« Chère France », c’est le titre qu’un lecteur me demandait pour un éditorial supposé paraître le 14 juillet, en réponse au « Dear America » paru le jour de la fête de l’Indépendance américaine. En dépit de son insistance, je ne peux cependant donner complètement satisfaction à ce lecteur, du moins sur deux points : le premier, c’est que ce 14 juillet tombe un Samedi, jour réservé aux éditoriaux de « Tonton Georges ». Que personne ne s’offusque donc ou ne voit un funeste présage au fait qu’un éditorial sur la France paraisse un vendredi 13.
Le deuxième point sur lequel je ne puis suivre notre lecteur mérite plus d’explications. Les usages anglo-saxons font que l’on commence toute lettre, y compris les plus formelles, par « Dear » suivi du nom de la personne. « Dear » n’a dans ce contexte aucun sens émotionnel et n’est qu’une convention. Les usages de la langue française étant différents, il serait plutôt inadéquat de commencer une lettre par « Chère France », comme le suggère notre lecteur. Et pas simplement parce que « Chère France » rappelle un peu trop le « Lafrantsa, Reny malala » [1] qui ne devrait plus régir les relations entre mon pays et la France.
Il ne faut pas non plus donner à ma réticence une signification exagérée. Bien au contraire, je peux avouer un réel amour pour la France. Plus particulièrement, j’aime sa cuisine ; j’admire aussi ce sens de la grandeur qui a amené les dirigeants successifs au cours des siècles à largement contribuer au progrès de la science et des arts. Et je reste épaté par le formidable équilibre entre concision et précision atteint par la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789.
Cette France là est plus rationalité qu’affectivité. Il semble important de faire cette observation, surtout lorsqu’on est convaincu comme moi que le chemin d’une véritable réconciliation avec la France passe par une distinction claire entre raison et sentiments. Il y a malheureusement beaucoup à redire sur ce plan là, et la crise de 2009 n’aura vraiment pas arrangé les choses.
Des maladresses, la France en a indéniablement commise cette année là. Celles qui ont le plus marqué l’opinion furent l’abri offert à Andry Rajoelina alors que celui-ci était dans une mauvaise posture dont il n’avait réussi à sortir qu’à la faveur d’une mutinerie militaire, et la visite à Ambohitsorohitra d’un ambassadeur de France fraichement nommé le lendemain même de la réussite du putsch militaire. Les explications les moins embrouillées sur ces points se trouvent dans 4 messages Twitter de Jean-Marc Châtaigner en réponse à des questions d’internautes : on trouvera ci-inclus les liens vers le premier, le deuxième, le troisième et le quatrième message.
Question : alors clarifiez (...) pourquoi l’avoir protégé et caché à la Residence de France en 2009 ???
Réponse : Rajoelina a été accueilli à la Res. de Fce en 2009 parce que sa vie était menacée et en accord avec ONU/CI (...) ONU 10/03/09 « the UN (...) is engaged with efforts collectively by international community to ensure the safety of the mayor »
Question : L’arrivée de l’amb. de France à Madagascar le lendemain même de la victoire politique d’ANR est une fâcheuse coïncidence
Réponse : Agrément donné à ma nomination le 12 mars 2009 par Président Marc Ravalomanana après une attente de plusieurs semaines... (...) Dès mon arrivée, j’ai rencontré tous les acteurs concernés pour appuyer recherche par NU et UA solution politique.
Ces explications ne pourront convaincre à 100% tout le monde. En tout cas pas moi. En relisant un éditorial de cette même année 2009 écrit par mon confrère Ndimby et intitulé « Le retour du bwana ? », j’en arrive cependant à la conclusion suivante : le plus gros problème avec la France, c’est qu’elle est trop aimée par Rajoelina. Malheureusement pour la France, ce point là ne relève pas vraiment de sa responsabilité à elle...







