SUGGESTIONS A M. OUEDRAOGO MEDIATEUR DE L’UA
POUR UNE FIN DE MISSION HONORABLE
Saluons d’abord les efforts du GCI (Groupe de Contact International) pour sortir Madagascar de la crise ; ils méritent franchement d’être loués. Par contre, force est de reconnaître qu’ils sont malheureusement voués à l’échec. Une analyse simple et sommaire permet de corroborer cette pensée. En fait, la dialectique peut s’inscrire à travers 2 préceptes, l’un subjectif et l’autre objectif. Après avoir mis en exergue ces 2 clichés, proposons les solutions possibles.
Au plan subjectif, en deux mots pour ne pas rallonger, disons tout simplement que le problème de Madagascar par rapport à l’Afrique peut se résumer à celui de la Turquie par rapport à l’Union Européenne. Personnellement ; je comprends l’opposition de Sarkozy à l’entrée de la Turquie à l’UE alors qu’on permet à ce pays d’évoluer au championnat d’Europe et participer à la coupe d’Europe. C’est que la proximité géographique n’explique pas tout. Il en est de même, Madagascar et l’Afrique n’ont pas forcément les mêmes valeurs, la même culture, la même conception et vision des choses. Déjà, la résolution de la crise entre Malgaches et par des Malgaches constitue une problématique profonde ; à plus forte raison par un Africain ; alors là, il y a quand même un trop grand écart difficile à rapprocher.
L’angle objectif pour sa part, implique de poser la question de savoir, « Est-il raisonnable de faire encore appel à des mouvances qui ont mis le pays dans la situation de crise grave actuelle et qui ont déjà été rejetées par le peuple ? » Là, on est en train de faire fi complètement de la volonté populaire. Où est donc la vraie démocratie ?
Par ailleurs, le fait de confier aux 4 mouvances la solution à la crise, ne peut qu’aboutir inévitablement à un échec. En fait, la question de l’amnistie constitue un blocage insoluble. Insoluble parce que tout repose sur la notion de pouvoir ; Andry Rajoelina ne cèdera jamais sur ce terrain car il veut à tout prix garder le pouvoir. Ravalomanana et Ratsiraka l’exigent absolument car ils souhaitent reprendre le pouvoir. Tous ces gens ne pensent qu’à leurs intérêts personnels, rarement celui du pays. Voici donc les solutions que je propose :
1°- C’est un problème malgacho malgache, concernant un pays souverain, indépendant, libre et autonome ; laisser aux Malgaches eux-mêmes le soin de résoudre leurs propres problèmes. Vous souhaitez le retour à l’ordre constitutionnel dans les plus brefs délais, les élections sont prévues avant la fin de l’année. Vous souhaitez un accord consensuel et inclusif, ça veut dire quoi consensuel et inclusif ? Ça veut dire avoir le consensus des autres et ne pas fermer mais ouvrir à tout le monde ; la conférence nationale est prévue le 24 Août prochain ; elle est ouverte à tout le monde ; alors si il y en a qui ne veulent pas venir, on ne peut pas les forcer ; et ce sera tant pis pour eux.
2°- Ne pas faire intervenir ceux qui ont provoqué la crise actuelle, c’est-à-dire les 4 mouvances Rajoelina-Ravalomanana-Zafy-Ratsiraka. Faire appel à la société civile et éventuellement aux autres partis politiques non impliqués dans la crise actuelle pour superviser le bon déroulement de la conférence nationale qui tranchera ; ce qui évitera une décision unilatérale de la HAT.
3°- Le rôle du GCI devrait se limiter à un observateur de la conférence nationale organisée, non pas par la HAT mais par la société civile.
4°- Arrêter de proférer des menaces de sanction ; c’est ridicule. Que peut faire l’Union Africaine ? Exclure définitivement Madagascar de l’UA ? Franchement, Madagascar ne perd pas grand-chose. Au contraire, ce sera des charges en moins, plutôt un soulagement.
5°- La transition n’a plus que quelques mois. Du coup, à quoi ça sert toutes ces gesticulations inefficaces mais coûteuses dont le but est, si il aboutit, ce qui est loin d’être sûr ; de réduire la transition de 1 ou 2 mois de moins. Est ce bien raisonnable ? Est-ce que ça vaut le coup ?
Il serait bien que vous sachiez, Messieurs de l’UA que nous les Malgaches, nous avons commencé à oublier la crise, qui commence à être loin derrière nous. La vie quotidienne a repris son rythme normal, les commerces vaquent à leurs occupations ; les élèves vont à l’école et au lycée ; les étudiants à la faculté ; les fonctionnaires et les salariés au travail ; les embouteillages ont repris leur figure d’antan ; le calme est revenu. Il faut dire que c’est vous qui nous faites penser à la crise qu’on a déjà oubliée. En réalité, le retour à l’ordre constitutionnel n’est pas la première préoccupation du peuple ; à ce jour, l’essentiel pour lui est que la vie normale reprenne ; et c’était le cas. Maintenant, avec ce que vous êtes en train de faire, c’est vous qui encouragez les opposants et les nostalgiques du passé à entrer en action ; vous leur donnez de l’espoir ; un faux espoir d’ailleurs. Par vos menaces, vos ultimatums et vos intimidations, vous les encouragez à semer le trouble et la terreur, à déstabiliser le régime. Et maintenant, en partie à cause de vos gesticulations, il y en a qui en arrivent à commettre des attentats terroristes avec morts d’hommes que nous n’avons jamais connus sous prétexte de combattre un régime que vous, vous avez désigné « à abattre ». Alors, s’il vous plaît, laissez nous tranquille ; laissez nous résoudre nos propres problèmes nous-mêmes. Vous avez d’autres chats à fouetter sur votre continent ; osez interpeller votre président dans sa façon de conduire « démocratiquement » la Lybie ; essayer de faire raisonner Mohamed Ould Abdel Aziz en Mauritanie ; Ali Ben Bongo au Gabon ; Denis Sassou Nguesso au Congo ; Robert Mugabe au Zimbabwe ; Mamadou Tandja au Niger…. La liste est trop longue pour parler de modèle de démocratie en Afrique. Il y en a qui sont donc bien placés pour donner des leçons de démocratie à Madagascar, sans voir devant leur porte.
Pour finir, pourquoi quand c’est Georges Bush ou Jacques Chirac qui dit qu’il ne négocie pas avec les terroristes, tout le monde l’écoute ; et quand c’est le président de Madagascar qui le dit, on se permet de le menacer de sanction ? J’espère et je le souhaite que la HAT ne se laissera pas intimider par ces gesticulations inutiles, inefficaces et trop ridicules.
Benjamin Ravelojaona
Président de la Maison de Madagascar à Bordeaux
Docteur en science politique
Auteur de « Logique de crise à Madagascar » ; Collection « Année Africaine » ; CEAN ; IEP Bordeaux.
Initiateur de plusieurs projets de développement et de coopération décentralisée en France ; dont le dernier en novembre 2008 pour la promotion du MAP avec Andry Ralijaona, SG du MAP et Elian Ralison, de l’Ambassade à Paris.




