Objectif du poste : faire un miracle pour sortir Madagascar de la crise politique.
Environnement de travail : catastrophe économique, crise politique grave, fracture sociale profonde, jurisprudence souhaitant qualifier le coup d’Etat comme solution acceptable dans l’opinion publique, anarchie naturelle exacerbée par le mouvement insurrectionnel depuis Janvier 2009, contexte de pré-guerre civile.
Collaborateurs obligatoires : Agitateurs professionnels ; pseudo-prisonniers politiques ; gros bras ; opportunistes et revanchards de tout bord ; diablotin à barbe blanche dont la principale fonction est de jouer au général civil de pacotille en dirigeant la répression des manifestations de l’opposition.
Conditions de travail : exécrables. Travail ingrat, où le risque de finir avec un coup de crosse de kalachnikov (ou une balle) n’est pas inexistant. Boisson très naturelle offerte par les bidasses, proposée en verre ou en seau hygiénique.
Ressources : aide budgétaire suspendue dans un pays où 75% du budget est apporté par les bailleurs de fonds.
Spécificités : Expériences de zoologie seraient un atout, notamment dans le dressage de dinosaures, de fauves, d’aliborons et éventuellement dans l’élevage d’écrevisses marbrées. Seuls les candidats à forte potentialité seront contactés. Le reste pourra avoir l’opportunité d’aller sur la Place du 13 mai (pour des conseils techniques, s’adresser au groupe Injet).
C’est ainsi qu’on pourrait rédiger une offre d’emploi pour un emploi de rêve. Pas celui de gardien de l’ile de Hamilton, payé 75.000 Euros pour une période de six mois. Mais un emploi de grève. Ou encore de crève. Car les événements montrent qui ni Ravalomanana ni Rajoelina ne seront à la hauteur pour ramener le pays dans l’apaisement et le calme. Les fractures créées et les méthodes employées ne peuvent qu’animer une tectonique des plaques désastreuse et irréversible entre les deux blocs rivaux. Ils prennent tous deux un malin plaisir à faire le grand écart dans leurs positions, mais c’est le pays qui va finir par se rompre le coccyx. Et aucun des deux rivaux n’a la volonté et la sagesse de briser le cercle vicieux de violence, et faire les concessions obligatoires qui ouvriront enfin la porte vers le dialogue. Car ce que la communauté internationale veut à travers la formule « retour à l’ordre constitutionnel », ce n’est pas forcément le retour de Dada, mais un processus consensuel qui associe son camp.
La vie est une roue de charrette
Appliquant à la lettre le principe Malgache qui dit « kodiaran-tsarety ny fiainana » (la vie est une roue de charrette), ceux qui étaient hier victimes sont aujourd’hui les bourreaux.
Il y a trois mois, Marc Ravalomanana faisait mater les manifestations par l’Armée, puisait dans la caisse pour financer la contre-révolution, interdisait l’accès de l’audiovisuel national à l’opposition qui le réclamait à cor et à cri. Ses supporters applaudissaient la fermeté contre « les fauteurs de troubles », et agitaient la menace de la loi contre les fortes têtes.
Andry Rajoelina utilisait n’importe quel moyen verbal ou physique pour déstabiliser le pouvoir, et comptait ses morts et ses blessés après les manifestations. Des actes de terrorisme visaient ceux qui s’opposaient « à la lutte populaire ». Ses supporters accusaient le locataire d’Ambohitsirohitra de dictature et de « vono-moka » (carnage). Sa radio lançait des imprécations contre l’armée, et appelait à mots à peine cachés à la désobéissance civile et aux représailles.
Aujourd’hui, la situation est la même, mais il suffit d’intervertir les noms. Et tandis que Ravalomanana puisait dans les finances publiques (s’il faut en croire Benja Razafimahaleo), Rajoelina puise dans les stocks de Tiko (s’il faut en croire les dirigeants d’Ambohijatovo).
Ainsi, au vu de la culture politique et de la pratique à Madagascar, tous les hommes politiques Malgaches sont pareils, et feront les mêmes choses. Et si aujourd’hui les motivations qui ont poussé Marc Ravalomanana sont de plus en plus évidentes avec les révélations qui se succèdent, celles de Andry Rajoelina et les intérêts qui sont derrière ne sont pas encore très claires, malgré de fortes suspicions vers un certain pays dont le territoire a une forme hexagonale, mais que nous ne citerons pas. Andry Rajoelina représente donc le saut vers l’inconnu, mais Marc Ravalomanana serait le retour vers un homme aux défauts trop bien connus. Les deux sont apparentés à Baroa et ont installé l’anarchie. La seule différence, c’est qu’avec Ravalomanana, seuls lui et ses proches avaient le droit d’en profiter. Mais Ravalomanana, malgré ses défauts, avait des qualités. La loupe pour voir celles de Rajoelina reste à trouver.
