Selon le site d’information environnemental Mongabay.com qui reproduit le document en question, une note de service, signée le 31 décembre par le Premier Ministre Camille Vital lui-même, autorise les opérateurs agréés opérant dans le bois de rose, et ayant satisfait aux conditions fixées par l’arrêté interministériel du 21 septembre 2009, à procéder à l’envoi de leurs containers.
Une telle issue était prévisible depuis le Conseil de Gouvernement tenu le 23 décembre dernier, dont le compte rendu annonçait que les opérateurs ayant acquitté les amendes pourraient exporter leurs cargaisons.
L’arrêté du 21 septembre 2009, très décrié par les organisations environnementales, avait permis de « régulariser » les stocks de bois de rose détenus par des opérateurs bénéficiant d’un agrément du Ministère de l’Environnement et des Forêts, sous condition de faire l’objet d’un inventaire et de payement d’amendes d’un montant de 72 millions d’Ariary par conteneur.
Cet arrêté précisait cependant que les exportations devaient être achevées avant le 30 novembre. Force était cependant de constater qu’à cette date, plusieurs dizaines de containers restaient encore bloqués sur le port de Vohémar ou dans ses environs.
La logique environnementale aurait voulu que ces stocks soient purement et simplement détruits, ou du moins qu’ils soient saisis et que le produit de leur vente soit entièrement placé dans un fonds destiné à la protection des forêts ou au développement rural. Malheureusement, les arguments des opérateurs ont été à nouveau entendus : ceux-ci ont eu beau jeu de plaider qu’entre fermeture du port de Vohémar au trafic international, réticences des armateurs à transporter et réticences des banques à domicilier les flux financiers, il leur a été impossible de respecter la date limite du 30 novembre 2009.
On ne peut que déplorer et trouver peu honorante la décision prise par le Gouvernement. Il est tout à fait regrettable que le Premier Ministre Camille Vital, lors de son premier Conseil de Gouvernement, se soit apparemment senti tenu par les autorisations délivrées antérieurement et n’ait pas choisi de rompre nettement avec le passé.
Cette décision risque de faciliter des « régularisations » a posteriori dans un contexte marqué par la corruption, et contribuera à renforcer le sentiment que les exportateurs ont toujours le dernier mot. Même si les autorités argumenteront que les décisions prises l’ont été pour assainir la situation en supprimant le problème des stocks existants, l’on ne pourra que penser que ces choix augmenteront la pression sur la forêt malgache. Et les suspicions de corruption ou de recherche d’alternatives faciles aux financements de la communauté internationale s’en trouveront ravivées. L’amende de 72 millions d’Ariary par container ne représente au plus que 40% de la valeur des marchandises, et une saisie complète aurait mieux servi les intérêts financiers de l’État.
Faute d’obstacles sur le terrain légal malgache, il ne reste plus que la pression médiatique internationale pour contrarier ces exportations dont le caractère nuisible à long terme n’échappe à long terme. Une expédition avait été annulée il y a quelques jours, l’amateur Delmas ayant refusé d’y être associé. Mais il semble que cet armateur subisse aussi des pressions dans le sens opposé, de la part d’hommes d’affaire se disant proches du pouvoir. Les ONGs tentent donc d’exercer une autre pression sur le gouvernement français, qui soutient financièrement CMA CGM, la maison mère de Delmas.
Il est par contre un autre gouvernement sur lequel, apparemment, personne ne fait réellement pression : le gouvernement chinois. La Chine est pourtant le premier pays de destination du bois de rose, utilisé pour la marqueterie traditionnelle.
Et ce pays est obligé d’importer parce que le bois de rose a depuis longtemps disparu de ses forêts. En sera-t-il de même de celui de Madagascar ?




