robustes, écologiques et à prix abordables, réduisent l’impact environnemental et favorise la création d’emplois pour les populations rurales, notamment les femmes, particulièrement touchées par la pauvreté. Cette idée innovante a déjà séduit de nombreux jeunes entrepreneurs à travers le continent et laisse percevoir un avenir meilleur.

Dans la capitale nigérienne, l’accès à l’éducation et son coût sont des problèmes récurrents qui impactent de nombreuses familles. Afin d’apporter une solution, Alexander Akhigbe a développé un projet à la fois environnemental et sociétal : le Recycle Pay Project . C’est la première fois en Afrique que des parents ont désormais la possibilité de payer les frais de scolarité de leurs enfants avec des déchets plastiques. Plus il y en a, moins ils payent. Comme le précise l’initiateur de ce projet, « Les bouteilles en plastique ne sont plus vues comme un simple déchet mais comme une solution ». Ainsi, cette initiative répond à une logique éducative pertinente sur les plans sociaux et environnementaux.

Enfin, dans un quartier de Dar es salaam en Tanzanie, Christian Hafidh Mwijage, entrepreneur de 32 ans, s’est lancé un défi ambitieux et inspirant : recycler toutes sortes de déchets plastiques pour les convertir en bois d’œuvre synthétique afin de protéger l’écosystème en réduisant la déforestation tout en faisant vivre des communautés de villageois. C’est un pari réussi car aujourd’hui Christian est directeur de la start-up Eco Act Tanzania. Des collectes sont régulièrement organisées à travers la capitale, et en fonction du poids, les habitants reçoivent en échange soit une somme d’argent, soit la possibilité d’obtenir une couverture santé dont peu de familles pauvres disposent. Christian Hafidh Mwijage ne veut pas s’arrêter là et aspire à débarrasser l’environnement de plus de 100 000 tonnes de déchets plastiques destinés à remplacer le bois et le métal. Cet objectif permettra de protéger 250 hectares de forêt et de prévenir l’émission de 2500 tonnes de CO2 dans l’atmosphère.

Tout en étant en harmonie avec l’environnement, ces quatre projets illustrent parfaitement ce modèle de développement dit « bottom-up » qui démontre l’importance d’innover sans forcément attendre l’intervention de l’État. La bonne nouvelle est que, selon la Banque mondiale, le continent africain est celui où les femmes ont le plus l’esprit de l’entreprenariat. C’est donc un terreau favorable.

Un exemple à suivre : la légende du colibri

La promotion d’initiatives locales et originales est l’un des seuls moyens d’assurer le développement du continent. Prenons comme exemple, la légende amérindienne du colibri, ce petit oiseau qui allait chercher quelques gouttes d’eau avec son bec pour les jeter sur l’immense feu qui ravageait la forêt. Son action provoqua un agacement de la part des autres animaux qui, terrifiés, observaient impuissants le désastre. Un tatou demanda alors au colibri : « Colibri ! Tu n’es pas fou ? Ce n’est pas avec ces goutes d’eau que tu vas éteindre le feu !  ». Le colibri lui répondit : « Je le sais, mais je fais ma part. »

Cette légende s’avère être source d’inspiration pour toute la population en Afrique, moteur réel du développement. Chacun a le potentiel de faire sa part pour fuir la pauvreté. Chaque action a son importance. Cette part peut paraître insignifiante mais il n’en est rien puisque c’est l’engagement général et la somme de toutes les actions qui importent.

Christian Hafidh Mwijage, fondateur et directeur de Eco Act Tanzania, l’a bien compris et précise : « Je vois le monde pleurer face au changement climatique mais tout le monde devrait jouer un rôle dans les réponses à y apporter ; peu importe l’importance de son impact. On ne devrait pas pleurer. Face au changement climatique on devrait agir. » Ces propos sont encore plus vrais lorsque l’État ne joue pas son rôle.

Marie Davoine, étudiante à King’s College London, MA in International Conflict Studies.

Article publié en collaboration avec Libre Afrique

9 commentaires

Vos commentaires

  • 21 août à 10:40 | nez_gros (#10715)

    C’est quoi le game ? L’avenir de l’Afrique c’est dans le recyclage de dechets ? recycler les dechets chimique, recycler les dechets plastiques ?

    On nous prend vraiment comme des gros chez les gros !

    L’avenir de l’Afrique est simple, comme on a fait à Maduro, et aux dirigeants Russe, INTERDICTION BANCAIRE, et INTERDICTION DE SEJOUR aux Dirigeants Africains qui ont pillé leurs pays.
    Remmettez les à leurs peuples respectifs, c’est à nous de les Juger et emprisonner, et demander le remboursement integral de l’argent volé.

    sinon, GAME WILL BE OVER, pour tous les Africains

    • 21 août à 13:08 | nez_gros (#10715) répond à nez_gros

      Pourquoi l’europe et l’amerique donnent à ces dirigeants pilleurs et pourris, l’asile ou le séjour sur leur sol ? et s’ils ont la nationalité, pourquoi on ne le juge pas comme cahuzac ? vous ne voulez pas vous meler ? et pourquoi vous vous melez de Kim, de Maduro, de Vladmir, de Carrie Lam,de Mugabe etc...?