On peut cependant noter que si la roue tourne et a inversé les situations, les derniers jours montrent une escalade inquiétante dans les méthodes. Avant, les rassemblements pro-TGV se terminaient immanquablement par des pillages, que beaucoup assimilent (à tort ou à raison ?) comme un élément de stratégie pour déstabiliser le régime Ravalomanana. D’ailleurs, dès que Andry Rajoelina est arrivé au pouvoir, les pillages se sont arrêtés. Pourquoi ? Les griots de la HAT disent que c’est parce que le Gouvernement de transition a pris ses responsabilités. Peut-être. Mais dans quel sens ? Maintenant, on assiste à des actes de terrorisme qui sont plus fréquents, plus graves et qui se font en direction des partisans des deux camps : cocktail molotov chez Yves Rasoloarisata (maire d’Ivato pro-TIM), coups de feu chez Norbert Lala Ratsirahonana. Dernière nouvelle en date : Mialy Rajoelina, épouse du Président de la HAT s’est faite enfariner par un comité d’accueil à son arrivée hier à Paris – Charles de Gaulle. Toutefois, je suis embarrassé par la photo diffusée sur Internet, et sur laquelle sa petite fille jette un regard d’incompréhension et d’inquiétude. Pour moi, un enfant reste un enfant, quelles que soient les ignominies de son père, et tout enfant doit être protégé de scènes traumatisantes qui auraient sa mère pour victime. Je n’ai pas de commentaires sur le comment et le pourquoi de l’acte de jet de farine sur Mme Rajoelina (1). Mais je regrette que ses enfants en aient été témoins. Ceci étant dit, espérons que cela fera réfléchir Andry Rajoelina sur les mères et les enfants traumatisés par les actes de barbarie de ses bidasses sans foi ni loi. Depuis lundi, sa garde prétorienne n’a aucun scrupule à agir à proximité d’un hôpital, et même dans son enceinte. Et lors des actes de répression d’hier, un enfant de trois ans aurait été atteint par une balle. Mais plus rien n’est-il donc sacré dans ce pays ?
Si la vie politique nationale est donc une roue de charrette, faut-il s’attendre à de sempiternels renversements de situation et retourner à la case départ dans deux mois, dans deux ans ? Créer des vendettas basées sur des cycles de vengeance et de représailles ? Au détriment de la Constitution et de l’économie, violées à tour de bras comme de vulgaires catins disponibles en sacrifice pour le premier palefrenier venu.
La femme est l’avenir de l’homme
Qui sera donc l’homme providentiel ? Beaucoup affutent leurs armes (à ne pas prendre au sens littéral, quoi que…). Pierrot Rajaonarivelo est dans les starting-blocks. Cet homme représente certainement la plus forte menace pour Andry Rajoelina. Il a l’argent, les réseaux dans toutes les couches de la société, une certaine notion de ce qu’est le scrupule (ce qui le rend très efficace), ainsi que des amitiés solides y compris sur tout le territoire. C’est ce potentiel que Marc Ravalomanana craignait, et comme on l’avait écrit il y a quelques semaines dans ces colonnes, Andry Rajoelina lui non plus n’est pas pressé de le voir rentrer. Car aux présidentielles, M. Rajaonarivelo ne peut qu’être un adversaire redoutable. Son arrivée risque donc d’être une nouvelle donne sur le terrain, et renforcer le front anti-TGV. Par une ironie de situation dont la politique Malgache a le secret, Pierrot Rajaonarivelo peut donc devenir la meilleure chance de Marc Ravalomanana d’imposer un dialogue concerté à la HAT. La question est donc de savoir si l’ancien Vice-Premier ministre pourra obtenir la virginité quant aux condamnations qui pèsent sur lui. La bataille de coups bas contre lui promet d’être intéressante et passionnante. Mais il est également certain que son soutien va être courtisé. Reste à savoir qui sera le Lucky Luke de service.
En attendant, on ne sait pas trop qui pourrait sortir le pays de ce marasme. D’un côté, un Chef d’Etat sans pouvoir, et vivant en exil. De l’autre, un Chef au pouvoir sans Etat (non reconnu comme tel par la communauté internationale). L’entêtement des deux risque de tous nous faire plonger dans un enfer de violence, si on n’y est pas déjà. La réflexion sur un troisième homme doit sans doute commencer à se faire.
Et si tout bonnement, l’avenir du pays devait se rechercher ailleurs ? Et si l’homme providentiel était une femme ? Car, après avoir épuisé le casting des bidasses, des juristes défroqués, des gros bras, des politicards, des dinosaures et autres Messieurs qui nous ont déçus (2), c’est sans doute vers la citoyenne malgache qu’il faut se tourner.
Notes :
(1) Cette pratique, tout comme l’entartage, est par ailleurs répandue en France pour protester contre les personnages publics. Même Nicolas Sarkozy en a été victime.
(2) Mention spéciale de respect pour le vice-amiral Mamy Ranaivoniarivo, qui reste toujours aussi impressionnant de dignité et de courage, et qui ne s’est pas privé de dire la vérité en face des bidasses lors de la passation qui s’est faite hier au Ministère des Forces armées.





