La Justice Malgache n’aurait donc aucune occasion de redorer son blason ? C’est la première pensée qui vient à l’esprit en apprenant que Marc Ravalomanana et Haja Razafinjatovo ont été condamnés par contumace à 4 ans de prison ferme et à 70 millions de dollars de dommages et intérêts au profit de l’État Malgache. Et l’on constate que la Ministre de la Justice, Christine Razanamahasoa, coordonne de près les actions judiciaires contre le Président de la République déchu, puisqu’elle prend le soin d’annoncer personnellement que les affaires d’expropriation de terrains près de la digue d’Andohatapenaka et celle de la répression du 7 février à Ambohitsorohitra seront rapidement diligentées.
Il devient difficile de croire à l’indépendance du doyen des juges d’instruction lorsqu’on constate avec quelle sollicitude la Garde des Sceaux se préoccupe de ce que ce juge là fasse preuve de productivité sur ces affaires-là. Quiconque connaît la lenteur habituelle de la Justice malgache ne peut que trouver cette rapidité suspecte. Et aucun justiciable honnête et prudent ne se met à rêver que tous les litiges fonciers connaissent une telle accélération, il sait bien qu’il risque d’y perdre gros. Le slogan du jour semble être : vite, vite, vite, jugeons, à la limite peu importe le droit.
Une telle vélocité n’a pu être obtenue qu’en ne se préoccupant pas trop de ce que la partie mise en cause soit informée des actions déclenchées contre elle. Pour éviter certains « désagréments »(1), comme l’action des avocats proches de Marc Ravalomanana qui avaient réussi à obtenir le déblocage des comptes de la société Tiko, on s’est sans doute empressé d’adresser la convocation de celui-ci à Faravohitra, alors que tout employé du Ministère de la Justice sait qu’il se trouve en Afrique du Sud.
Bis repetita
Il est difficile de ne pas voir dans ces actions la reproduction quasi-caricaturale du schéma qui avait été appliqué contre Pierrot Rajaonarivelo, afin de l’empêcher de se présenter aux élections présidentielles de 2006. S’y ajoute dans le cas présent la volonté de faire payer à Marc Ravalomanana ses propos sur un prochain retour au pays accompagné de forces étrangères, et surtout une tentative, au risque d’aboutir au résultat contraire, de l’éloigner de ses troupes.
Car les spectaculaires gesticulations des uns et des autres ne doivent pas cacher que les démarches du Groupe International de Contact à l’hôtel Carlton se poursuivent. On ne peut parler à l’heure qu’il est de négociations, seulement de discussions, puisque les entités ne se retrouvent pas autour d’une même table et que les échanges restent indirects à travers les entretiens des uns et des autres avec le GIC. On sait que la position de Marc Ravalomanana, qui réclame un retour au pays immédiat et quasi-plénipotentiaire complique les choses. En lui rendant la monnaie de son radicalisme, en marchandant les termes d’une amnistie, les autorités en place espèrent peut-être contraindre le TIM, supposé plus enclin à négocier, de se distinguer de son Dada. Mais on risque surtout d’aboutir à une rupture des discussions.
« Lorsque la politique entre au tribunal par une porte, la justice en sort par une autre. »
Pour qui se soucie un tant soit peu de la démocratie, cette succession annoncée de condamnations rapides et de futures amnisties instantanées renforce une culture d’impunité dont le pays doit se débarrasser. L’opinion publique se pose des questions légitimes sur les actes passés d’un Pierrot Rajaonarivelo ou d’un Marc Ravalomanana. Une partie de la population sait qu’elle paye les pots cassés dans l’affaire pour laquelle Marc Ravalomanana vient d’être condamné, puisque dès décembre 2008, le FMI a suspendu une partie de ses aides en raison du flou sur la gestion budgétaire que l’achat du Force One (ainsi que les exonérations dont a bénéficié le groupe du président) révélait. Ceux qui sont enclins à penser qu’il n’y a pas de fumée sans feu n’oublient pas non plus les explications fort peu conventionnelles de Haja Razafinjatovo déclarant à l’époque que la moitié du prix d’achat de cet avion avait été payé personnellement par Marc Ravalomanana.
Les défenseurs de Marc Ravalomanana ont beau jeu de dresser une défense de celui-ci, d’autant plus facile qu’elle est politique. Qu’importe qu’il ait triché ou enfreint les règles, puisque tout est supposé être resté au pays. Présenter ainsi l’ancien président et son entourage comme une espèce de Robin des Bois ou de Pieds Nickelés évite de se poser certaines questions comme : si les règles avaient été respectées, aurions-nous eu non pas une, mais deux ou trois entreprises comme Tiko ?
Le plus désastreux reste qu’aux yeux de la population, le paysage ressemble de plus en plus à un Monopoly où le passage ou non par la case prison se décide sur un coup de dés. Un rien pipés.
Note : (1)Nul doute que les avocats de Marc Ravalomanana auraient entre autres évoqué le fait que, dans l’exercice de ses fonctions, un Président de la République ne peut répondre que de crimes de haute trahison ou de violation grave et répétée de la Constitution, et ce uniquement devant la Haute Cour de Justice.