    • 21 août à 14:07 | PERICLES (#10337) répond à nez_gros

      OUI incontestablement vous avez raison ! Et la pression sur ces dirigeants corrompus devrait être sans concession.
      MAIS dans le même temps ne balayez pas trop vite les idées de cet article qui tente de semer quelques graines d’espérance (car l’assainissement des dirigeants c’est une quête du Graal qui se poursuit depuis des années et même si des progrès ont été faits, par exemple avec le tribunal pénal international, il reste encore beaucoup de chemin à faire...). Encourager, soutenir, valoriser les initiatives individuelles ou collectives nées dans la "société civile" ce n’est certes pas suffisant pour transformer la vie quotidienne de tous les africains, mais c’est avancer, c’est améliorer, c’est montrer la voie. Ce n’est pas en restant assis sur le bord du chemin que l’on avance et encore moins en attendant que d’autres créent les conditions rêvées. Cela ne sera jamais suffisant pour sortir l’Afrique ou même Madagascar de l’ornière mais c’est déjà avancer un peu vers un avenir meilleur. Semer de l’espérance est toujours meilleur qu’attiser les braises pour donner des armes et manipuler des foules au service d’intérêts autres que la seule cause qui vaille, celle de l’Homme.

  • 21 août à 14:37 | olivier2 (#9829)

    quel baratin malgaso malagasy..

    quelle hypocrisie endémique..

    les "dirigeants corrompus" sont des fils et filles de malagasy africains...

    l’espérance est l’argument ultime des manipulateurs pour leur faire croire que la terre est plate..et que rien n’est de la faute de personne !

    et le gugus OSE s autoproclamer PERCICLES !

    Rakotopericles..là d’accord..

    question d’honnêteté

    MDR

  • 21 août à 14:39 | kartell (#8302)

    En lisant cet article, on pourrait s’illusionner à imaginer qu’il y aurait une solution à l’émergence africaine en court-circuitant le pouvoir politique au seul profit d’initiatives citoyennes puisque les indépendances n’ont apporté que misère et pauvreté au milieu d’une natalité galopante....
    Mais les rustines proposées sont d’une telle minceur qu’on pourrait se demander si nous ne serions pas plus proches d’un enfumage tiers-mondiste que d’une réelle vision d’avenir, à sens unique ?...
    Faire des déchets la société de consommation, une source potentielle d’avenir pour les plus faibles laisse sceptique surtout en imaginant qu’elle puisse se généraliser fait part d’un optimisme qui demanderait à consulter rapidement !....
    Déresponsabiliser une classe politique mercantile en la dédouanant de ses lourdes responsabilités au profit d’initiatives inspirées par l’obligation de survie donne à cette société fantasmée une vision que les indépendances, mêmes, n’auraient pas imaginé mais engrossé ?
    Aujourd’hui, le recyclage a le vent en poupe au sein d’une consommation jusqu’ici sans entrave qui se heurte à cette nouvelle ère de réchauffement climatique qui fait trembler les occidentaux et fait réfléchir les multinationales au profit futur qu’elles pourront tirer de cette redistribution des cartes !..
    Le continent africain porte la croix de ses indépendances en posant à la planète une urgence de développement qui peine à trouver sa voie en dépit des sauveteurs locaux auto-proclamés qui privatisent le leur, tout en appauvrissant leurs victimes de plus en plus nombreuses !....
    Faire de ces boulots de miséreux et insalubres une voie possible d’accession à une échelle sociale grippée paraît des plus douteux dans un contexte où le déchet plastique n’est qu’une infime partie de tout ce qui contribue à la dégradation du paysage africain et à celle du cadre de vie de ses habitants..
    Mais, il est vrai qu’il est plus facile de palabrer sur ce sujet tendance que de remettre en cause les politiques menées par des dirigeants dont le souci n’est pas celui-là mais dans l’obsession de se maintenir le plus longtemps possible au pouvoir !..

  • 21 août à 20:19 | diego (#531)

    Bonjour,

    Il n’est tout simplement pas possible de développer un pays à l’absence d’un État et des Institutions solides.

    Beaucoup des dirigeants africains et des politiciens africains et malgaches oublient que ce sont l’Etat et les Institutions qui ont la capacité Politique de faire des grands Investissements, dans l’Energie, électrifier le continent par exemple, dans l’Education et la Santé.

    L’Afrique est riche en matière première, et il a beaucoup d’espace, mais la nuit, il est sombre et la population a faim.

    Il faut que l’Europe se réveille et vite pour venir vite en aide l’Afrique et Madagascar. Un plan Marshall pour l’Afrique est très entendu et ce serait bénéfique pour l’Europe et l’Afrique :

    - l’Afrique et Madagascar n’ont pas d’histoire en commun, surtout pas la langue, de travail et de business, anglais, français, avec la Chine et l’Asie.

    L’Afrique et Madagascar ont un système politique démocratique, où le multipartisme, les pouvoirs sont clairement très bien définis, rythmés par les calendriers électoraux, les gens sont libres, les paroles sont libres, les médias sont libres, la censure est dénoncée, la culture s’exprime librement :

    - ce n’est pas le système et la tradition en Chine, ou en Russie, qui veulent bien aussi investir massivement en Afrique.

  • 21 août à 21:02 | Ibalitakely (#9342)

    Vous savez qu’avec des SI on peut mettre Paris dans une bouteille & ... Madagasikara dans un panier à crabes.

  • 22 août à 09:20 | Turping (#1235)

    Sujet très intéressant en parlant la part et l’émancipation de chaque individu au développement en dehors de l’état qui devrait assumer ses responsabilités (institutions fortes ,justice crédible et indépendante non corrompue etc...) .La masse populaire ne devrait pas être considérée comme les moutons de panurge .

  • 23 août à 23:40 | titynana (#10701)

    lahatsoratra tsara

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