I have a dream...
Le 26 juin Madagascar a fêté le 49e anniversaire de son indépendance.
Près d’un demi-siècle de liberté, de progrès, de développement.
Dégagé du joug des pays étrangers, Madagascar a su utiliser cette liberté pour tout d’abord retrouver sa souveraineté.
L’école obligatoire jusqu’à 16 ans assure à toute la jeunesse un avenir radieux. Les universités de Tamatave, Fianarantsoa, Tananarive ainsi que l’école des Mines de Tolognaro entre autres proposent des formations diplômantes de qualité et un bon nombre de malagasy « s’exporte » à l’étranger ; étant très professionnels dans le domaine minier notamment.
Un système de santé fiable et gratuit pour tous, associé à des universités prestigieuses fait de cette île un modèle. L’espérance de vie y est de 81 ans en moyenne ; et il n’est pas rare de voir des chefs d’états étrangers venir se faire soigner dans les cliniques de Tuléar et s’accorder un peu de repos à Sainte-Marie.
Devenu le grenier à riz de l’hémisphère Sud, Madagascar fait partie du G8 et fait de son modèle économique un exemple pour la planète. Un développement intelligent des infrastructures routières et maritimes associé à une maîtrise des cultures durables (en terme de gestion de l’eau notamment) a permis à Madagascar de devenir un précurseur en terme de développement durable.
Après avoir utilisé dans les années 70 ses réserves de Pétrole, Madagascar s’est vite tourné vers les énergies propres, et est maintenant riche de ses parcs éoliens et de ses champs de production de carburant vert.
Les gouvernements successifs et alternés ont su installer une démocratie puissante et juste. Les Églises et l’État sont indépendants. La liberté d’expression y est de mise ; pour preuve le plus grand quotidien La Tribune « tire » à 5 000 000 d’exemplaires. Et très récemment à la suite d’une campagne électorale acharnée mais respectueuse, Madagascar voit l’arrivée de la première femme présidente de la république issue de la société civile.
Son armée, longtemps utilisée comme force humanitaire et de reconstruction dans les années 60 a su en 49 ans devenir une force de paix intérieure et extérieure. D’ailleurs, depuis 30 ans Madagascar siège au conseil de sécurité de l’ONU, et a très récemment été mandaté pour régler un conflit identitaire entre Bretons et Normands en France, ancienne puissance coloniale au bord du gouffre.
En terme d’exportations, le dernier modèle de gros-porteurs d’avion « le 440 be » de la compagnie Air Mad s’arrache. Et les usines de Diego tournent à plein régime.
Principal bailleur de fonds des pays arabes, effondrés suite à la chute du pétrole, Madagascar importe du sable pour ses gros travaux et compte louer une partie des immeubles de Dubaï pour y développer ses universités.
Les festivités de ce 26 juin ont mis l’accent sur cette réussite et engagent le pays de la même façon pour les 50 prochaines années.
Rom1 : Et puis… et puis… je me suis réveillé c’était un rêve !!!
Patrick : Bienvenue dans le club des rêveurs Rom1. De tels rêves, moi aussi, je les ai fait. Surtout dans mon enfance. Mais encore aujourd’hui, je les fait, non plus pour moi, mais pour mes enfants.
Je sais que mes parents les ont faits très fort il y a un demi-siècle. Je soupçonne mes grands parents de les avoir fait avant eux, alors que j’ai quelques raisons de penser qu’ils n’avaient pas la même vision de la manière dont cela pourrait se réaliser. De mes vieux copains, qu’ils aient cette année vibré aux couleurs orange ou vertes et bleues, ou qu’ils aient simplement continué à porter leurs habits habituels, j’ai gardé le souvenir du récit de tels rêves.
Ces rêves ressemblent fort à ceux de bagnards condamnés à vie imaginant une libération anticipée (revin-gadra). La dame de 49 ans décrite par Ndimby semble être une junkie, une toxico qui comme tous les accros se dit : « je peux arrêter quand je veux ». Dans le cas présent, cette junkie-là semble vouloir se persuader : « je me développe quand je veux ».
Faut-il pour autant arrêter de rêver ? Pas plus que les habitants de Dresde n’ont renoncé à rêver dans les années 40, que ceux de Soweto n’ont arrêté de le faire dans les années 60, ou que ceux de Belgrade n’ont abandonné les leurs dans les années 90.
Mais nos rêves ne se rapprocheront de la réalité que si nous agissons dans ce sens, en tenant compte pragmatiquement de la réalité.
As-tu remarqué comme nous avons tous tendance à passer un peu pudiquement sur les pillages qui ont eu lieu cette année ? Selon leur sensibilité politique, les uns ou les autres seront intarissables pour dénoncer les événements du 7 février, du 17 mars ou du 28 mars. Mais le 26 janvier gêne plus. Lorsque TV Plus a annoncé son intention de diffuser un dossier sur ces événements, et qui plus est de le diffuser la soirée du 26 juin, d’aucuns se sont empressé de dire qu’il ne convenait pas de remuer cette boue, surtout le jour de la fête nationale.
À l’heure où j’apporte ma contribution à cet éditorial, je n’ai pas vu cette enquête, et j’ignore tout du traitement par cette chaîne de télévision de ce dossier. Mais j’applaudis qu’il y ait au moins cette initiative, et le choix de la date de diffusion. Ras le bol du politiquement correct. Parler de la souveraineté de Madagascar en omettant de parler de ce qui s’est passé, il y a cinq mois exactement, serait aussi incongru que d’évoquer la révolution française en occultant la mise à mort de Louis XVI, ou de parler de l’histoire des USA en omettant celle de l’esclavage.
Il serait confortable de ne voir dans ces événements du 26 janvier que les agissements de groupuscules manipulés par des politicards pervers.
Il serait bien rassurant de se dire que seul un petit sous-prolétariat urbain a participé à ces pillages. Mais la vérité oblige à dire qu’un grand nombre de témoins directs, y compris moi-même, ont été d’abord frappés par le fait que nombre de ceux qui ont participé à ces pillages avaient une mise bien ordonnée, presque bourgeoise.
Et nous n’avons discerné aucune lueur de honte ou de remords dans les yeux de ceux qui portaient ces jours-là un butin sur leur tête ou sur leur épaule. Ceux qui poussaient en sortant d’une grande surface un chariot rempli de courses pas très ordinaires avaient l’air tranquille de gens tout à fait ordinaires.
Quels que soient nos divisions, quelles que soient nos lassitudes, la fidélité aux rêves de nos pères nous impose de réfléchir ensemble sur ce qui peut empêcher la réédition d’un tel cauchemar.





