Messieurs les Présidents,
Depuis le 17 mars 2009, le peuple Malagasy, à Madagascar et dans le monde, assiste impuissant aux interminables négociations pour la mise en place d’une Transition en vue d’instaurer un nouvel ordre constitutionnel et de véritables institutions démocratiques débarrassés des pratiques du passé. Vous vous êtes engagés à aller dans ce sens en signant les Accords de Maputo, le 8 août 2009.
Vous vous êtes entendus également pour la répartition de quelques postes et fonctions entre vos mouvances lors de la seconde rencontre à Maputo du 25 au 27 août dernier.
En revanche, lors de cette seconde rencontre, aucune entente n’a pu se faire sur les trois postes à la tête de l’exécutif de la Transition : la Présidence, la Vice-Présidence et la Primature. Chacun d’entre-vous dit et continuera de dire que c’est n’est pas vous mais tel ou tel autre qui a refusé le consensus.
Après l’échec de Maputo 2 sur ces trois postes, le président Zafy et le président Rajoelina se sont envoyés et refusés des invitations mutuelles adressées également aux deux autres mouvances.
Un gouvernement d’ouverture a été composé sur demande du président Rajoelina à M. Monja Roindefo le mardi 8 septembre 2009.
C’est la conséquence d’un impossible consensus entre vous. C’est aujourd’hui un fait !
En tant que juriste spécialiste de droit public et d’institutions politiques et en tant que patriote et citoyen malagasy, j’ai eu l’honneur d’appeler toutes les parties Malagasy et la Communauté internationale à ne pas faire durer davantage la souffrance du peuple Malagasy, à faire prévaloir la raison sur la passion, à faire prévaloir l’intérêt de la Nation sur les intérêts particuliers de chacun d’entre-vous.
J’ai pris cette initiative en pensant à tous ses Malagasy que j’ai croisés sur les marchés, dans les rues et qui disent : il faut que les politiques cessent de se battre pour des sièges et pour le pouvoir, qu’ils pensent un peu à nous. Hajanony ny adiseza sy ny ady fahefanan’ny mpanao pôlitika ; tokony mba miheritreritra hoanay Malagasy izy ireo.
Je pense encore à eux et m’inquiète pour eux et pour mon pays quand j’ai lu la déclaration de la mouvance du président Albert Zafy ce jeudi 10 septembre 2009 dans laquelle des mots guerriers ont été utilisés et dans laquelle le mot « guerre » a été prononcé.
A part vos partisans convaincus (j’ose dire fanatiques), le peuple Malagasy ne comprend plus rien. En privé, les hauts diplomates étrangers connaissant la classe politique Malagasy avouent eux aussi y perdre leur latin. Chacun sait que le président Zafy a conduit une marche contre le président Ratsiraka devant le palais de Iavoloha en 1991 avec le drame que l’on connaît. Chacun sait que le président Ravalomanana s’est proclamé vainqueur avant le 2nd tour contre le président Ratsiraka en 2002 avec la période de troubles et de violence qui s’en était suivie et le départ en exil du président Ratsiraka. Chacun sait que le président Zafy a mis en garde publiquement le président Ravalomanana contre certaines dérives de sa gouvernance. Chacun sait que le président Ravalomanana a suspendu la station Viva de Andry Rajoelina en décembre 2008 pour avoir diffusé une interview du président Ratsiraka. Et chacun sait que Andry Rajoelina a hérité du pouvoir après que Marc Ravalomanana a transferé le pouvoir à un directoire militaire, qui lui même l’a transféré à Andry Rajoelina. Et aujourd’hui, les trois mouvances que vous dirigez, MM. les Présidents Ratsiraka, Ravalomanana, Zafy, forment une alliance (de circonstances ?) contre le gouvernement « unilatéral » formé par Monja Roindefo à la demande de Andry Rajoelina.
Sauf votre respect, qu’est ce que le peuple Malagasy a gagné de toutes ces luttes entre vous ? Et qu’est ce qu’il a à gagner à la poursuite de cette lutte que vous semblez prendre plaisir à prolonger et à faire durer ?
Je m’inquiète pour certaines composantes de ce peuple que vous vous apprêtez à mener vers une guerre civile. Vous les montez les unes contre les autres. Vous les incitez à manifester sur la place du 13 mai en votre faveur au gré des circonstances et de vos intérêts.
La fracture entre vos partisans est profonde et durable. En revanche, pour les plus anciens d’entre-vous, elle semble se résorber et se souder en fonction de vos intérêts personnels. N’entraînez pas les pauvres gens dans ce combat des chefs.
Vous avez exercé et vous exercez la plus haute fonction de l’État dans notre pays.
Il est de votre responsabilité de ne pas de ballotter ainsi le peuple Malagasy.
Vous vous êtes engagés à œuvrer pour la réconciliation nationale dans les Accords de Maputo. M. le président Zafy, vous vous êtes toujours présenté comme l’homme de la réconciliation, et d’après les indiscrétions, vous êtes tout désigné pour présider le Conseil national de réconciliation prévu par l’Accord politique et la Charte de la Transition signés à Maputo. On peut s’étonner qu’au lieu de s’emparer de votre stature, de votre expérience pour apaiser la situation, vous semblez souffler sur les braises pour mener une guerre si nécessaire. Mon grand respect à votre égard m’incite à vous supplier de jouer votre vocation de réconciliateur.
La Transition est prévue pour permettre la réconciliation nationale, la rédaction d’une nouvelle constitution différente des précédentes, la préparation d’élections pour l’instauration d’institutions véritablement démocratiques et stables susceptibles d’apporter un mieux être social et économique au peuple Malagasy. Elle n’est pas faite pour prolonger votre lutte personnelle de pouvoir et de sièges.
De grâce, l’essentiel n’est pas la Présidence de la Transition, ni la Primature, ni la Vice-présidence de la Transition. Puisque vous avez déjà occupé les plus hautes fonctions de l’Etat, MM. les présidents Ratsiraka, Ravalomanana, Zafy, pendant cette Transition, faites preuve d’élégance au vu de votre expérience. Ne vous battez pas pour cela même pour vos poulains. Unissez vos forces pour construire un avenir meilleur pour le peuple Malagasy qui en a bien besoin et mettez en place les institutions de la Transition avec M. Andry Rajoelina. M. Andry Rajoelina, même si vous avez connu l’onction du suffrage universel en devenant maire d’Antananarivo, vous aurez le devoir, si vous le souhaitez, et comme d’autres candidats le moment venu, de vous confronter au suffrage de toutes et tous les Malagasy pour savoir si vous rencontrez leurs aspirations.
Messieurs les Présidents, dans l’esprit des Accords de Maputo et avec la bonne foi qui sied à l’application de ces accords, faites en sorte qu’il n’y ait pas de guerre civile entre Malagasy et que les meilleurs conditions soient mises en place pour permettre au peuple Malagasy souverain de choisir qui sera le meilleur président pour faire progresser la patrie et qui seront dignes de le représenter et de le diriger.
Que le Fihavanana ne soit pas une simple incantation mais une réalité concrète dans l’intérêt de la Nation et du peuple Malagasy.
Je vous prie de croire, Messieurs les présidents, à l’assurance de ma très haute considération.
Joël ANDRIANTSIMBAZOVINA
Docteur en droit, Agrégé des facultés de Droit
Professeur de Droit public







