Le décès de Michael Jackson est une raison nécessaire et suffisante pour que je me permette de sortir (le temps d’un édito) de la retraite annoncée la semaine dernière. Dans le déferlement médiatique que nous rabâchent jusqu’à épuisement les chaines internationales depuis deux jours, j’ai retenu une information qui m’a donné envie d’écrire. Evan Chandler, celui qui avait défrayé la chronique en 1993 en accusant Michael Jackson d’attouchements sexuels, a avoué avoir menti. La raison : son père Jordan avait vu dans ce stratagème le moyen de gagner de l’argent. Maintenant, le jeune Chandler s’auto-absout d’un « I’m sorry ». C’est bien peu cher payé de s’en sortir ainsi après avoir détruit la réputation d’un homme innocent.
En attendant, cette manipulation aura couté à la star 22 millions de dollars pour étouffer l’affaire, et faire en sorte que les parents retirent la plainte. Quelques années plus tard, d’autres parents d’un autre enfant tenteront d’exploiter le filon, en vain. Mais ces accusations de pédophilie contribueront à fragiliser la star, physiquement et psychologiquement déjà en mauvais état depuis longtemps. Comment alors s’étonner que sa dépendance aux tranquillisants et autres médicaments soit allée crescendo avec le temps, jusqu’à aboutir au drame que l’on sait dans la nuit de jeudi dernier.
Entre mensonges et demi-vérités
Jalousie, argent, célébrité. Le triptyque diabolique aura donc fait son œuvre. Je n’ai jamais été un Jackson-maniaque. Mon tempérament d’ours mal léché me rend imperméable à la magie des pistes de dance, des grands mouvements de foule, aux trépidations des rythmes effrénés de la musique, à l’étrange beauté du moonwalk, et aux cris hystériques des groupies pendant les concerts. En fait, il aura fallu que mes sens soient bassinés en boucle par ces reportages sur la vie et l’œuvre de Michael Jackson pour que je me rende compte que c’était finalement un grand artiste. Mais bon, ceci étant dit, je ne perds pas grand-chose en le découvrant maintenant.
Par contre, ce qui m’intéresse, c’est de voir le lien entre la vie de Michael Jackson et la vie politique malgache. Aucun, me direz-vous ? Permettez alors au pseudo-sophiste, comme le qualifiait un de mes très respectables frères, de vous en trouver au moins un.
Le mensonge de Jordan Chandler, véhiculé et amplifié par les médias (« un scandale, ça fait toujours vendre car ça crée l’audimat »), la Justice (« une occasion en or de rabattre le caquet à ces stars qui se croient au-dessus du commun des mortels) et une armada d’avocats alléchés par le pactole (il n’y a pas que dans les marchés publics qu’on vit de pourcentages), aura enclenché le début de la fin pour Michael Jackson. Moralité : qui veut la fin veut les moyens. Pour détruire quelqu’un, créez une histoire invraisemblable, compensez le manque de vérité par beaucoup de décibels et de tam-tam médiatique, utilisez les réseaux qui grouillent en sous-terrain, et grâce à la propagande, le mensonge deviendra vérité. On croirait lire le manuel du savoir-vivre à Madagascar, surtout dans le domaine politique. Ny marina mitavozavoza tsy maharesy ny lainga tsara-lahatra (la vérité mal expliquée ne résiste pas face au mensonge bien présenté).
D’où vient la crise actuelle ? De la manipulation de l’opinion publique, sur la base de faits réels ou supposés, mais dans tous les cas gonflés à l’extrême pour diaboliser Marc Ravalomanana. L’avion Air Force One number two, les exonérations et autres avantages de Tiko, mais surtout l’affaire Daewoo sur laquelle personne ne sait rien de précis, mais qui est tout à coup devenue un crime sacrilège dans l’opinion publique grâce à la propagande. Quand on veut noyer son chien, on dit qu’il a la rage (ou pire, qu’il joue avec les boucs). Et quand on veut faire le marketing de sa poule, on dit qu’elle pond de l’or. Une fois Ravalomanana présenté comme le diable, Rajoelina allait donc gagner par contraste des allures messianiques. Il est jeune, il a un beau sourire Colgate, il aime sa patrie, il va nous sauver, il va créer un nouveau Madagascar rempli de démocratie et de bonne gouvernance. Pour un peu on nous dirait qu’il va combler le trou de la couche d’ozone, découvrir le médicament contre le HKN1, et récupérer les boites noires introuvables de l’Airbus A330 d’Air France au large du Brésil.
Un proverbe français dit « vérité en deçà des Pyrénées, mensonge au-delà ». Car la Vérité a de multiples visages dans l’espace, mais aussi dans le temps. Fait-on face à un coup d’État ? Qui est responsable du massacre du 7 février 2009 : ceux qui ont fait tirer, ou bien ceux qui ont amené la foule là ? La communauté internationale a-t-elle raison de ne pas reconnaitre le pouvoir de transition ? Le traitement accordé par les mutins au pasteur Rasendrahasina était-il acceptable ? Qui est le cerveau des pillages du lundi 26 Janvier, en vue de fragiliser l’autorité du gouvernement Rabemananjara, créer la psychose et détruire l’empire économique de Ravalomanana ?
