La Maison d’arrêt de Toliara a été ce vendredi 24 juillet, le théâtre d’une scène peu commune pour le journaliste qui accompagne la délégation présidentielle de la Haute Autorité de Transition (HAT). Des gendarmes armés assiègent en plein jour et devant des témoins constitués par les spectateurs, la prison de la ville qui est située en pleine ville dans le quartier de Bazar Be. Ces éléments de la Gendarmerie, conduits par un officier supérieur, étaient prêts à en découdre avec les agents pénitenciers qui gardaient le site. Les armes ont failli tonner car la quarantaine de gendarmes en colère voulaient à tout prix délivrer trois des leurs, retenus depuis quelques heures ou quelques jours dans cette prison.
Affaire à suivre
Les trois gendarmes en question y ont été incarcérés et placés sous la responsabilité des agents pénitenciers de la Maison d’arrêt de Bazar Be, sur ordre d’un juge pour affaires de trafics de bovidés et de corruption. L’affaire en question, remarquent les gendarmes assaillants, remonte à l’année 2008. Pour justifier leur comportement, les gendarmes en colère évoquent un abus de pouvoir du juge et font allusion à une entrave à des agents de la gendarmerie dans l’exercice de leurs fonctions.
Si l’on a bien compris les explications des gendarmes, le juge en question, qui serait un substitut, a saisi l’occasion de la présence de ces trois gendarmes, alors en mission au tribunal de Toliara, pour les interpeller et les mettre en état d’arrestation.
On ne sait toutefois pas si en 2008, des mandats d’arrêt ou des mandats d’amener ont été délivré à l’encontre de ces trois gendarmes. On ne sait non plus laquelle des deux entités, de la justice et de la gendarmerie, a bien observé le droit. Car pour arrêter quiconque, il y a des procédures à respecter. Dans le cas présent, il s’agit de deux entités toutes aussi connaisseuses de la loi, l’une que l’autre. C’est donc une affaire à suivre.
Très mauvais exemple
Par contre, on ne peut qu’être déçu de l’attitude des gendarmes qui, au lieu de servir de modèle d’hommes de lois et de la sécurité en uniforme, donnent ici le plus mauvais exemple au commun des citoyens. Auxiliaire de la justice, le gendarme ne peut et ne doit que se soumettre à la loi, à une décision de justice et à celle du juge qui dit la loi. Or la horde de gendarmes a menacé par trois fois dans la matinée de ce 24 juillet, d’affronter les gardes pénitenciers. Finalement les trois gendarmes ont été remis en liberté. Est-ce par peur d’un affrontement ou est-ce par pression politique ou est-ce la loi qui a primé ?
En tout cas, la situation rappelle l’interview du colonel Richard Ravalomanana de notre édition d’hier vendredi 23 juillet qui évoque et qui réclame plus de clarté dans les rôles des magistrats et des gendarmes, et qui revendique la cohérence dans les décisions des magistrats.
Quoi qu’il en soit, le cas de Toliara de ce vendredi 23 juillet, au moment où le président de la HAT y installe des juges du tribunal administratif et financier, ne semble pas le seul cas de non respect des droits des suspects et de non observation de la présomption d’innocence.
En effet, des familles des personnes suspectées d’implication dans l’affaire des bombes, se plaignent car elles n’ont pas droit de rendre visite à leur proche retenu en garde à vue. D’après leurs dires, ces personnes sont en détention pour interrogations, et donc bénéficient d’un certain nombre de droit. En fait, elles sont détenues comme des prisonniers, sans droit de visite de famille (autre que pour emmener à manger) et de conseil. Et on se souvient des explications du colonel Richard Ravalomanana comme quoi, elles sont détenues pour 15 jours pour cause d’atteinte à la sûreté de l’Etat.
Mais on se souvient également que, d’après toujours le colonel Richard Ravalomanana, ces personnes « soupçonnées » sont mises sous protection par rapport aux menaces qu’elles peuvent courir. Laquelle des deux explications est la bonne réponse quand on cherche à savoir le respect de l’Etat de droit ? et notamment le droit des personnes suspectées et détenues pour interrogations ou enquêtes ?
Bref, si dans l’affaire des bombes, tout est du domaine du « terrorisme », dans le cas de Toliara, il est intéressant de rappeler le message du représentant résident de la Commission européenne et ambassadeur de l’Union européenne, Jean Claude Boidin : « Quand on émet des mandats d’arrêt sans arrestation ou qu’on procède à une arrestation sans mandat, on n’est plus dans un Etat de droit ou il n’y a plus d’Etat tout court.... »




