On sait, on sait, les râleurs et les pisse-froid vont encore dire « lorsque le bateau coule, on ne rigole pas » et boycotter la tradition de l’édito léger du Samedi. Mais les musiciens du Titanic ont paraît-il continué à jouer alors que le bateau commençait à giter sérieusement. Notre pays n’en est peut-être pas là, quoique, avec un capitaine qui n’a aucune connaissance de la navigation...
Stop, stop. Georges et Patrick, ça suffit, on a dit que le Samedi on rigole. Pardon.
Vous nous connaissez maintenant, on ne rigole pas avec l’humour, c’est tellement mieux de faire de l’humour avec sérieux que de se prendre au sérieux tout court. L’humour peut être un excellent substitut au sérieux, tout comme les pizzas peuvent être un remplacement valable d’un repas italien parié, ou un repas coréen à Behoririka ou à Isoraka devenir un ersatz acceptable à une présence de Ban Ki Moon au pays.
Et la Saint Valentin peut être un excellent substitut aux mpanendaka et mpamaky trano [1]. Si les uns s’attaquent à votre portefeuille et vos biens dans les petites ruelles, le 14 février s’en prend à votre revenu entre les fêtes de fin d’année et la fête des mères. Et certaines « promotions » commerciales ont tout l’air de coups de massues. À nous qui croyions que l’idéal était de vivre d’amour et d’eau fraîche, les marchands de rêve, de nourriture et de sommeil s’empressent de rappeler qu’une lourde addition peut être une manière aussi efficace qu’une Kalachnikov d’impressionner notre moitié.
Mais il n’y a pas que les confiseurs, restaurateurs et hoteliers qui s’intéressent à vous avec des forfaits à 500 000 Ariary. Les parfumeurs vous rappellent que l’argent peut avoir une odeur. Ainsi, la liberté n’a pas de prix, mais « Free » de Calvin Klein s’affiche à 118 000 Ariary pour 30 ml. Et les « tontons » généreux devront se délester de 308 000 Ariary pour payer à leur lolita chérie 80 ml d’un elixir homonyme de Lolita Lempicka. Quant à « Trésor » de Lancôme, son prix public parait bien éloigné à ceux qui touchent leur paye au bureau du même nom à Antaninarenina.
Bizarrement, les fleuristes restent discrets comme des violettes, mais vendeurs d’ordinateurs et de téléphones portables carburent à pleins megahertz. Mais la palme du pragmatisme sera décernée sans aucun doute au marchand de matelas qui, comme tous les autres commerçants, aura lancé sa promotion Saint Valentin. Manière sans doute de capitaliser, au sens propre du terme, sur les intentions cachées ou avouées de beaucoup de finir la soirée à l’horizontale.
Eddy Mitchell chantait « pas de boogie woogie, avant de faire votre prière le soir », alors si ne voulez pas prier avant, eh bien, faites votre boogie woogie le matin ou l’après-midi. Élémentaire, non ? Et plus économique que de courir les magasins.
Bonne Saint Valentin à tout le monde, et les amoureux, soyez sérieux. Attention au champagne, il peut avoir des effets aussi anaphrodisiaques que tout autre alcool.