Autant de questions sur lesquelles le manifestant du Magros ou le gros bras orangé de la Place du 13 mai auront des points de vue différents. La Vérité absolue finira bien par éclater un jour (si elle existe). Ainsi, la victoire prétendue au premier tour de Marc Ravalomanana en décembre 2001, s’est finalement révélée avec le temps une supercherie. Celle-ci était cautionnée par la classe politique de 2002, qui n’avait aucun projet, mais une fixation qui a déplacé les montagnes : à coups de « Minoa fotsiny ihany », Ratsiraka est parti. Il est donc quasi-certain que dans quelques années, on aura un regard différent et plus lucide sur cette pseudo Révolution orange de 2009 (pseudo, car en Ukraine l’orange était signe de révolution pacifique) et ses artisans. Avec le temps, on verra (une fois de plus, une fois de trop) que nos hommes politiques sont aussi des grands spécialistes du Moonwalk de Michael Jackson : faire semblant d’avancer en reculant. Et après, on s’étonne que Madagascar fasse du surplace depuis le retour à l’Indépendance.
Terrorisme vita Malagasy
Actuellement, le fait non divers qui se trouve à la une des journaux est l’arrestation annoncée par la Gendarmerie de terroristes poseurs de bombe. Le citoyen que je suis ne peut que s’en réjouir, et féliciter les auteurs de ce coup de filet. Étant de surcroit réfractaire à toute barbarie, je demande à ce que les peines les plus sévères prévues par la Loi soient appliquées contre ces poseurs de bombe et leurs commanditaires, quels qu’ils soient. Car créer la psychose des endroits publics et mettre en danger des vies innocentes est inadmissible, et d’autant plus pour des motifs politiques. Donc, que la justice s’applique contre tous les terroristes : les poseurs de bombes, ceux qui tirent sans sommation dans les rues publiques sans zone rouge (Amparibe, Ambohijatovo), ceux qui trouent le crâne des bouquinistes, mais aussi ceux qui organisent la défense de Place publique à coups de gros bras, juste pour faire peur à ceux et celles qui voudraient s’y réunir.
Pour en revenir aux poseurs de bombes artisanales de ces derniers jours, qui sont ces terroristes ? Laissons l’enquête suivre son cours, en formant le vœu que la Justice soit comme dans les cours de Droit : sereine et équitable. Espérons donc que la célérité avec laquelle il a été annoncé que ces terroristes étaient en majorité des employés de Tiko, ne se révèle pas dans quelques années être un coup à la « Jordan Chandler », juste pour contribuer à la diabolisation de Marc Ravalomanana. Car force est de constater qu’à Madagascar, la confection de dossiers pénaux pour nuire à ses adversaires politiques est une tradition depuis longtemps. Le régime Ravalomanana en avait usé, et le régime de transition semble vouloir malheureusement faire un copier-coller de ces fâcheuses habitudes. « I’m sorry » a dit (en malgache), mais un peu tard, l’ancien patron de Tiko pour tenter de se faire pardonner ses abus. Que dira l’ancien DJ dans quelques années ?
Mais le terrorisme, c’est aussi abuser des prérogatives que donnent la force publique et les uniformes officiels. On se souvient des péroraisons d’un officier au lendemain de l’arrestation de Lala Rasendrahasina et de son garde de corps à l’Episcopat d’Antanimena : ledit garde du corps aurait été arrêté car « selon les informations », il était un des responsables des tirs à Ambohitsirohitra le 7 février 2009. Puis au lendemain de l’arrestation de M. Ralitera, le Directeur de la sécurité de la Haute cour constitutionnelle (HCC), on a resservi la même salade. Puis (encore) lors de l’arrestation des gardes de corps de Manandafy. Le seul problème, c’est que le procès et les preuves contre tout ce beau monde tardent à venir. Idem pour les députés arrêtés ou le fils de Vola Dieudonné Razafindralambo, qui devraient pourtant être présumés innocents jusqu’à ce qu’ils soient déclarés coupables, du moins si l’on en croit les règles du Droit. Mais il est vrai que si à Madagascar on peut donner des leçons à Amnesty International en matière de respect des droits de l’homme, on peut sans doute aussi donner des leçons de droit. Question : l’enquête précède-t-elle l’arrestation, ou le contraire ?
« La véracité n’a jamais figuré au nombre des vertus politiques, et le mensonge a toujours été considéré comme un moyen parfaitement justifié dans les affaires politiques » décrivait avec pertinence la philosophe américaine Hannah Arendt. Pour être un bon politicien, il faut donc être un bon menteur, et savoir faire avaler sans sourciller les pires couleuvres à la foule. Lui dire de beaux mots d’amour tels que « liberté, démocratie, meilleur avenir, je vous aime et je vous veux du bien ». Tout en pratiquant sous ses yeux des actes qui démontrent le contraire. Et la foule, bonne poire stupide, est non seulement contente de se faire cocufier sous ses propres yeux, mais excusera toutes les bêtises, jusqu’au jour du trop-plein qui se nommera crise politique. Comme une maitresse un peu simplette, trouvant normal et excitant que son amant l’honore tout en téléphonant à son épouse, avant qu’il ne se fende d’un « I’m sorry ». Mais bon, s’il y a des palefreniers, c’est parce qu’il y a des bécassines. Tant pis donc pour la foule. Même si le cinéma dure depuis 49 ans.
P.S : dans la même veine des demi-vérités de nos hommes politiques, il semblerait que les services de Benja Razafimahaleo, Ministre des Finances, aient arrosé la presse locale de l’information comme quoi il aurait réussi à amadouer le Président de la Banque mondiale lors d’une rencontre aux Etats-unis, et que cette institution va reprendre ses financements. En début de soirée de dimanche, en réponse à une demande de confirmation de notre part, la Banque mondiale a envoyé un communiqué laconique dont la dernière phrase est assez intéressante. Il y est dit que « jusqu’à présent, il n’y a pas eu de contacts entre les membres du Gouvernement de Transition et la Direction exécutive de la Banque mondiale ». Il est vrai que M. Razafimahaleo est sur la sellette actuellement, et tente de créer beaucoup d’agitation autour de sa personne pour se montrer utile et efficace, et éviter un remaniement.





